Replay du samedi 10 avril 2021

Une véritable catastrophe : Le gel des vignes et des vergers

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Nos vignes ont subi le gel et - 7 degrés...Le secteurviticole de Touraine peut-il se relever ?

les vignes de Touraine durement touchées par le gel...
les vignes de Touraine durement touchées par le gel...

Dame Nature a méchamment giflé de trois vagues de froid les bourgeons de vignes et les boutons floraux des pommiers. Selon leur stade, les jeunes pousses résistent plus ou moins au froid. Beaucoup de vignes, à la faveur des températures estivales prévalant fin mars, ont engagé la sortie des feuilles. Si le bourgeon d’hiver résiste au-delà de -10°C, la résilience au froid décroit rapidement avec la pousse et l’hygrométrie. Les premières feuilles commencent à geler à -3°C par temps sec mais peuvent griller dès 0°C si l’humidité, même faible, entre dans la danse. C’est ce qui s’est produit mercredi matin et dans une moindre mesure jeudi mais avec une température plus basse, parfois jusqu’à -7°C. Les vignerons tentent d’amortir le risque par la taille tardive de leur vigne mais pour des raisons de main d’œuvre évidentes, tout ne peut être taillé en mars. 

Et tous les vignobles de la Touraine sont touchés ? 

Tous oui à des degrés divers et les vergers qui amorçaient leur floraison aussi, ne les oublions pas. Les bourgeons floraux sont détruits à Azay-le-Rideau et fait plus rare dans le nord ouest de la Touraine, le bassin de pommiers de St Aubin le dépeint est lui aussi gravement affecté. Quant aux vignes, le froid s’est fait moins intense sur les rouges de l’ouest à Bourgueil-St Nicolas et Chinon. Plus à l’est, du ridellois à Choussy dans le Loir & Cher, les dégâts sont considérables.

Mais pourquoi tant de dégâts alors que les vignes sont protégées ? 

Certaines vignes sont protégées, surtout dans les secteurs réputés gélifs. Les vignerons ont investi des millions d’euros pour tenter de s’affranchir du risque. La lutte contre le gel c’est une boîte à outil. Les moyens à disposition sont plus ou moins coûteux et plus ou moins efficaces. Le plus performant c’est l’aspersion qui protège les bourgeons avec une gangue de glace restant à 0°C. Ce mode de lutte bien utilisé va au delà de -7°C. Mais l’aspersion est possible sur des sols très filtrants, les terrasses alluviales de Chinon et du bourgueillois et à condition de disposer d’une réserve d’eau suffisante, une grande rivière, un lac. Seconde mode de lutte, la ventilation. On dénombre plusieurs centaines de grands ventilateurs en Val de Loire qui rabattent les couches d’air plus chaudes vers le sol et sèchent le feuillage tout comme l’hélicoptère parfois utilisé. Les vignerons ont recours aussi différents générateurs de chaleur et de fumée  faisant écran aux rayons brûlants du soleil et sont employés seuls ou couplés avec les autres moyens. Des essais sont en cours pour connaître l’efficacité de fils chauffants. Mais cette fois la masse d’air froid était telle que l’efficacité des ventilateurs se révèle toute relative.

Mais les producteurs peuvent aussi s’assurer non ? 

Oui le risque d’aléas climatiques intègre le gel. Mais le coût et le niveau des franchises limite la portée de l’assurance. De plus, les indemnisations sont calculées sur des moyennes de rendement, qui sont modestes justement à cause des aléas passés. On estime à 20% les surfaces couvertes. Mais au delà l’assurance, ce dont les vignerons ont besoin c’est de vin, car ne pas répondre à la demande c’est risquer de perdre des marchés difficiles à conquérir. 

Il n’y pas d’espoir alors ? 

Il y a toujours de l’espoir, mais quand tout semble perdu. Bien sûr il reste un mois à risque jusqu’aux Saints de glace. Il faut espérer que la nature en a fini avec son avalanche de froid. Alors espérons que la gelée annoncée en début de semaine prochaine après la pluie ne sera pas au rendez vous. Souhaitons aussi que les contre bourgeons encore en sommeil bénéficieront d’un temps clément pour produire quelques grappes.