Les portraits de Jean-Paul Billo 2012-2013

Clémentine Célarié
Clémentine Célarié © Radio France

Clementine Célarié

Clémentine Célarié, une vraie saltimbanque

« La passion, c’est mon truc ! Je n’aime que l’excès, je déteste les demi-mesures ! » Pétillante, explosive, volontaire, voire rentre-dedans, les yeux de braise, le visage souvent éclairé d’un sourire presque angélique encadré d’une ondoyante chevelure, la plastique pulpeuse et déliée, Clémentine Célarié dégage un charme brut, sympathique, et une sensibilité plus discrète qui laisse parfois entrevoir quelques fêlures cachées. Actrice, chanteuse, écrivaine, elle se considère « athlète dans la tête et acrobate des émotions ».

 

Armée de son baccalauréat, Clémentine Célarié suit des cours de théâtre et de chant. Recalée au Conservatoire National d’Art Dramatique, elle chante dans les rues avec un groupe de jazz, et se fait les dents au café-théâtre avec la troupe du « Splendid ». En 1981, c’est au sein des chaînes de Radio France qu’elle commence à se faire un nom. D’abord animatrice sur Radio 7, genre d’ancêtre du Mouv, elle passe ensuite sur France Inter, collaborant avec Daniel Mermet, François Jouffa, puis Julien Delli Fiori. En 1983, elle débute au cinéma dans « Garçon » de Claude Sautet, puis on la voit dans « Paroles et musique » d’Élie Chouraqui et « La vengeance du serpent à plumes » de Gérard Oury. En 1985, elle marque de sa présence « 37°2 le matin » de Jean-Jacques Beneix, ce qui lui vaut une nomination au César de la Meilleur actrice dans un second rôle. Dans des styles divers, elle enchaîne ensuite une quarantaine de films parmi lesquels « La femme secrète » de Sébastien Grall, « La Gitane » de Philippe de Broca, « La vie dissolue de Gérard Floque » de Georges Lautner (1986), « Nocturne Indien » d’Alain Corneau (1989), « Les Nuits fauves » de Cyril Collard (1992), « La Vengeance d’une blonde » de Jeannot Szwarc (1994), « Les Misérables » de Claude Lelouch (1995), « Reines d’un jour » de Marion Vernoux (2001), « Le Siffleur » de Philippe Lefebvre (2010), « La Ligne droite » de Régis Wargnier, ou « Les Adoptés » de Mélanie Laurent (2011). Sa carrière d’actrice se décline également à la télévision, notamment dans « Sueurs froides » d’Étienne Brach, « Turbulences » d’Élisabeth Rappeneau, « La femme d’un seul homme » de Robin Renucci, « Marthe Richard » de Thierry Benisti, ou « Les Bleus, premiers pas dans la police », une série où elle campe le personnage de la commissaire Nicole Mercier.

Parallèlement, à partir des années 90, elle s’illustre sur les planches. Après avoir joué « Drôle de couple » de Neil Simon au Théâtre des Bouffes du Nord et « Dérapages » d’après Arthur Miller au Théâtre de Paris mis en scène par Jérôme Savary, elle triomphe en 2001 au Théâtre Antoine dans « Madame Sans Gêne » de Victorien Sardou mis en scène par Alain Sachs – 7 nominations aux Molières et Meilleure comédienne de l’année – puis dans « Madame Sans Chaînes », un « one-woman-show » humoristique qu’elle écrit et donne en 2005 au Café de la Gare. Sur les scènes parisiennes, on peut la voir aussi dans « La Tectonique des sentiments » d’Éric-Emmanuel Schmitt, « La Serva amorosa » de Goldoni, ou « Calamity Jane » de Jean-Noël Fenwick. Elle est l’auteure de trois ouvrages : « Marcella » (1994), « Mes Ailes » (2007), « Les Amoureuses » (2012).En 1996 sort son premier album de chansons intitulé : « Pas l’âme d’une dame ». En 2007, elle propose « Family Groove », un opus réalisé en compagnie de ses trois fils : Abraham, né en 1986 de sa liaison avec le musicien africain N’d Diallo, Gustave et Baltahazar, fruits en 1991 et 1993, de son union avec le réalisateur belge Christophe Reichert. Ce disque donne lieu à un spectacle donné au Festival d’Avignon en 2011.Elle est désormais la compagne Stéphane Benac, batteur du groupe « Les Poubelles Boys ».Joueuse de washboard Dans les branches de l’arbre généalogique de Clémentine Célarié, on croise l’avionneur Charles Bréguet, l’académicien romancier librettiste d’opéras et d’opérettes Ludovic Halévy, les anciens ministres Pierre et Louis Joxe, et le chevalier Bertrand du Guesclin. Elle vient au monde le 12 octobre 1957 à Dakar, où est en poste son père André, écrivain et journaliste d’origine bretonne. Au gré des affectations paternelles, l’enfant – prénommée Meryem – réside au Sénégal, Cameroun, Congo, Gabon : « J’étais une gamine au physique plutôt ingrat, jalouse de la naissance de ses frères, qui jouait avec son petit singe à la peau bleue »  se souvient-elle, ainsi que de Georges, un ami de la famille : « un magicien qui faisait des tours géniaux, racontait des longues histoires, et qui m’a fait découvrir le monde des rêves ! » À l’âge de 13 ans, suite à une très vive altercation avec un élève qui tente de la draguer, elle est virée du collège de Libreville, et se retrouve pensionnaire aux Ursulines de Saint-Germain-en-Laye. La nuit, sous les draps, à l’aide d’une lampe torche, elle lit « Les Misérables » en attendant la révélation de Jésus : « Je l’attends encore ! » Rentré à Lille pour cause de nomination à l’École Supérieure de Journalisme, le papa y rapatrie la famille. Ce qui, pour le coup, offre à Meryem une vraie révélation : « C’est à Monsieur Gros, mon prof de français en terminale, que je dois ma passion pour le théâtre. Il nous à fait étudier Obaldia, Antonin Artaud… J’ai même joué Mara dans « L’Annonce faite à Marie » pour la fête du Lycée. J’étais conquise ! En plus, grâce à son enseignement, j’ai eu 17/20 au bac ! » Récompensée par un joyeux voyage dans l’Amérique des années 70, elle s’éclate ensuite avec sa voix et son washboard – une planche à laver convertie en percussion – au sein d’une fine équipe de musiciens de jazz qui fait la manche dans le métro et les rues de Paris. Jusqu’à ce que la radio, où elle devient « Clémentine », lui tende la perche : « Quand j’interviewais les artistes, je bavais d’envie. J’étais déjà dévorée par la passion de ce métier ! » Codes et conventions Cinéma, Théâtre, Télévision, Music-hall, Littérature… L’étendue de ses talents fait de Clémentine Célarié une artiste polyvalente, mais pas toujours cohérente : « À vrai dire, je n’ai pas de plan. Je gère ma carrière n’importe comment, je suis totalement bordélique ! Si j’étais organisée et ambitieuse, j’aurais d’abord épousé un homme riche. Je ferais des déjeuners en ville, je décrocherais mon téléphone. Or, je suis incapable de faire ça ! »  Comme c’est une « bonne cliente » et « un bon petit soldat » , elle ne rechigne pas à venir défendre pièces et films sur les plateaux de télé où sa simplicité, sa verve chaleureuse et sa drôlerie font merveille : « Il y a plein d’acteurs qui jouent au grand mystère. C’est très facile de jouer ça. Moi, le mystère, ça m’emmerde ! » Forte dans sa tête, dans ses envies, dans son cœur, c’est une véritable boulimique du travail et de la vie, « une nature » , qui sait bien que l’image parfois fantasque qu’elle donne n’est pas toujours très bien comprise, et l’ont quelque peu marginalisée dans un milieu où ne manquent ni les conventions, ni les codes : « Longtemps j’ai eu le sentiment de ne pas être acceptée, d’être boudée par le monde du cinéma. Mes écarts de langage, mon exubérance, mon manque de retenue faisaient peur. Trop extravertie ! On me prenait pour une givrée incontrôlable ! C’est faux, et ça m’a souvent foutu un cafard atroce ! Tout ce que je demande, c’est travailler, et de préférence être dirigée par de grands metteurs en scène ! J’aime ce métier, mais tout ce qui gravite autour, c’est infernal ! Le pouvoir est une gangrène, et je ne supporte pas les gens avides ! » Elle attend toujours sans désespérer que le grand écran lui offre le rôle de sa vie, et rêve de jouer « Phèdre », « Andromaque » au théâtre, au sein duquel elle a trouvé « une belle et vraie famille » . Son seul regret : n’avoir pu être artiste de cirque.La tribu mélomane Capable d’embrasser sur la bouche un jeune homme atteint du sida à l’époque où l’on pensait encore que c’était contagieux puis de militer dans la lutte contre la maladie, rescapée de coups durs comme le suicide d’un ancien compagnon, soutien affiché de François Hollande aux dernières élections présidentielles pour son premier engagement politique, Clémentine continue de cultiver l’énergie positive : « Plus je vieillis, plus je suis idéaliste ! J’ai foi en l’humain. On nous assassine avec les valeurs de l’argent. Moi, je suis pour la solidarité et la bonté ! »

Fêtarde revendiquée mais assagie par l’inévitable passage du temps, elle n’est pas lasse des plaisirs de la vie : " Je suis une grande amoureuse devant l’Éternel. J’ai été fidèle, infidèle… On peut se tromper ! J’aime les hommes, mais je ne suis pas une dragueuse ! Et surtout, j’ai horreur des conversations de gonzesses !"

  « Le Docteur Jivago » et « Harold et Maude » sont ses films cultes, Boris Cyrulnik son auteur de chevet, Debussy son compositeur favori, Camaron de la Isla son maître ès Flamenco.C’est une cuisinière hors pair, qui « met de l’ail partout » , et régale de ses plats épicés toute sa tribu : ses trois fistons, son papa, et les autres amis avec qui – dans leur grande maison provençale – elle vit des moments de musique inespérés et inégalables, annonciateurs de futurs spectacles : « C’est pile au moment où je chante que je sens vraiment que je suis vivante ! »