Replay du samedi 28 septembre 2019

" Au nom de la terre " le film qui bouleverse et lève peut-être des tabous

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Philippe Guilbert revient sur le film bouleversant d'Edouard Bergeon "Au nom de la terre"

Au nom de la terre - le film d'Edouard Bergeon
Au nom de la terre - le film d'Edouard Bergeon © Maxppp - PHOTOPQR/CHARENTE LIBRE/MAXPPP

Oui, on n’en sort pas indemne, ce drame est bouleversant.  Le film d’Edouard Bergeon « Au nom de la terre » raconte l’histoire de la famille du réalisateur, celle du renouvellement des générations, de la modernisation d’une ferme, d’investissements importants et de l’impasse financière qui se profile après une succession de crises agricoles. Acculé l’agriculteur fera le pas de l’issue fatale, laissant ses proches désemparés. 

Même si ce drame s’est déroulé voilà 30 ans il ne laisse personne indifférent. Le suicide des agriculteurs, comme celui des infirmières, des artisans, des policiers, est une cruelle réalité de notre société. 

Le sentiment d’être dans une impasse, la pression médiatique, sociétale, l’incertitude liées aux aléas que l’on ne maîtrise pas, les marchés, sont, avec des causes plus personnelles, autant de raisons qui pousse vers le passage à l’acte. Ça n’est pas un phénomène nouveau mais les statistiques désormais le placent en pleine lumière. 

La profession agricole s’est mieux organisée depuis cette période pour apporter dans la mesure de ses moyens un réconfort psychologique aux personnes en détresse. 

Et Terre de Touraine a choisi de donner la parole à un aidant bénévole, ancien agriculteur. 

Oui car il existe en France, des associations créées par les organisations professionnelles. La solidarité morale s’est organisée ici depuis un quart de siècle sous l’impulsion de syndicalistes avec l’appui de la chambre d’agriculture et de la MSA. Interrogé par Terre de Touraine, Jean-Michel Dionnet pense que ce film doit servir de support pour mieux écouter, sensibiliser, lever les tabous, ouvrir les portes.. 

Formé au repérage et à la gestion des tendances suicidaires, cet agriculteur retraité du sud Touraine est bénévole dans deux associations agricole, Aide 37 qui étudie l’aspect économique des difficultés et Vies 37 qui agit en prévention du suicide. .

Il raconte qu’avec un accompagnement à temps, les drames peuvent être, le plus souvent, évités. 

Est-ce un film contre un certain système agricole ? 

Certains le voient comme cela, notamment en dehors du milieu agricole. 

Mais on rencontre aussi dans la campagne tourangelle, nombre d’agriculteurs d’éleveurs, qui ont vécu la modernisation comme un soulagement. Pour eux, les années 50, 60, ça n’est pas le bon vieux temps. D’ailleurs la dureté des conditions de travail, l’habitat sommaire ont poussé des milliers de jeunes à quitter ce milieu. 

Mais cette modernisation a eu ces travers en accroissant la dépendance des exploitations, à l’énergie, aux intrants extérieurs, aux risques différents des autres secteurs d’activité pesant durant plusieurs mois voire années sur le moral et les comptes.  Les paysans ont répondu aux besoins alimentaires d’une nourriture finalement de bonne qualité pour tous, mais ils ont aussi payé les pots cassés. Grandes ou petits fermes, il n’y a pas de profil type. Même des gens avec des ressources financières correctes peuvent en arriver, eux aussi, à cette issue fatale.

C’est inéluctable ? 

Fort de son expérience, Jean Miche Dionnet dit que non. Pour lui, les causes du suicide restent multifactorielles et doivent être mises à plat. Des agriculteurs en situation d’impasse économique avec le même sentiment d’échec, réussissent à poursuivre le métier ou acceptent d’en sortir, sans trop de drame. 

Il faut s’entourer dès la perception des premiers signaux. La procédure de redressement judiciaire permet à l’agriculteur en difficulté de marquer une pause, de protéger ses biens. Voilà 30 ans elle était inconnue du monde agricole. 

Dès lors, on peut envisager plus sereinement les moyens de repartir ou de s’arrêter pour redémarrer sur un autre projet en protégeant ses biens, sa famille et sa vie.  

Jean-Michel Dionnet estime préférable d’aller voir le film à plusieurs pour pouvoir échanger ensuite.

Les coordonnées des associations Aide 37- tél : 02 47 48 37 47 & Vie 37 -tél : 02 34 38 94 84 

TERRE DE TOURAINE L'HEBDOMADAIRE

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