Le dossier de Terre de Touraine

Le samedi à 7h42

 Le dossier de Terre de Touraine
Le dossier de Terre de Touraine © Radio France

le dossier de "terre de Touraine"

Philippe, aujourd’hui vous n’allez pas nous parler du coronavirus mais d’un autre sujet qui échauffe parfois les esprits en ville comme à la campagne.

Oui c’est le moins que l’on puisse dire puisque depuis quelques semaines, la rédaction de Terre de Touraine évoque dans ses colonnes l’enquête menée par les agriculteurs avec un toxicologue sur le glyphosate, ou plutôt sur les traces supposées du fameux désherbant dans les urines. 

Rappelons que le glyphosate est un désherbant total, ancien, mis au point par la société Monsanto, dont le brevet est tombé dans le domaine public et employé largement dans le monde. Un désherbant classé cancérogène probable. 

Ou pas, car si une agence de l’OMS, l’a classé ainsi au même titre que le café et l’eau très chaude, toutes les autres agences sanitaires indiquent « RAS ». Le débat reste donc ouvert, surtout depuis la publication d’une étude américaine portant sur 56 000 agriculteurs. Menée durant 20 ans par une université publique, l’enquête ne montre pas de risque de cancers imputable au glyphosate parmi les personnes les plus exposées. Nos auditeurs peuvent réécouter l’interview donnée sur France Culture en septembre dernier par la cancérologue Catherine Hill au journaliste Guillaume Erner. 

Peut-être, mais il semble qu’il soit partout dans notre environnement ce désherbant. Nous avons tous en tête les images « choc » de ces groupes de « pisseurs volontaires », c’est comme cela qu’ils s’appellent, arborant leur taux de glyphosate sur des petites pancartes. 

J’y viens. Justement, les résultats obtenus par les pisseurs volontaires ont intrigué les agriculteurs. Que, des citoyens, rats des villes, rats des champs, présentent tous, des traces, même infimes, dans leurs urines, c’est troublant. Et donc depuis plusieurs semaines, un peu partout en France, sont pratiqués des contre tests mais cette fois dans trois laboratoires à commencer par l’officine allemande utilisé par les pisseurs. Mais aussi à Limoges, où est pratiquée la méthode d’analyse officiellement reconnue, la chromatographie. 

Et alors ? 

Eh bien, les résultats pratiqués selon la méthode officielle ne trouvent rien ou pas grand-chose. En Touraine, sur 11 pisseurs volontaires comprenant des agriculteurs, des parlementaires et des journalistes, 9 personnes ne présentent aucune trace et deux des traces infimes, une centaine de fois inférieure au taux autorisé. Dans toute la France, ces nouveaux résultats sont à l’unisson et comme le titrait notre confère la Nouvelle République mercredi 11 mars dans son édition de l’Indre, « tests rassurants pour les agriculteurs, les experts consultés parlent de taux inoffensifs. 

C’est plutôt une bonne nouvelle. 

Oui mais il y a un hic ! C’est qu’en recevant les résultats de leur glypho-tests, les agriculteurs ont lu en tout petit en bas du formulaire : « Nicht akkreditierte verfahren ». Excusez mon accent, c’est-à-dire, « procédure non accréditée ».  

Et alors c’est grave ? 

Une procédure n’a pas besoin d’être accréditée pour être juste mais elle doit être validée scientifiquement. Or l’enquête approfondie du toxicologue montre que ce qui n’est pas le cas. Ça signifie que les tests affichés dans les médias par les pisseurs volontaires sont dans leur globalité scientifiquement nuls et non avenus. Ensuite ça dépend où chacun place le curseur de la morale et de l’honnêteté. Les responsables des pisseurs interrogés, enfin ceux qui ont accepté de répondre, indiquent qu’ils connaissaient la fragilité du test Elisa validé pour l’eau mais pas pour l’urine. De plus une responsable du collectif Campagne Glypho 36 indique, toujours dans la NR, je la cite, « on sait que la molécule même du glyphosate n’est pas dangereuse… ». Elle évoque ensuite le cocktail pouvant se révéler toxique avec ses adjuvants. Or ceux qui ont été considérés comme tangents ont été retiré des formulations. Alors au final, on a envie de dire, tout ça pour ça ?   

Une enquête à retrouver sur votre site terredetouraine.fr Philippe.