Replay du jeudi 20 août 2020

Souvenirs de vacances et construction psychologique

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Attendues, espérées, les vacances construisent souvent de jolis souvenirs qui asseoient notre personnalité et notre équilibre psycho affectif. Avec Myrtille Birghoffer.

Enfants en vacances
Enfants en vacances © Getty - Sparwasser

« Le travail c’est la santé », mais « point de santé sans vacances. » 

En effet, les vacances, ce temps qui n’appartient qu’à nous, apparaît souvent comme la ligne de mire qui nous fait tenir le reste de l’année. En 1936, Léon Blum démocratise ce concept - qui jusque-là était réservé à une catégorie sociale bourgeoise, en faisant accéder les Français aux congés payés. Dorénavant, tout travailleur aura droit à des congés rémunérés par son employeur, les vacances deviennent dès lors un luxe accessible à tous.

Le mot vacances  nous projette dans un après riche de promesses, et lorsque l’on s’y replonge, se savoure avec délectation. 

Au futur ou au passé, les vacances ont indéniablement un rapport avec les temps. Outre la rupture des injonctions, c’est certainement ce rapport au temps, que l’on se réapproprie, et que l’on rythme à notre guise, qui en partie rend pour la plupart les vacances si précieuses. Si nous y sommes tant attachés, c’est justement parce que c’est une période privilégiée de l’année pendant laquelle nous redevenons en quelque sorte notre propre maître. Au XVIe siècle, le philosophe Montaigne, auteur des Essais, s’inspirant du philosophe grec Épicure, nous invite à respecter notre propre rythme, il a cette célèbre formule : « Notre grand et précieux chef-d’oeuvre, c’est de vivre à propos. » Les vacances, c’est justement ce temps où l’on vit à propos, où l’on suit son tempo, où l’on vit au gré de nos envies, où l’on s’accorde du temps pour soi, et où nous tendons vers en accord avec nous-mêmes, où l’on vise l’harmonie. Quant au mot souvenir, il évoque en nous la madeleine proustienne, ces saveurs qui nous immergent dans un passé. Les vacances, ce sont des odeurs, des saveurs, des sons, des lumières, des sensations corporelles… bref des sensations qui font renaître des émotions. Si pour la plupart vacances rime avec bonheur, légèreté, fête, plage, soleil, crème solaire… à ce propos, il est intéressant de noter que lorsque l’on interroge les sujets sur leurs souvenirs de vacances, c’est l’été, la plage et la chaleur qui sont donnés en exemple. Sur les différentes personnes que j’ai pu interroger en vue de cette intervention, nul n’a indiqué les vacances aux sports d’hiver, peut-être est-ce lié à la saison estivale ? La question est à creuser ! Pour d’autres, les vacances peuvent rappeler aussi de mauvais souvenirs. 

Autre grand sujet en lien avec le souvenir, le fantasme… le fantasme au sens psychanalytique, donc pas forcément du côté du sexuel, mais plutôt comme un filtre qui viendrait voiler la réalité. En quelque sorte, on se souvient de ce que l’inconscient a envie de ce que l’on se souvienne. Par exemple, on peut avoir en mémoire un lieu de vacances magique, et lorsque l’on y retourne, des années plus tard, on s’aperçoit que la réalité est toute autre, que ce n’est pas aussi beau et aussi merveilleux que ce que l’on s’est imaginé. C’est la force de l’esprit, de l’inconscient. Nous l’avons vu, les souvenirs de vacances sont intimement liés aux cinq sens, or les sensations font naître des émotions, ce que nous appelons des affects. Si pour la plupart, les souvenirs de vacances sont heureux, synonymes de joie, de retrouvailles familiales, de grandes tablées, de rigolades, de liberté… pour d’autres, cela peut être triste et douloureux. Soit parce que cela les ramène à un traumatisme, à un événement marquant, ou alors parce que cela les confronte à la privation. En effet, il y a tous ceux qui sont privés de vacances… ou tout du moins qui n’ont pas les moyens de partir. Ce n’est pas rare que cela crée un sentiment d’exclusion, voire de honte. Dans notre société qui tend à l’uniformisation, dès lors que nous sommes différents, on peut se sentir exclu, en marge. Et ne pas pouvoir accéder à des vacances dignes de ce nom, cela peut rendre malheureux. De là peut naître le mensonge, il arrive que certaines personnes, par peur d’être ostracisées, soient amenées à dissimuler un pan de leur vie, voire même à inventer, fabuler… des vacances imaginaires. Cela montre comment chacun s’arrange avec son histoire, son identité. Les souvenirs de vacances, outre des cueillettes de fruits, des confitures qui cuisent dans des casseroles en cuivre, des soirées tardives où l’on guette les étoiles filantes, des cabanes improvisées dans des buissons ou sous des draps, ce sont souvent des passages initiatiques et des moments symboliques importants dans la constitution de notre personnalité. Que ce soient les vacances chez les grands-parents ou en colonies de vacances, c’est un moment important de séparation de l’enfant.

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