Replay du samedi 30 janvier 2021

Révolution dans le monde Phytosanitaire

- Mis à jour le

Nouvelle réglementation concernant l’emploi des produits phytosanitaires par les agriculteurs : elle interdit aux fournisseurs d’être à la fois conseiller et vendeur !

les règles phytosanitaires changent...
les règles phytosanitaires changent...

Et en clair ça signifie quoi exactement ? 

Eh bien jusqu’à présent, un agriculteur bâtissait en morte saison son programme de protection des cultures avec son fournisseur ; coopérative ou négociant. En cours de campagne, la préconisation était affinée en fonction des constatations de terrain. 

Oui mais ce système c’était un peu comme si le pharmacien faisait office de médecin. Et quand c’est le fournisseur qui prescrit, ça peut pousser à la consommation ? 

Ça n’est pas si simpliste. D’une part, les produits sont chers et les agriculteurs sont des professionnels soucieux des coûts de production. Et bien souvent quand les conditions le permettent ils savent très bien obtenir une couverture efficace avec des doses réduites. D’autre part, l’ancien système permettait aux fournisseurs-acheteurs de veiller à la qualité marchande des grains, de programmer les commandes aussi et d’assurer un stock suffisant permettant de négocier les prix avec les fabricants. Au printemps dernier quand la Covid a mis le monde entier en apnée, les agriculteurs étaient rassurés de savoir que les produits fabriqués à l’étranger étaient disponibles près de chez eux.  

Oui mais Philippe, le gouvernement ne se base-t-il pas sur un chiffre tout simple ; le tonnage annuel d’agrochimie vendu en France ? Et ce chiffre était plutôt à la hausse…d’où cette réforme. 

Là encore, ça mérite des explications. La consommation est directement liée au climat du printemps et à la surface. Si le temps est doux et pluvieux, il y a fort à parier que la pression de maladies sur toutes les cultures sera forte. Aucun vigneron, quel que soit son mode de production, ne prendra le risque de laisser le mildiou se développer dans ses vignes entre les mois de mai et août. En revanche si le printemps est sec, la consommation baissera de façon spectaculaire. En fait pour être juste il ne faut pas prendre le tonnage global, ce qui n’a aucun sens, mais le rapporter à l’hectare cultivé. Et là la France n’est plus du tout la championne du monde de consommation de pesticides. L’augmentation de la consommation est aussi directement liée à la disparition régulière de l’élevage et le remplacement des prairies par des cultures. 

Et toutes les conduites agricoles sont concernées par cette réforme, même la bio ? 

Oui même la bio qui utilise des produits de bio-contrôles. 

Mais alors qui va assurer le conseil? 

La réforme oblige les utilisateurs à produire deux audits stratégiques tous les cinq ans. Il s’agit d’un constat personnalisé des pratiques de l’exploitation, des risques, des contraintes, établit avec un conseiller d’un organisme agréé. Il est complété par un plan d’action qui fixe la ligne de conduite au champ. La finalité de ces documents étant de réduire la consommation annuelle de phytopharmacie sur la ferme. 

Mais c’est un travail énorme que d’auditer toutes les fermes de France ! 

Oui et les chambres d’agriculture qui se sont positionnées sur le créneau du conseil demandent que le premier audit qui doit être réalisé avant la fin 2023 s’opère sous forme de stages groupés finançables par les fonds de formation des agriculteurs.