Replay du samedi 10 octobre 2020

"Désintensifier" la production agricole et nourrir plus de personnes, douce utopie ?

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"Désintensifier" la production agricole et nourrir plus de personnes dans le respect de l'environnement, une injonction paradoxale, une douce utopie ?

Agriculture intensive
Agriculture intensive © Maxppp - GUY EDWARDES

Ce matin, j’ai envie de partager mes réflexions sur les défis qui attendent l’agriculture, les agriculteurs et les citoyens-consommateurs que nous sommes tous. Les idées se bousculent dans ma tête, parfois contradictoires, aucune raison que vous n’en preniez pas votre part. 

Je vais juste prendre quelques mots, que l’on entend souvent prononcés par des personnes s’estimant assez informées pour parler à la place des agriculteurs. Chacun ayant son avis sur tout alors pourquoi pas sur un sujet aussi complexe que l’agriculture. 

Parmi les injonctions régulièrement lancées, j’entends qu’il faudrait "désintensifier" la production agricole ». Pourquoi pas mais je ne peux m’empêcher de penser que c’est pourtant l'augmentation des rendements des champs et des élevages et la régularité des chaînes d’approvisionnement, qui ont permis à une grande partie de l'humanité d'éloigner les disettes. Les zones où la famine menace encore sont des secteurs d’insécurité dans leur très grande majorité où les producteurs ne peuvent pas travailler. 

Maintenant juste deux exemples d’augmentation de la productivité : 

19ème siècle le rendement de blé moyen avoisinait les deux tonnes par hectare.

Au 19ème siècle le rendement blé moyen avoisinait deux tonnes par hectare. Actuellement, moisson 2020 mise à part, l’agriculteur engrange bon an, mal an, entre 6 à 9 tonnes. Production laitière d’une vache en 1937 : 2600 litres par lactation, et 7800 l aujourd’hui, multipliée par trois.

Rappelons nous aussi qu'en 1930, la France, première puissance mondiale au coude à coude avec la GB et les USA, importait du grain et de la viande alors même qu'il y avait 25 millions d'habitants en moins, que l’on dénombrait encore près de 4 millions de fermes de polycultures élevage. La population rurale et une partie des prolétaires se nourrissaient eux même avec jardins et petits élevages (y compris dans les banlieues). Depuis l’humanité a explosé les compteurs, une grande partie de la population, désormais concentrée en ville a perdu le savoir-faire de son autosuffisance. Demandez juste autour de vous qui sait encore élever et dépouiller un lapin ? 

Alors Pour ma part je dirais donc plutôt merci à l'agriculture modernisée. 

9 milliards de terriens en 2050, ça fait au bas mot une bonne vingtaine de milliards d’assiettes  à remplir chaque jour 

L’agriculture, l’alimentation c’est aussi de la géopolitique.

Et donc parler de "désintensifier" la production agricole apparaît objectivement comme une folie sociale, y compris en Europe qui compte à sa porte les 200 millions d’habitants du Maghreb et d’Egypte. Des pays qui n'ont pas la surface de terres fertiles pour s'autosuffire. L’agriculture, l’alimentation c’est aussi de la géopolitique. Alors juste cette question : l’Europe doit-elle laisser ses 200 millions de voisins à la merci des humeurs du trio Poutine, Bolsonaro et Trump? 

Mais au fait que se passe-t-il directement quand on produit moins à l’hectare mais qu’il faut toujours plus de nourriture ? « Eh bien il faut davantage  d’hectares cultivés» dirait un écolier de CM2. 

Tout juste, désintensifier induira, soit une pression nouvelle sur nos espaces naturels restant : de nouveaux champs à la place de la forêt ; soit la montée en puissance de cultures intensives de serres hors sol, les racines des légumes plongées dans une soupe fertile. 

Troisième choix, l’externalisation du problème à l’image de ces déchets que des pays riches expédient chez les autres.   

Si la France produit moins, elle ne va pas manger moins ? Le hamburger d’ici ne va-t-il pas accélérer la pression sur la forêt brésilienne ? L’huile de ma pâte à tartiner préférée ne va-t-elle pas précipiter l’extinction des ourang-outangs ?  Selon moi ce sont de vraies questions à méditer sans omettre un point majeur de notre alimentation : notre gaspillage alimentaire. La FAO, l’organisation mondiale pour l’agriculture et l’alimentation, estime que la moitié de la production alimentaire est perdue. Un quart par manque de routes et frigos dans les pays du sud et l’autre quart par le gaspillage du contenu de nos assiettes.

A suivre....