Les portraits de Jean-Paul Billo 2012-2013

Bernard Laporte

Les portraits de Jean-Paul Billo 2012-2013

Les passes croisées de Bernard Laporte

toulon laporte - Aucun(e)
toulon laporte
 

« Les limites d’un groupe s’arrêtent là où commence le ciel ! » Derrière ses petites lunettes rondes et cerclées de prof sur un nez en trompette, son œil bleu azur et rigolard, son crâne dégarni, son sourire communicatif et son accent chantant, Bernard Laporte cache les armes d’un animal à sang froid. « Je suis passionné, excessif, très égoïste dans ma manière de fonctionner ! » reconnaît l’ancien entraîneur du XV de France, ancien Secrétaire d’État chargé des Sports, ancien manager du Stade Français, désormais entraîneur du RC Toulon, et homme d’affaires aux multiples casquettes.

Dès l’enfance, Bernard Laporte pratique le rugby. Évoluant au poste de demi de mêlée, il effectue sa formation à l’Union Athlétique de Gaillac.En 1984, il rejoint l’équipe de Bègles-Bordeaux, qui évolue en Première Division. Il en devient le capitaine. Son équipage s’illustre sur les terrains par une tactique originale dite de « La Tortue », et par les frasques du trio Simon-Gimbert-Moscato surnommés « Les Rapetous » . En 1991, Bègles-Bordeaux est sacré Champion de France, et dispute la finale du Challenge Yves du Manoir.En 1993, Laporte fait ses classes d’entraîneur-joueur au Stade Bordelais Universités Club.En 1995, le président Max Guazzini le nomme entraîneur du Stade Français, qui évolue alors en troisième division. Sous la houlette du nouveau coach, l’équipe se renforce, grimpe chaque année un échelon, se retrouve Championne de France en 1998, et enlève la Coupe de France en 1999, après être parvenue en demi-finale européenne.Dans la foulée, il est nommé à la tête du XV de France, premier à ce poste à n’avoir jamais porté le maillot tricolore. Sous son mandat (1999-2007), les Bleus remportent quatre fois le Tournoi des 6 Nations, réalisant le « grand chelem » en 2002 et en 2004. Ils parviennent également en demi-finale de la Coupe du Monde en 2003 et en 2007. « L’ère Laporte » se solde par 98 matches disputés, 62 victoires, 34 défaites, et 2 nuls.En 2007, il est nommé Secrétaire d’État chargé des Sports, poste qu’il occupe jusqu’au remaniement ministériel de juin 2009.En 2010, il assure la charge d’administrateur de l’Aviron Bayonnais, puis, à partir de mars 2011, celle de manager du Stade Français, avant de prendre en main, l’équipe Première du Racing Club de Toulon.Sur le plan médiatique, après avoir collaboré avec TF1 comme consultant en 1999, il anime sur RMC « Direct Laporte » depuis 2006. Après une période de silence due à ses fonctions ministérielles, il collabore désormais régulièrement au « Moscato Show ». Canal Plus s’est adjoint ses services pour la Coupe du Monde 2011.On l’a vu vanter les mérites de 17 marques dans des spots publicitaires. Très sollicité par les entreprises, il effectue régulièrement des prestations de conseil, tarifées « Haut de gamme ».Homme d’affaires, Bernard Laporte investit à partir de 1996 dans les casinos de Lacanau, Mimizan, Biscarosse, et Saint-Julien-en-Genevois.Il est propriétaire de deux campings sur le Bassin d’Arcachon, d’un autre à Bergerac.Sous forme d’associé ou d’actionnaire, il est présent dans une galaxie de sociétés dont la liste demeure imprécise. On y trouve des restaurants, des boîtes de nuit, de l’équipement sportif, des entreprises viticoles, de l’immobilier… Mais pas encore de raton laveur.La Justice ne reste pas insensible à la complexité voire à l’opacité de ses nombreuses activités commerciales. Quelques démêlés s’ensuivent, sous forme d’enquêtes et de perquisitions. Il est parrain de l’association « Greffe de Vie », qui milite en faveur des dons d’organes.En 2009, il publie un ouvrage intitulé : « Un bleu en politique » et un second en 2013 : « Petites histoires secrètes du rugby ».Marié en 1989 avec Nadine, qui lui a donné deux jumeaux Marine et Baptiste nés dans les années 90, il épouse en 2011 Marion, avocate parisienne.Ver de terre « Moi, je ne suis pas né le cul dans la graisse ! » Bernard Laporte voit le jour le 1° juillet 1964 à Rodez. La famille est installée à Gaillac, cité rurale, populaire, viticole, et hautement rugbystique. Agent EDF, son père escalade les poteaux électriques du Tarn, tandis que sa mère se lève à cinq heures du matin pour livrer « La Dépêche du Midi », avant d’entamer sa journée de femme de ménage. À la maison, l’affiche de Mitterrand trône en bonne place.L’enfant traîne sa solitude, s’ennuie à l’école, s’essaie au football, jusqu’au jour où un copain l’emmène voir un match de rugby. Il a 9 ans : « Moi qui étais timide et complexé, j’ai eu le coup de foudre ! Ça m’a sidéré de voir jouer ensemble et solidaires des gros, des grands, des petits, des maigres ! C’est comme si j’étais entré en religion ! » Odette, la maman se souvient : « Il était bâti comme un ver de terre ! Mais à partir de ce moment-là, entre les entraînements et les matches, on ne l’a plus guère vu chez nous ! Je ne sais pas quand il faisait ses devoirs, et pourtant il n’a jamais redoublé ! » Dès son entrée chez les minimes, l’entraîneur pige tout du gamin : « Toi, gaulé comme une ablette, tu n’es pas fait pour plaquer, pour percuter, mais pour organiser et pour commander ! » De bonne heure, le voilà promu capitaine.Il vit, mange, et dort « rugby » , à tel point qu’au bistro du village, même les vieux appréhendent de s’asseoir à ses côtés, de peur d’être saoulés de considérations techniques et récits en tout genre sur le thème de l’Ovalie. Il finit souvent ses discours dans l’indifférence générale.Son bac pro d’électronicien en poche, il rentre chez France Télécom. C’est alors que sa voiture s’encastre dans un platane. Après une semaine de coma, on le croit perdu pour le sport. Il se requinque : « Cet accident m’a ouvert les yeux sur la vraie vie ! Je ne voulais pas connaître la même existence que mon père. À partir de là, j’ai décidé de toujours aller jusqu’au bout de mes rêves ! » Du survêt au costard Le Café des Sports de Gaillac ne mène pas d’évidence sous les ors de la République. Le premier poisson-pilote s’appelle Max Guazzini, très médiatique président du Stade Français. Quand il recrute Bernard Laporte, il voit débarquer de sa province un agité du bocal dans une vieille voiture déglinguée, toujours fringué en survêtement, qui se contrefiche des élégances. Il lui glisse un chèque en blanc pour qu’il s’achète des choses présentables, et lui choisit quelques cravates. « J’ai tout de suite accroché ! » , se remémore Max, « Il était enthousiaste, intelligent, plein d’idées neuves pour le rugby ! Il m’a fasciné ! » En sa compagnie, le Rastignac du Tarn se polit, se façonne, découvre le port du costume, le monde des paillettes, du show-biz, les soirées au Fouquet’s… Il assimile vite, très vite : « Paris m’a appris à grandir, ce fut ma plus grande chance ! » Sur le terrain, et dans les vestiaires, ça dépote. Briefings d’enfer, colères mémorables, formules d’anthologie, genre « On va les écrabouiller ! », « On va leur marcher dessus ! » , font le miel des chroniqueurs, et des Guignols de l’Info. Les joueurs réagissent diversement, et le surnomment « Le Kaiser », « Bernie le dingue » , ou « Eagle Four » (Y gueule fort), tout en rendant hommage à son incontestable charisme, et sa faculté de sublimer les troupes.Chaleureux parfois jusqu’à l’outrance, il prend, selon l’occasion, le masque du gentil, ou celui du méchant. « On dit que je suis autoritaire, mais en fait, j’écoute beaucoup ! Les joueurs ont besoin qu’on leur tape sur la tête ! » se défend le coach, qui précise : « Tout ça, c’est pour qu’ils progressent, et parce que je les aime ! » Désamour C’est en jouant au foot sur le Bassin d’Arcachon qu’il fait sa seconde rencontre décisive, en la personne d’un estivant nommé Nicolas Sarkozy. « Un homme fabuleux, d’une énergie incroyable, un chef qu’on a envie de suivre ! » , s’extasie l’ancien colleur d’affiches des campagnes de Mitterrand, pour qui « il y a des gens bien dans tous les bords » . Propulsé au gouvernement – une consécration pour l’enfant de Gaillac – il prend goût au service public. Mais le personnel politique, qui le qualifie d’ « OVNI » , ne lui laisse pas un souvenir impérissable : « L’Assemblée Nationale, c’est un cirque où pleuvent des coups bas, fumants, et nauséabonds ! Kouchner ne m’a jamais serré la main ! Je n’aurais sans doute pas du déclarer que c’était pas moi le père de son enfant, mais Rachida Dati m’a déçu. Notre amitié s’est fracassée contre la rumeur ! » , et de conclure : « Tous ces apparatchiks m’ont pris pour un bouseux, un rustre, un bouffon ! » Il s’est aperçu qu’il est plus malaisé de naviguer dans les arcanes du pouvoir que de cornaquer des molosses d’un quintal sur les pelouses. Pas de prise de tête Amateur de bonne chère, de bon vin, et de Roquefort, Bernard Laporte déteste la solitude, ce que son ex-épouse Nadine appréciait modérément : « Il ne sait pas vivre seul. Pour lui, c’est impossible, quitte, parfois, à mal s’entourer. Même marié avec des enfants, il est incapable de partir en vacances sans ses copains ! » Marine constate : « Le rugby m’a volé mon papa ! » Il ne fréquente pas les salles obscures : « Où sont les nouveaux Fernandel, Pagnol, de Funès ? Pourquoi j’irai au cinéma pour me prendre la tête ? » Sans doute un brin farceur, il ajoute : « Je ne lis jamais ! » Il ne porte pas de montre, ne possède pas d’agenda, mais ne saurait oublier un rendez-vous.« Le barjot de la Béchigue » - le ballon, pour les initiés – se résume sans fausse modestie : « Je suis fier de mes racines de petit gars du Sud Ouest, mais je suis encore plus fier de m’en être sorti ! »