Le dossier de Terre de Touraine

Le samedi à 7h42

Le Roundup contient du glyphosate
Le Roundup contient du glyphosate © Radio France - PQR

Parlons glyphosate en Touraine

Diffusion du samedi 14 décembre 2019 Durée : 3min

On fait le point ce matin sur l'utilisation de ce désherbant en Touraine.

Rappel des faits, le glyphosate c’est la molécule de base du fameux Round Up. Un désherbant total efficace, bon marché utilisé à l’échelle planétaire par l’agriculture, les collectivités, les entreprises, les particuliers. 

Sauf que le produit fait polémique

En France son utilisation est réservée aux professionnels titulaires d’un certiphyto. 

Mais que dit la science ? 

Si toutes les agences sanitaires sauf une n’ont rien trouvé à redire jusqu’à présent sur son caractère toxique, le Circ, une agence de l’OMS le classe dans les cancérigènes probables. Une catégorie soit dit en passant où l’on trouve aussi le café, la viande rouge et l’eau très chaude. 

La dernière étude scientifique en date a été publiée par des Universités publiques des USA. Elle a porté sur le suivi de 60 000 agriculteurs utilisateurs du produit durant 20 ans. Sa conclusion : rien n’indique le caractère cancérigène du produit. Les farmers n’ayant pas développé davantage de cancers que le reste de la population. D’ailleurs la cancérologue de l’institut Gustave Roussi, Catherine Hill l’a rappelé récemment sur France culture, en ajoutant que si des utilisateurs réguliers ne développaient rien, le risque de voir des personnes présentant des micro-doses étaient quasi nul. Mais ce sujet qui n’est pas tranché, laissons la science travailler. La moitié des spécialités autorisées en France en contenant viennent de voir leur autorisation de vente retirée par l’Anses. Ce retrait ne découle pas de nouvelles conclusions scientifiques mais de raisons administratives. L’Anses accélère le rythme des ré-homolagations et les fabricants n’ont pu produire leur dossier dans les délais impartis. 

Pourquoi les agriculteurs français sont-ils vent debout contre sa suppression ? 

La réalité du jardin comme de la grande ferme, c’est qu’il n’y pas de récolte sans maîtrise, dans les cultures, de la flore sauvage qui les supplantent facilement. En dehors des jardins potagers ou de petites structures maraichères, le désherbage manuel est inenvisageable sur de grandes surfaces. Rappelons que les candidats aux travaux des champs se font de plus en plus rares. Depuis 150 ans, les hommes ont réglé une partie du problème en labourant puis en binant. C’est efficace, mais chronophage et fortement consommateur de fioul. Les désherbants totaux ou sélectifs ont apporté une autre solution aux agriculteurs. Les pionniers de l’agriculture de conservation des sols n’utilisent pas ou presque d’outils métalliques pour maintenir un sol vivant et une couverture permanente du sol. Mais le passage obligé de ce mode de culture, c’est l’utilisation d’un désherbant total employé à faible dose. Sans le glyphosate l’aventure de l’agriculture de conservation des sols risque en France de s’arrêter là. Enfin dans un marché ouvert, interdire le produit à la ferme France, mise en concurrence avec le monde entier, c’est comme mettre des baskets en plomb à un coureur de fond. 

Et l’agriculture biologique ?!

L’agriculture biologique n’utilise pas de phytopharmacie de synthèse mais les bios en grandes cultures, pour réussir, doivent retourner et gratter fréquemment leurs terrains avec des conséquences : des sols paradoxalement moins vivants, une consommation accrue de carburant et de l’érosion ; éolienne en saison sèche et par ruissellement comme actuellement. 

Pas simple…

Il n’existe pas une solution géniale qui cocherait toutes les bonnes cases. Le bon chemin est rarement blanc ou noir mais souvent entre deux. Pour notre Hexagone et ailleurs, le sujet est loin d’être clos. L’Autriche et la Thaïlande avaient banni la molécule mais viennent de la ré-autoriser. A chacun donc de voir en fonction de ses envies et de ses contraintes quel le moins mauvais des chemins à suivre en raisonnant ses pratiques et chacune de ses interventions. Ce dossier est loin d’être clos.

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