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L'association "Droit au logement" appelle le gouvernement à agir pour éradiquer le fléau des punaises de lit qui prolifèrent en Île-de-France.
L'association "Droit au logement" appelle le gouvernement à agir pour éradiquer le fléau des punaises de lit qui prolifèrent en Île-de-France. © Radio France - Mélodie Pépin

Les punaises de lit nous envahissent

Diffusion du jeudi 20 juin 2019 Durée : 4min

Pour lutter contre ce fléau en Île-de-France, l'association Droit au logement demande au gouvernement une vraie politique de santé publique avec des moyens. Selon les spécialistes de la désinsectisation, 100 000 logements sont infestés dans la région.

"Quand j'en parle j'en ai des frissons". Stéphanie vit un calvaire depuis deux ans dans son logement HLM, avenue de Versailles dans le 16e arrondissement de Paris. Ses trois enfants se réveillent toutes les nuits en criant, les bras, le dos, les joues rongés par les punaises de lit. "Elles sont partout, dans les plinthes, dans les livres. On ne dort plus, on est démoralisé, on paye 950 euros par mois pour un logement infesté, pour de la merde!", dénonce Stéphanie au bord des larmes, "j'ai dû jeter tous les matelas neufs, et en racheter, ma fille dort par terre, et ils ne font rien!".  "Ils" ce sont les bailleurs sociaux pointés du doigt par Stéphanie qui les accuse de lui avoir loué un logement contaminé en connaissance de cause. Cette mère désemparée espère pouvoir quitter au plus vite ce "cadeau empoisonné", maintenant que sa dette locative est soldée mais ce n'est pas évident de trouver un autre logement.

"Je suis obligé de dormir la lumière allumée et enveloppé de la tête au pied"

Sibidé lui vit dans un HLM du 19e arrondissement de Paris, qui sera bientôt démoli. Résultat, le bailleur ne veut plus intervenir. Il remonte ses manches pour montrer ses piqûres sur les bras, "je suis obligé de dormir la lumière allumée, et enveloppé de la tête au pied", car les punaises de lit sortent la nuit, lumières éteintes pour venir sucer le sang, entraînant des démangeaisons. Pourtant son appartement a déjà été traité "deux fois", assure Sidibé, mais "ils sont intervenus dans huit logement sur une centaine, mais c'est tout l'immeuble qui est contaminé, forcément ça revient".

Sidibé a les bras rongés et le dos rongés par les piqûres. - Radio France
Sidibé a les bras rongés et le dos rongés par les piqûres. © Radio France - Mélodie Pépin

De son côté, le deuxième bailleur social de la ville de Paris, la RIVP (régie immobilière de la ville de Paris), assure prendre le problème très au sérieux. Depuis 2016, un plan d'action a été mis en place affirme Badr Rhardi, en charge de cette question à la RIVP, "nous menons 1 000 interventions par an, sur les 60 000 logements du parc nous savons que 3 ou 4% sont infectés". "Quand un locataire nous signale la présence de punaises de lit, systématiquement nous faisons appel à un spécialiste pour traiter, et systématiquement nous demandons que les logements avoisinants soit inspectés". Un traitement à 300 euros pris en charge à 60% par le bailleur, et 40% par l'ensemble des locataires du parc social. Toutefois la RIVP reconnaît que le problème peut persister, "le risque zéro n'existe pas".

Le DAL demande la reconnaissance d'un problème de santé publique

Le problème des punaises de lit touche tout le monde dans la région, pauvres ou riches, rappelle le DAL, mais les plus précaires se retrouvent bien souvent démunis pour lutter contre ce fléau car aujourd'hui aucune loi n'impose aux propriétaires d'agir. C'est ce que dénonce l'association qui réclame une loi pour obliger les propriétaires à traiter les logements infestés, ou leur interdire de les louer en cas de contamination. 

Le porte-parole du DAL, Jean-Baptise Eyraud réclame aussi des moyens pour mettre en place des solutions. Aujourd'hui "les deux moins toxiques, c'est de brûler les punaises à 56 degrés ou de les congeler 2 ou 3 jours à -20 degrés.". L'association Droit au logement souhaite aussi que les pouvoirs publics fassent de la sensibilisation, "avec des spots télévisés par exemple pour dire aux gens qui jettent des matelas ou du mobilier contaminés dans la rue qu'il faut les rendre inutilisable  ou préciser qu'ils sont dangereux". 

Les punaises de lit nous démangent la nuit, quand elles sortent pour sucer le sang, souvent cachées dans le sommier ou sous le matelas. - Radio France
Les punaises de lit nous démangent la nuit, quand elles sortent pour sucer le sang, souvent cachées dans le sommier ou sous le matelas. © Radio France - Mélodie Pépin

Selon la chambre syndicale de désinsectisation, 400 000 lieux seraient infestés en France  en 2018 dont  100 000 en Ile-de-France, mais ces chiffres se basent uniquement sur le nombre d'interventions recensées. 

Aujourd'hui pour se débarrasser des punaises de lit, il faut avoir du temps, de l'énergie et des moyens. Céline a mis trois mois pour s'en débarrasser dans son appartement privé à Paris. Elle a dû dépenser plus de 1 500 euros, entre les traitements chimiques par les spécialistes, les descentes à la laverie quotidienne pour passer tous les vêtements et les textiles à 60 degrés, le mobilier jeté et racheté. "Et ce qui est dur c'est qu'on est seul pour lutter, j'ai appelé la mairie, la région, et on m'a dit qu'ils ne pouvaient rien faire car ce n'est pas un problème de santé publique, il est temps que l'Etat nous aide à assumer ce problème".