Les portraits de Jean-Paul Billo 2012-2013

Les portraits de Jean-Paul Billo 2012-2013
Les portraits de Jean-Paul Billo 2012-2013

Francis Lalanne

« Je suis à prendre ou à laisser ! »

 « Si je déchaîne les passions, c’est que je suis quelqu’un d’entier ! Je ne triche pas, donc je n’ai aucun regret ! » Longs cheveux bruns souvent tirés en queue-de-cheval, cuissardes en cuir de mousquetaire, grandes capes et catogan de preux chevalier signalent d’évidence le chanteur poète et acteur Francis Lalanne, autant que ses déclarations fracassantes, généreuses, et parfois nébuleuses.Dans les années 70, tout en prenant des cours d’Art Dramatique au Conservatoire de Marseille, Francis Lalanne, en compagnie de ses frères René et Jean-Félix, chante dans les universités, les lycées, et les MJC de la capitale phocéenne et de ses environs. Puis il monte à Paris, s’inscrit à la Sorbonne et se produit dans les asiles et les prisons. En 1979, son premier disque « Rentre chez toi » séduit l’animateur Jean-Louis Foulquier qui le programme abondamment sur France Inter, et lui ouvre les portes de la notoriété. Ainsi décolle sa carrière d’auteur-compositeur-interprète, jalonnée par une vingtaine d’albums parmi lesquels « Toi mon vieux copain » (1981), « Coup de foudre » (1985), « « Tendresses » (1992), « D’une vie à l’autre » (2003), « Reptile » (2005), « Ouvrir son cœur » (2009). En même temps, il donne des concerts à Bobino, au Théâtre de la Ville, à l’Hippodrome de Pantin (1982), au Palais des Congrès (1984), au Palais des Sports de Paris (1986), marquant également de sa présence des manifestations d’envergure comme le Printemps de Bourges ou les Francofolies de La Rochelle. Il effectue des tournées dans toute la France, ainsi qu’en Europe, au Canada, en Algérie, et en Amérique Latine. Il se distingue également sur les planches, notamment dans « Dom Juan » de Molière mis en scène par Jean-Luc Moreau aux Théâtres des Célestins et des Bouffes du Nord (1987), « L’Affrontement » de Bill C. Davis au Théâtre Fontaine où il donne la réplique à Jean Piat en 1996, « Coriolan » de Shakespeare en 1998, et en 2008 dans « Lorenzaccio » d’Alfred de Musset mis en scène par Stéphane Gildas au Trianon. Au cinéma, on le voit dans « Marie de Nazareth », « Astérix aux Jeux Olympiques », « Disco », ou « La Marche de l’Enfant Roi ». Il apparaît à la télévision dans « 60 jours/60 nuits » sur Canal Plus, ainsi que dans « Nice People » en 2003. En 2011 il participe à « Danse avec les stars » sur TF1, et à la tournée « Âge Tendre et Tête de Bois » version 2012.

Romancier et poète, il publie, à partir de 1986, une douzaine d’ouvrages parmi lesquels : « Ajedhora », « Les carnets de Lucifer » (1994), « D’amour et de mots » (1997), « Le petit livre de l’enfant » (2000), « Skizogrammes, Pantoums » (2006), « Mère Patrie, Planète Mère » (2008 – Prix du Traité de Philosophie ), « Mise en demeure à Monsieur le Président de la République Française » (2009), et « Révoltons-nous » (2011).Il fait l’objet d’une biographie : « Francis Lalanne », signée Dominique Lacout en 1993. En 2007, sous la bannière du Mouvement Écologiste Indépendant d’Antoine Waechter, il se présente aux élections législatives (3, 51 % des voix dans le Bas-Rhin), et aux Européennes en 2009.Défenseur du Darfour, adversaire de la loi Hadopi, passionné de football, supporter actif des « Bleus », il préside depuis 2004 l’AS Fresnoy-le-Grand, un club de l’Aisne qui évolue en amateurs. En 1997, il reprend les rênes de l’entreprise périgourdine « Starlux », spécialisée dans les figurines miniatures et les petits soldats de plomb. C’est un fiasco : imbroglio judiciaire, dépôt de bilan, et fermeture définitive en 2005.Il est resté pendant 15 ans le compagnon de Stella Sulak qui lui a donné 3 filles, Éa, Hélia, Séléna, et un fils Néokahn, né en 2007.« Bibi Folk » Né le 8 août 1958 à Bayonne, Francis Lalanne est issu de grands-parents libanais, basques, béarnais, d’une mère uruguayenne, et d’un père diplomate aux Nations Unies en poste au Moyen-Orient. Il passe ses premières années à Mont-de-Marsan, puis il vit en Uruguay jusqu’à 12 ans, et enfin à Marseille. « Quand j’étais petit, quasiment autiste, je parlais surtout aux objets ! » se souvient l’artiste qui garde envers ses parents une grande reconnaissance : « En me mettant au monde, ils m’ont aussi accordé la liberté ! » C’est en mai 68 qu’il écrit son premier poème : « J’étais déjà confronté à mon autre moi, ma face sombre, mon démon intérieur… » Il s’en évade grâce à « Bibi Folk », le trio musical qu’il fonde avec ses deux frères – Jean-Félix – futur excellent guitariste – et René – futur Manzor, réalisateur de cinéma – et qui écume joyeusement la région marseillaise. La prêtrise l’attire un moment, mais c’est en étudiant sorbonnard qu’il se retrouve à Paris à l’âge de 18 ans. Une période pourtant pas franchement folichonne : « Je faisais la manche dans le métro. On me jetait des pièces comme à un singe dans un zoo. Ce furent des années infernales de solitude, d’expériences négatives et nulles. J’éliminais tout ce qu’il y avait de créatif en moi ! » Grâce au ciel, survient l’Archange salvateur sous les traits de Jean-Louis Foulquier, qui par le biais des ondes magiques de la radio l’enlève du purgatoire et le propulse vers la gloire.Rimes et frasques Que ce soit en matière de poésie, de littérature, de chanson ou d’expression théâtrale, chacun – selon ses goûts – est libre d’apprécier les talents de Francis Lalanne, qui, tel un vin noble, semble se bonifier avec le temps. Cependant, autant que sa verve créatrice, ses extravagances réitérées contribuent à sa notoriété. En concert, il est capable de chanter des heures durant, au point de finir par vider les salles et de se retrouver seul sur scène à 5 heures du matin, c’est-à-dire, selon l’un de ses proches « d’achever même le public ! » Sur les plateaux de télévision, ses élans et ses coups de gueule sont légendaires. Ses coups de sang ont défrayé la chronique des faits-divers et lui ont valu l’honneur des prétoires. C’est dans ce style original qu’il défend la veuve, l’orphelin, les pauvres, ses œuvres, ses idées, et aussi sa propre personne. « Attachant, généreux, intelligent » pour les uns, «grandiloquent, ampoulé, ivre de lui-même, immense et ridicule » selon les autres. Dans Marianne, le journaliste Yann Moix résume avec un souci d’équilibre non dénué de lyrisme les contradictions et les paradoxes de cet « allumé » qu’il connaît bien : « Mégalomane et humble ! Narcissique et complexé ! Insupportable et adorable ! Égoïste et prodigue ! Égomaniaque et altruiste ! » On veut bien le croire. Le tout est d’avoir le mode d’emploi. Le « poète fantasque et maudit » n’est pas dupe quand il explique pourquoi il a consenti à se laisser filmer durant des semaines par la télévision pour "60 jours / 60 nuits" : « J’en avais marre qu’on me prenne pour le con de service, d’être l’éternelle tête de Turc. Je voulais me montrer tel que je suis ! » Peut lui chaut qu’on le traite de « Bonaparte » , d’« Assurancetourix » , ou de « Don Quichotte au petit pied » , car il est en quelque sorte immunisé : « Je ne lis pas la presse, je ne regarde pas la télé. Le regard des autres m’est indifférent. Je trace ma route en essayant d’être fidèle à ma pensée ! » Au royaume des idées Se considérant « citoyen du monde » , Francis Lalanne s’implique dans la vie politique sans perdre un poil de sa faconde, et sans modestie excessive : « Je ne suis pas un citoyen lambda. Un artiste est là pour distraire, mais il a aussi le devoir d’être un contre-pouvoir dans la société ! » Sans être « foncièrement monarchiste » , il considère l’exécution de Louis XVI comme « un crime crapuleux » . « Profondément déçu » par François Mitterrand, il est « foncièrement pour le progrès social » , mais se veut clairement « hors des logiques partisanes » , et abhorre « la gauche caviar » . Il ne roule pas pour les « Verts », mais pour « L’Alliance écologiste indépendante », même si dans les rangs de ce conglomérat se trouve « La France en Action », un groupuscule très controversé, suspecté de dérives sectaires. Il dit « oui » à l’Europe, mais catégoriquement « non » à « l’argent souverain et à l’oligarchie dominante de Bruxelles » . À l’« Indignez-vous ! » de Stéphane Hessel qu’il trouve trop tiède, il répond « Révoltons-nous ! » Pourquoi toute cette dépense d’énergie ? : « Ce n’est ni pour le fric, ni pour la gloire ! Je suis un patriote français, et j’aime mon pays ! » L’enfer des chiffres Piètre gestionnaire, Francis Lalanne est rescapé de quelques déboires fiscaux, juridiques et financiers qui l’ont parfois conduit à devenir « un chanteur pauvre, quasiment à la rue » , et lui ont coûté plus qu’un froncement de sourcil des tribunaux : « Je suis fâché avec les chiffres qui font obstacle à ma création ! Mais avec tous ces soucis, trop fragile et sensible, la mère de mes enfants m’a quitté ! » Ces enfants que son « amour de père fait pousser comme des fleurs » , et qu’il a aidé à naître lors de l’accouchement : « Les moments les plus forts de ma vie ! »

Espère-t-il des lendemains qui chantent ? Quoiqu’il arrive, l’émule et « fils spirituel » de Léo Ferré est paré : « Un artiste qui sait apprivoiser sa solitude finit toujours par trouver le bonheur ! »