Replay du mercredi 31 mars 2021

Se le dire enfin d'Agnès Ledig, chez J'ai lu

Un homme en pleine crise de milieu de vie, des personnages au lourd passé et une forêt enchantée.

Se le dire enfin, Agnès Ledig
Se le dire enfin, Agnès Ledig © Radio France - J'ai lu

Voici une histoire qui puise dans les non-dits et les rendez-vous manqués qui hantent son héros, Edouard. Ingénieur tout bien comme il faut,  Edouard est marié et papa. Bref, il a coché sauf peut être celle de la crise du milieu de vie.

Fin des vacances, avec sa femme, Edouard s'apprête à prendre son TGV à Vannes, quand il croise une petite dame anglaise encombrée de lourdes valises. Comme il est bien sous tout rapport, il lui propose de l'aider à grimper dans le bus qui doit l'emmener dans une chambre d'hôte en forêt de Brocéliande. Mais une fois la vieille dame installée, au lieu de descendre, Edouard s'assied à ses côtés et décide de partir avec le bus, larguant sur place femme et valises. Enfin décide ... décide-t-il vraiment ? 

Je pense qu'il ne décide de rien. Il a l'impression de se voir agir. C'est plus instinctif que raisonné. Mais ça vient de loin, d'un besoin profond de changer quelque chose à sa vie. C'est bien. Il écoute son instinct qui, parfois, est salvateur. (Agnès Ledig)

Ça vient de loin, mais aussi d'une mystérieuse lettre à l'écriture féminine qu'il porte sur lui comme un talisman. Edouard s'installe donc dans cette chambre d'hôte sans savoir ce qu'il en attend. Une retraite dans la nature au contacts d'étrangers mystérieux, qu'il vit rapidement avec un grand bonheur. Même si une question le taraude et nous taraude  :  Vaut il mieux être un « gentil, raisonnable, dévoué » malheureux ou un « salaud heureux » ?

Je pense qu'il vaut mieux être gentil, raisonnable et heureux. Mais parfois c'est incompatible. Oui, à un moment, il se considère un peu comme un salaud heureux, parce qu'il culpabilise évidemment. D'un autre côté, il choisit la fuite pour se sauver, au propre et au figuré, mais surtout au figuré. (Agnès Ledig)

Et c'est dans cette forêt de Brocéliande qu'il se sauve et se perd parfois. Il n'y croise pas vraiment des fées mais d'étranges personnages. Gaelle et son fils qui ne parle pas.  Adèle échouée là comme un bateau avec un terrible secret. Le vieux Raymond qui philosophe entre deux tours de vis. Le chat Platon et la veille romancière anglaise qui cherche une bonne histoire à écrire en tirant les ficelles de la vie des autres. C'est au coeur de cette forêt qu'Edouard met à jour leurs secrets et voit émerger ses désirs enfouis.

La Forêt de Brocéliande me titillait depuis un moment. Se rattache à cette forêt toute la légende arthurienne.  
A un moment le vieux Raymond dit à Edouard de retrouver sa magie à lui. Je crois qu'on a tous cette petite magie en nous, qui est peut être simplement une réminiscence de nos rêves d'enfant.  
J'avais envie de montrer qu'on peut s'autoriser à une introspection profonde au contact de la nature. Et peut-être que le principal de la magie est là, dans les arbres, dans la forêt, dans ce que ça nous apporte de capacité à regarder à l'intérieur de soi, pour trouver ses propres réponses. (Agnès Ledig)

Edouard ne sera pas le seul à trouver ses propres réponse même si ce doit être douloureux. Et rien ne sera comme avant pour les destins qui se croisent dans la magie du dernier roman d'Agnès Ledig "Se le dire enfin" en poche chez J'ai lu.

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