Le dossier de Terre de Touraine

Le samedi à 7h42

Arrosage
Arrosage - Arnaud Crosnier

le dossier de "terre de Touraine"

La chronique de la presse agricole départementale. Avec Philippe Guilbert de Terre de Touraine, les filières agricoles commencent à se gripper.

Après une première semaine de confinement qui a bouleversé la circulation bien rôdée de la nourriture, les premiers grains de sable commencent à crisser dans les rouages de la  fourche à la fourchette. Le boulet du coronavirus a traversé les circuits alimentaires chamboulant les approvisionnements. Les fournisseurs de la restauration hors foyer ont perdu leur clientèle alors que la population se ruait dans les supermarchés. S’il  s’agit toujours d’aliments, les conditionnements sont différents et l’agroalimentaire tente de s’adapter comme il peut. En Centre Val de Loire, les agriculteurs qui approvisionnent collèges et lycée voient leurs marchandises, souvent périssables, envahir les  frigos au-delà des capacités. 

Quelles sont les productions régionales locales atteintes ? 

Les pépiniéristes, les horticulteurs. Avec la fermeture un peu inexpliquée des jardineries, et de nombreux marchés ils se retrouvent avec leurs pots sur les bras dont les plants de  légumes. Ils ont retrouvé en début de semaine, la possibilité de livrer leurs clients sur commande. Mais désormais ce sont tous les producteurs vendant en circuits courts, notamment sur les marchés qui sont impactés. Les producteurs d’asperges, mais aussi  ceux de fromages fermiers et les éleveurs de moutons. 

Pourquoi justement de moutons ? 

Mais du fait de Pâques et son traditionnel gigot d’agneau. La période est peu propice aux repas de famille et les ventes ne décollent pas. 

Quelles solutions se mettent en œuvre ? 

Dans la campagne tout le monde remue ses méninges et cherche à se débrouiller individuellement ou collectivement. Les laiteries demandent aux éleveurs de réduire leur livraison de lait, les chevriers s’initient à la fabrication de tommes de chèvre, un fromage de longue conservation. Des communes  cherchent avec les organisations agricoles à obtenir la réouverture de petits marchés, des sites internet s’ouvrent pour faire connaître les lieux de vente, des drives fermiers s’organisent. Les éleveurs d’agneaux tentent avec les outils disponibles à développer  la découpe en plus petits lots emballés sous vide. 

Mais les usines agro-alimentaires continuent de fonctionner ? 

Pour l’instant oui grâce à la motivation du personnel mais l’absentéisme sur des postes qualifiés peut ralentir leur production tout comme une panne sans pièce détachée ou la rupture  des livraisons des emballages ou de certains intrants indispensables à la conservation. 

Que peuvent faire les citoyens consommateurs pour soutenir la fourche qui remplit leur assiette ? 

Essentiellement deux choses, acheter des produits locaux et de saison comme les fromages de chèvre aoc ou les asperges et l’agneau mais aussi les légumes, les pommes, les viandes. Les  réclamer dans les magasins, et demander aux élus, l’organisation par les communes de mini marchés tournants. 

Vous aviez parlé de deux choses possibles. Manger local et …

Et pour ceux qui le peuvent, aller travailler dans les champs ! 

Une vraie révolution culturelle

Oh il ne s’agit pas d’une injonction de gardes rouges mais d’une invitation nationale à partir dans les vignes, les aspergeraies et bientôt les champs de fraises.  

Quels sont les besoins en Centre Val Loire. ? 

Et bien assez faibles en fait car les deux grandes filières d’emploi hivernal, la viticulture et l’arboriculture avec la taille des vergers et des vignes ont fini leur saison. Les producteurs  d’asperges de Touraine, de Sologne, privés de grands marchés, s’organisent, certains choisissant de cueillir seulement la surface correspondante à la main d’œuvre dont ils disposent déjà. En revanche, les besoins sont très importants dans la partie sud du  pays avec l’absence des travailleurs étrangers. Les personnes qui auraient un point de chute sur place, sous réserve d’une autorisation de déplacement, peuvent s’inscrire sur les sites de l’anefa et wizi farm. Je les énonce : anefa.org et desbraspourtonassiette.wizi.farm  / lagriculture-recrute.org

Ceci dit, en dehors des besoins ponctuels de cette crise sanitaire, les filières agricoles recrutent toujours. 

Oui elles offrent des emplois stables en production mais aussi dans les filières amont et aval des gens formés. Il suffit de se rapprocher dans ce cas des groupements d’employeurs,  des chambres d’agriculture et de l’enseignement agricole avec en prime le bonheur de vivre à la campagne.