Replay du samedi 13 mars 2021

Alors que la famine recule dans le monde, la suralimentation progresse et inquiète

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Si les situations de famine ont diminué dans le monde, la suralimentation est aujourd'hui devenue un sujet d'inquiétude majeur, aggravé actuellement par la Covid 19.

Le dossier de Terre de Touraine - la suralimentation
Le dossier de Terre de Touraine - la suralimentation © Maxppp - Richard Villalon

Philippe ce matin vous nous mettez le nez dans notre assiette

Tout juste Isabelle car bon an mal an, sous nos latitudes et dans de nombreux pays du monde cette assiette est désormais à peu près correctement remplie, ce qui nous autorise à décréter en page 20 de notre édition de vendredi « la fin de la famine ». 

Mais pourtant, les actualités regorgent de situations de disette encore aujourd’hui

Oui mais il s’agit de cas dramatiques généralement liées à des conflits armés comme au Yémen ou à des politiques désastreuses empêchant les agriculteurs de faire leur métier. L’histoire européenne regorge de situations de famines. Par exemple à la fin du 17ème siècle, le roi Soleil amorce tout juste son règne qu’il voit plonger dans l’obscurité en trois ans près de 3 millions de français, morts de faim. Inondations, froids intenses, canicules, les catastrophes climatiques s’enchainent empêchant les semis, détruisant les récoltes. La sinistre chronique des famines indique qu’entre 1739-40, la population tourangelle mange de l'herbe. On retrouve des scénarios identiques en Scandinavie, en Ecosse et en Irlande voilà moins de deux siècles. Mais le vent tourne. Au cours des derniers siècles, les progrès techniques, économiques et politiques ont tissé un filet de sécurité toujours plus robuste, protégeant l’espèce humaine du seuil de pauvreté biologique. L’agriculture en révolution permanente remplit son contrat, avec des mots d’ordre sociétaux qu’elle exécute, la quantité bon marché après 1945, la qualité bon marché à la fin du 20ème siècle, la qualité + l’écologie et l’étique envers les animaux d’élevage désormais. 

Mais Philippe, il y a bien des français qui ne mangent pas à leur faim chaque jour…

Exact mais si notre pays compte encore 6 millions d'habitants victimes d'insécurité alimentaire, ça n'a plus rien à voir avec la famine ; c’est-à-dire rien à manger durant des semaines. Lors de la Conférence mondiale de l'alimentation en 1974 à Rome, les délégués furent abreuvés de scénarios apocalyptiques comme « la Chine ne pourra jamais nourrir son milliard d'habitants ». En fait, elle s'acheminait vers le plus grand «miracle» économique de l'Histoire ; l’ Empire du milieu, désormais acteur majeur de la conquête spatiale échappe à la famine. Une réalité planétaire actée par la revue The Lancet en 2017 qui constatait une baisse générale de la malnutrition dans le monde. 

Ce qui vous fait dire que le problème de santé publique est désormais l’obésité. 

De fait, dans la plupart des pays, la suralimentation est aujourd'hui devenue un souci bien plus inquiétant que la famine, aggravé actuellement par la Covid 19 qui affecte les personnes affaiblies par des surcharges pondérales graves. En 2014 déjà la sonnette d’alarme était tirée avec plus de 2,1 milliards d'habitants en surpoids, contre 850 millions souffrant de malnutrition. En 2010, la famine et la malnutrition ont tué près d'un million de personnes, alors que l’obésité en a tué 3 millions ! La famine n'est plus une des plaies de l'humanité.  Et avant de vous quitter je précise que cet article de Terre de Touraine écrit par un agronome-chercheur en retraite a été signé avec le pseudonyme de Prométhée, un titan féru qui offert la connaissance aux hommes. Bon week end à tous.