Replay du samedi 19 décembre 2020

Les éleveurs n'ont pas le moral

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La filière élevage et le marché des broutards connaissent la crise

Les broutards sont en crise
Les broutards sont en crise © Maxppp - PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

Bonjour à tous, ce matin il fait bon frais, un temps idéal pour fouler une prairie. C’est-à-dire au milieu d’un trésor de biodiversité. Mais en attendant l’explosion printanière la vie continue sous nos pieds, les vers de terre, les champignons pacsés avec les radicelles le tout baignant dans un mucus bactérien fertile. 

C’est bien sympathique cette balade Philippe mais vous voulez en venir où au juste ? 

J’y viens. Tout ce patrimoine vivant, n’aurait pas cette richesse, sans les éleveurs. La fauche et le pâturage des ruminants sont des conditions essentielles pour maintenir les prairies qui constituent des puits de carbone majeurs. En séquestrant du CO2 la prairie contribue à alléger notre empreinte carbone. 

Donc tout va bien et on peut dire merci aux éleveurs alors….

Oui on peut leur dire merci d’autant qu’ils n’ont pas le moral. Après avoir perdu une partie des aides européennes, la fameuse aide compensatoire pour handicaps naturels, les éleveurs allaitants subissent les affres du commerce. Le marché du broutard est en crise. 

Vous avez dit broutard ? 

Oui la vente des broutards constitue l’essentiel du revenu des éleveurs de troupeaux charolais et limousins, les deux principales races élevées en Touraine. Les broutards, c’est le nom donné aux jeunes bovins âgés de 3 à 8-9 mois qui tètent encore leur mère et commencent à brouter. Avec un effectif de 200 000 mères vivant dans 3800 élevages, c’est la première filière animale de la région. Elle pèse un 30% de la production agricole finale de l’élevage et emploie 6 000 personnes à temps plein. 

Et alors quelle est la teneur de la crise affectant la production de broutard ? 

La mévente à l’exportation. Là comme ailleurs la ferme France perd des parts de marché en Europe. En France, le jeune bovin est vendu 1 €/ kg sous son coût de production. Depuis la mi-juillet le prix moyen d’un broutard a baissé de 150€. Pour les éleveurs, cette situation est intenable et se traduit par la perte de 30% de leur revenu alors qu’ils jouent un rôle environnemental majeur. Pour la fédération nationale bovine « L’ambition partagée avec le Gouvernement de mettre le “collectif” de la filière au service de la recherche de valeur pour les éleveurs n’a pas été concrétisée ». 

Mais que peuvent faire les éleveurs alors ? 

Reprendre en main leur commercialisation en contournant les opérateurs incapables de faire remonter la valeur ajoutée. C’est tout le sens du projet de labellisation Grand Bœuf adopté par la chambre d’agriculture avec l’appui du conseil départemental. Pour les élus consulaires en charge du dossier, Fabienne Bonin productrice de lait à St Branchs et Richard Courtigné, éleveur allaitant à Brèches ce label Rouge Grand Bœuf il correspond bien à la typologie des élevages du département et  devrait se traduire par une montée en gamme et une amélioration substantielle du revenu.   Il garantit une densité inférieure à 2 bêtes adultes /ha une durée de pâturage d’au moins 7 mois avec des animaux au minimum nourris avec des fourrages produits à 80% sur la ferme. Autant de critères inscrits dans la loi Egalim qui 

Et en pratique quand le trouvera – t-on ce Grand Bœuf ? 

Pour l’instant, les éleveurs  choisissent le nombre d’animaux  qu’ils souhaitent faire  entrer dans la démarche. Il y aura 2 bêtes tests/ sem à partir de janvier avec un objectif  d’être opérationnel en septembre  2021 pour 300 animaux par an,  juste avec les collège. Mais c’est  une première étape, car si le collectif  prend, d’autres débouchés seront recherchés. 

Je souhaite à toutes et à tous de bonnes fêtes de fin d’année.