Les portraits de Jean-Paul Billo 2012-2013

Calogéro

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Calogero sous les feux de la rampe.

« Je suis un enfant de Cure, Depeche Mode, William Sheller et Barbara ! C’est un grand écart difficile à réussir ! Mais je suis enfin raccord avec moi-même ! » Quarantenaire filiforme à la voix haut perchée et à l’énergie communicative, le chanteur compositeur musicien Calogero joue désormais dans la cour des grands. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à poursuivre des expériences scéniques et musicales qui donnent la part belle à l’esprit collectif. Invité de France Bleu Midi mercredi 21 novembre, il présente « Circus », le premier album du groupe éponyme qu’il vient de fonder avec Karen Brunon au violon, Elsa Fourlon et Philippe Uminski aux guitares, Stanislas aux claviers, lui-même opérant à la basse et à l’harmonica.Calogero entame son parcours en fondant le groupe « Les Charts » qui enregistre cinq albums entre 1989 et 1997, dont « Notre monde à nous », double Disque d’Or en 1991 grâce au tube « Aime-moi encore ».En 1999, soutenu par Pascal Obispo et Zazie, il se lance dans une carrière en solo et propose son premier opus : « Au milieu des autres ».En 2002, il rencontre le succès avec sa chanson « En apesanteur », qui fait partie de son second album vendu à plus d’un million d’exemplaires.Il récidive en 2004 avec « 3 », une livraison qui contient notamment « Yalla », un morceau dédié à Sœur Emmanuelle. Il rafle une Victoire de la Musique, dans la catégorie Meilleur artiste masculin.S’ensuivent « Pomme C » (2007), « L’Embellie » (2009) et « VO – VS » - une compilation « Version Originale – Version symphonique » - en 2010.Durant la décennie, il enchaîne concerts à La Cigale, au Zénith ou à l’Olympia, tournées à travers la France, émissions de télévision, vidéo-clips, festivals, et nombreuses collaborations avec des artistes comme Zazie, Raphaël, Dick Annegarn, Jean-Jacques Goldman, Jenifer, Patrick Fiori, Johnny Hallyday, Françoise Hardy, Florent Pagny, Hélène Ségara ou Grand Corps Malade.À son palmarès, figurent également une seconde Victoire de la Musique en 2005 (Chanson originale de l’année : « Si seulement je pouvais lui manquer »), Les Prix de l’Union Nationale des Auteurs Compositeurs (2004), de Radio France (2001), et de RTL ( « L’Embellie », Meilleur Album en 2009), ainsi que deux « NRJ Music Awards », en 2004 et 2005.Il signe la bande originale du film « Mon Pote » de Marc Esposito (2010), et le générique de la série « Flics » diffusée sur TF1.Régulièrement présent dans les concerts des « Enfoirés » au profit des Restos du Cœur, de « Sidaction », de « Sol en Si », il soutient « Douce France » et Marc Lavoine dans son action en faveur des jeunes chômeurs discriminés, et répond présent en 2010 au spectacle « 300 jours déjà… » donné par solidarité envers Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, journalistes devenus otages en Afghanistan.Il est père de deux filles, Nina et Romy, respectivement nées en 2003 et 2006.Train-train de banlieue Né le 30 juillet 1971 à Échirolles, banlieue de Grenoble, Calogero Maurici – naturalisé français à l’âge de 23 ans – est un fils d’immigrés originaires de Sicile. Peintre en bâtiments, son père Giacomo fait apprécier son organe de chanteur de ritournelles italiennes en trustant coupes et médailles dans les concours organisés par la diaspora transalpine de la capitale iséroise. À ses enfants – 3 garçons et une fille – il inocule de fort bonne heure son virus de mélomane, leur offrant guitares, orgue Farfisa, et cours de musique. Avec leurs copains, le petit Calogero et son frère s’en donnent à cœur joie dans le F4 où réside la famille. Les voisins n’apprécient que très modérément les décibels de ces jeunes pousses et le font régulièrement savoir. Pourtant, les parents ont pris soin de tapisser les murs de la chambre où sévit leur chère progéniture avec des boîtes d’œufs peints en noir et blanc, en guise d’isolation sonore. Intention louable, mais peu concluante.Peu à peu, « Les Charts » prennent tournure…Du coup, l’école n’est pas le souci principal de la future vedette : « Au lycée, à part les cours d’Histoire, rien ne m’intéressait. J’étais infernal, très mauvais élève, je faisais les pires conneries, je me suis fait virer de partout ! En 4°, j’ai tout arrêté ! » Apprenti plombier, karateka assidu aux cheveux teints et en partie rasés, il découvre les vicissitudes d’une jeunesse banlieusarde : « J’ai grandi avec des potes algériens, marocains, j’ai vécu leurs humiliations, les interdictions d’entrer dans les bars, les boîtes… Le délit de sale gueule, je connais ! » D’où quelques montées d’adrénaline : « J’ai eu la haine, la haine du riche, celle de ne pas avoir accès aux godasses et aux fringues de marque, de devoir me contenter comme un grand luxe d’aller bouffer un steak-frites à la cafétéria de Casino ! J’ai chapardé. J’aurais pu mal tourner, devenir un petit voyou. Mais j’avais la rage, la volonté de m’en sortir ! La musique m’a donné un projet, elle m’a sauvé ! »Cette motivation viscérale lui est fort précieuse quand, après la disparition des « Charts », il se retrouve à Paris tel un Rastignac dauphinois pour chercher fortune : « Je logeais dans une chambre de bonne du XVIII° arrondissement. Comme je n’avais pas un rond, il a fallu que je retourne bosser : facteur, serveur de restaurants, pizzaïolo, vendeur dans un Monoprix, et même baby-sitter ! » Les voies du vedettariat sont parfois impénétrables.Miroir à deux faces L’air un peu perdu et le charisme aléatoire, Calogero est longtemps resté « le poulain de Pascal Obispo », comme l’ont insinué quelques langues fourchues, impitoyables et méprisantes. L’intéressé n’est pas un ingrat, mais tient à remettre les pendules à l’heure : « Il m’a beaucoup aidé, mais j’avais déjà dix ans de carrière. Moi, faire partie de son écurie ? Je ne suis pas un poney ! C’est à mon frère et à ma famille que je dois tout ! »La critique lui accorde d’être un mélodiste talentueux, mais comme elle a toujours besoin de repères et de classifications cartésiennes, elle est parfois déboussolée devant les audaces de l’artiste, qui reconnaît ses penchants à emprunter les chemins de traverse : « Entre le rock et la variété, je sens bien que j’ai le cul entre deux chaises ! Mais j’aime le risque et je ne veux pas interpréter éternellement les mêmes chansons. Ma force est de n’appartenir à aucune mouvance et de ne pas avoir d’étiquette ! »On sent chez lui une sincérité non feinte, et le désir d’être compris à travers ce qui lui tient particulièrement à cœur, le spectacle : « Dans la vie, je suis discret, je ne parle pas fort, je ne fais pas de scandale, je n’aime pas me mettre en avant. En revanche, dès que je monte sur scène, j’ai l’impression de devenir dingue, j’explose ! Je n’ai peur de rien, je n’ai aucune limite, je donne tout ! Je suis le copain du public, son fils, son amant, son confident ! C’est un truc animal, jouissif, comme une drogue. J’en ai vraiment besoin, et je m’exhibe sans aucun complexe. C’est sans doute mon côté schizophrène ! »Fort heureusement, après ses grandes envolées sous les projecteurs, ce grand admirateur de Sœur Emmanuelle parvient à négocier ses atterrissages sans subir trop de casse : « Je suis passé par des moments très durs, des échecs cuisants, c’est ce qui me permet de garder les pieds sur terre !» Dick Annegarn qui l’a un temps pratiqué reconnaît ses vertus de fédérateur : « C’est une bête sociale ! »Sororité masculine De ses origines transalpines, Calogero à hérité un goût immodéré pour le bon café. Comme c’est un lève-tôt, il le déguste de bonne heure au petit-déjeuner, et fidèlement sur le comptoir de quelques bistrots de la Capitale qu’il a savamment sélectionné. C’est un as de la cuisine, ce qui n’est pas pour déplaire à ses amis : « Je les régale de rôtis, de viandes grillées, de « pastas-partys » géantes qui durent toute la journée ! Et le tout en musique, bien sûr ! » Il se revendique tel « un mec de convictions », mais pas un artiste engagé : « Je trouve ça chiant ! Un chanteur, c’est un vendeur de rêves ! » Fan d’Ennio Morricone, Michel Legrand et Little Richard, il craque pour « Les Brigades du Tigre », « Le Parrain », l’héroïne de « Chapeau melon et bottes de cuir », l’humoriste Julie Ferrier, et siffle sous la douche « Aux Champs-Élysées » de Jo Dassin.« Grand angoissé qui soigne ses névroses par la sophrologie », l’ancien tombeur de belles grenobloises est un surtout un ami de la gent féminine, même après une douloureuse rupture avec la mère de ses enfants : « J’aime passer du temps avec ma mère ma sœur, mes deux meilleures amies qui sont des femmes, et les nanas en général. Je trouve magnifique d’établir et de cultiver avec elles un vrai climat de confiance ! »Belles cerises sur le gâteau, ses deux filles Nina et Romy, en lui apprenant le métier de père, enjolivent son existence de séducteur au cœur tourmenté et d’artiste en route : « Elles me donnent des ailes ! Et aussi l’envie de continuer ! Je n’ai pas envie que ça s’arrête ! Dans vingt ans, j’espère que je serai toujours là ! »