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Le patrimoine alsacien par Emilienne Kauffmann

Du lundi au vendredi à 11h07

Photographie d'une alsacienne en costume traditionnel par Adolphe Braun (années 1870)
Photographie d'une alsacienne en costume traditionnel par Adolphe Braun (années 1870) - Adolphe Braun

La coiffe alsacienne

Diffusion du vendredi 10 août 2018 Durée : 6min

Ou plutôt les très nombreuses coiffes, les fameuses Schlùpfkàppe, avec Emilienne Kauffmann et Pierre Nuss.

La coiffe donne au costume alsacien son caractère esthétique final. Elle évolue au fil des années. Les femmes portent une protection utile contre le soleil, la pluie, le froid, le vent. C’est à dire un fichu de tête ou un voile.

Les épouses et les veuves relèvent leurs cheveux et les cachent sous le voile. Les jeunes filles se parent de longues chevelures ou de nattes, d’où l'expression : "ùnter d’Kapp brenga" (mettre sous la coiffe) pour une jeune fille à marier. 

Les femmes portent de grands fichus de formes différentes, couvrant le cou, les épaules. Les fichus sont richement brodés. Les paysannes ne portent que des fichus blancs, de lin grossier ou de coton solide. La manière de porter le fichu diffère dans le nord et le sud de l’Alsace. Il est rarement porté pour se rendre à l’église. Plus tard, le fichu est consolidé par une armature métallique, ce qui donne naissance à une coiffe blanche portée surtout par les riches bourgeoises. 

Puis les bonnets à nœud copiés de la bourgeoisie succèdent aux fichus. Ces petits bonnets en tissu argenté, en coton ou en soie emprisonnent les cheveux. Ils sont une sorte de calotte souple resserrée sur la nuque par un cordonnet.

Au XIXème siècle, ils cèdent le pas au désir de plaire et à la coquetterie. Les coiffes sont réalisées dans des matières de plus en plus somptueuses avec des broderies d’or, d’argent, de paillettes. On les entoure de rubans. Dès 1840, le ruban ne cesse de s’élargir et le nœud de croître. De la largeur d’une main en 1840, il atteint 23cm en 1860, puis 27cm. Vers 1900, l’envergure de la coiffe peut atteindre jusqu’à 1 mètre de diamètre. Les rubans sont décorés, en tissu à fleurs, puis de couleur unie.  La couleur de la coiffe change selon l’appartenance religieuse.

Les jeunes filles protestantes, les femmes mariées et les veuves ne portent que des rubans noirs dont les pans s’arrêtent dans le dos au niveau des épaules. Ces coiffes accompagnent à merveille la blancheur des collerette, le scintillement des plastrons et la couleur vive des jupes.

Les jeunes filles catholiques, par contre, préfèrent les rubans de couleur en soierie de Lyon, ou de magnifiques rubans rouges noués sur des fonds de coiffes dorés, des nœuds imprimés de fleurs des champs, des nœuds écossais de toutes nuances, ces derniers étant réservés aux catégories les plus modestes. Après son mariage, la femme porte des nœuds noirs dont les pans descendent jusqu’à la taille. Ils sont brodés, garnis de dentelles ou de franges.

A la fin du XIXème siècle, les coiffes à nœoueds, hautes et larges appelées "Grands papillons noirs", offrent un spectacle pittoresque gênant souvent la visibilité des uns et des autres lors des réunions familiales et dominicales. Les coiffes à petit nœud s’accrochent dans les cheveux, les rubans recouvrent les oreilles et les joues. Elles sont surtout portées l’hiver par les femmes âgées et les petites filles.

A partir de 1900, les coiffes de nos campagnes se dégradent. L’exode vers les villes, les moyens de communication entraînent la disparition du costume, jugé incommode.  Pourtant les coiffes d’Alsace mettaient les femmes en valeur. Elles les obligeaient à marcher la tête haute, leur donnaient de l’allure. les jeunes femmes y gagnaient en séduction et les plus âgées en caractère !

Extrait de ce blog sur les costumes alsaciens.