Replay du samedi 20 mars 2021

L'agriculture est à la fois bénéficiaire et victime de l’enrichissement de l’atmosphère en carbone.

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L'agriculture à la fois bénéficiaire et victime de l’enrichissement de l’atmosphère en carbone. Si la hausse de sa teneur dans l’air favorise la croissance des plantes et donc potentiellement les récoltes, les sautes d’humeur du climat, canicules, excès d’eau, contrebalancent négativement ce bonus

Agriculture en Val de Loire
Agriculture en Val de Loire © Maxppp - Christian Watier

Pour commencer une question, connaissez vous le principal gaz à effet de serre de notre belle planète bleue ?  

Des GES, il y en a plusieurs le CO2, le méthane, et les fameux CFC des réfrigérateurs… 

Vous avez tout juste Isabelle en citant ces gaz qui retiennent la chaleur du soleil, mais il y en a d’autres et le premier d’entre eux, c’est la vapeur d’eau et les gouttelettes de nuages. Leur effet est facile à vérifier quand au printemps une couverture nuageuse permet au thermomètre de rester au-dessus du zéro alors qu’une nuit étoilée peint le matin  d’une gelée blanche.  

Oui mais là Philippe vous charriez un peu, car en matière de climat ce n’est pas la vapeur d’eau qui nous menace.  Oh ; C’est un clin d’œil car si la vapeur d’eau et les nuages sont les principales causes naturelles de l’effet de serre, ils ont permis le développement de la vie telle que nous la connaissons sur terre. Entre le moment où l’eau qui s’évapore et la pluie, l’action effet de serre n’est que de quelques jours alors que la durée du cycle atmosphérique des autres GES est une autre paire de manche ; 120 ans de présence pour les protoxydes d’azote, douze ans pour le méthane, et un siècle pour le gaz carbonique. Leur effet de serre diffère aussi d’un gaz à l’autre.  Ainsi le protoxyde d’azote émis par l’industrie, les véhicules et les engrais azotés est près de 300 fois plus réchauffant que le gaz carbonique. Tout comme les ruminants, les rizières et les marais émettent du méthane, un générant un effet de serre 23 fois supérieur à celui du CO2. Mais le gaz carbonique représente les ¾ des émissions. 

Ce qui vous amène à parler agriculture et carbone.  Exactement car l’agriculture est par nature la plateforme d’échange du carbone « vivant ».  Composant majeur de la flore et de la faune, le carbone est tout à la fois capté, rejeté et stocké en cycle d’une saison, à plusieurs mois ou de plusieurs décennies.  Avec ses besoins en énergie fossile, les carburants et les engrais de synthèse couplés aux émissions de méthane des troupeaux, l’agriculture concourt aux émissions comme d’autres activités humaines le chauffage, les transport, l’industrie. Elle est à la fois bénéficiaire et victime de l’enrichissement de l’atmosphère en carbone. Si la hausse de sa teneur dans l’air favorise la croissance des plantes et donc potentiellement les récoltes, les sautes d’humeur du climat -canicules, excès d’eau- contrebalancent négativement ce bonus.  Les GES placent l’agriculture à la fois en position d’accusée et de sauveuse par sa capacité à le stocker. 

Mais pour stocker du carbone encore faut-il savoir de quoi l’on parle ? 

Exactement quand certains évoquent le CO2, d’autres par de carbone voire de matière organique.  S’agit-il de stockage ou de séquestration… ; pas facile « dans la carbophonie » ambiante de savoir si tous les discours sont au diapason ? Des essais Inrae amorcés en 1960 et projetés jusqu’en 2100 font état d’un stockage additionnel maximal entre 40 et 50 t carbone à l’hectare variable selon le scénario climatique.. De toutes les pratiques agricoles vertueuses sur le sujet, l’agroforesterie et la couverture permanente des sols offrent les meilleurs résultats : jusqu’à 7 t/ha/an par l’introduction d’arbres dans les cultures  et 4 tonnes avec le meilleur essai de couverture permanente des sols. 

Mais on peut facilement aussi séquestrer du carbone dans les bâtiments.  

Oui encore faut-il le faire vraiment par exemple en conditionnant l’octroi des aides publiques à l’emploi d’isolant biosourcés donc riches en carbone capté par les plantes dans l’atmosphère. Au rythme actuel de 1% de logements suffisamment isolés chaque année pour réduire par quatre les émissions de GES, il faudra 188 années pour atteindre l’objectif national…mais en utilisant un chanvre stockant 10 t de CO2/ha, 24 ans seront nécessaires à ce matériau biosourcé pour diviser par quatre les émissions. On commence quand ? bon we à tous. 

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