Les portraits de Jean-Paul Billo 2012-2013

Françoise Laborde

Les portraits de Jean-Paul Billo 2012-2013

Françoise Laborde : le punch au féminin

 

« Comme disait ma grand-mère : il faut avoir la force de la volonté ! » aime à blaguer Françoise Laborde, figure toujours populaire du petit écran que n’entame guère la perspective de la soixantaine. Crinière blonde en bataille, regard bleu, franc et volontiers rieur, caractère bien trempé, toujours attentive aux autres mais combative dans l’adversité, elle poursuit avec vaillance son parcours original et pas toujours facile qui l’a mené des studios de télévision au fauteuil d’une « Sage » du CSA, en passant par les délices et les exigences de l’écriture. « Quoi qu’il arrive, I will survive ! » est sa devise, qu’elle applique joyeusement mais fermement chaque fois qu’elle doit négocier les remous parfois corsés de l’existence et les chicaneries souvent insidieuses de l’univers médiatique.

 

Munie d’un DEA de droit de la Faculté de Bordeaux, Françoise Laborde part aux Etats-Unis et décroche le diplôme d’Art de la Washington and Lee University. En 1979, elle s’installe à Bruxelles où elle collabore à la revue « Europolitique », et devient correspondante de Radio France Internationale spécialisées dans l’Agriculture, le Développement et les Relations Est-Ouest.

En 1982, elle intègre Radio Monte-Carlo où elle s’occupe des questions d’économie et de social.

En 1985, elle entame sa carrière de journaliste à la Télévision comme chef du Service « Économie ». D’abord sur TF1, puis en 1993 sur FR3, et sur France 2 en 1995. En 1997, toujours sur la chaîne du Service Public, elle est nommée rédactrice en chef de « Télématin », et présentatrice de l’émission « Les Quatre Vérités ». À partir de 1999, elle présente les Journaux du week-end, et en 2006 elle remplace pendant sa grossesse Élise Lucet aux manettes du 13 heures.

En 2009, elle est nommée au CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) par le président Nicolas Sarkozy.

Femme de plume, elle publie « Les Mammouths et les jeunes lions. À la recherche de la deuxième droite » (1990 – Coécrit avec Jean-Luc Mano), « Des sœurs, des mères et des enfants » (1997 – En compagnie de sa sœur Catherine), « Dix jours en mars à Bruxelles » (2000), « L’Homme du 18 juin 2002 » (Avec Stéphane Burgat), « Pourquoi ma mère me rend folle » (2002), « Ma mère n’est pas un philodendron » (2003), « Pas de panique, Maman est là ! » (2005), « C’est encore mieux à 50 ans » (2007), « Tribulations d’une femme d’aujourd’hui : ça va mieux en le disant ! » (2008), « Ne vous taisez plus ! » (2011 – Avec Denise Bombardier) et « Muette » en 2013.

Ancien membre du Haut Conseil de la Coopération Internationale, elle est Chevalier dans l’Ordre National du Mérite, et Officier du Mérite agricole.

Mère de deux fils Numa et Théodore, nés en 1993 et 1996 de sa liaison avec le grand reporter Manuel Joaquim, elle est depuis 2009 l’épouse de Jean-Claude Paris, ancien dirigeant de Canal Plus et de I> Télé.

Sœur de la célèbre présentatrice de la météo de TF1 Catherine Laborde, elle est propriétaire du château-monastère de Saint-Mont, dans le Gers. Son autre sœur Geneviève s’occupe de la partie « communication » des vins de la région.

Solitaire et rêveuse

Françoise Laborde voit le jour le 1° mai 1953 à Bordeaux. Réfugiée espagnole, sa maman y exerce le métier de couturière tandis que son père, professeur d’anglais, finit sa carrière comme directeur d’Académie. Au pays d’Aquitaine, plutôt agréable à vivre, elle passe une enfance éloignée des grandes difficultés, mais pas exempte de quelques frustrations : « C’est vrai, j’étais une petite fille solitaire et rêveuse. Je me sentais de trop, persuadée que mes parents ne s’intéressaient qu’à mes sœurs. Donc, pour capter leur attention, je n’arrêtais pas de faire le clown ! »

Ce qui ne l’empêche pas d’accomplir une brillante scolarité, bien que travaillée par des envies différentes : « Moi, ce que je voulais, c’était devenir une star ! C’est pour ça que je me suis inscrite au Conservatoire. Je rêvais d’être comédienne. Mais voilà, tous nos rêves d’enfant n’aboutissent pas ! Bon, j’aurais pu tout aussi bien me perdre dans ce monde que je fantasmais. Aujourd’hui, je ne regrette rien ! »

Cette escapade au milieu des planches, des cintres, et du rideau rouge ne lui est cependant pas inutile : « Quand je me suis retrouvée présentatrice du journal, je n’ai pas trop paniqué. Je me suis souvenu de mon expérience du théâtre, j’ai regardé la caméra comme si je regardais les gens dans les yeux, comme si je leur parlais. Et ça a toujours marché ! »

Pas moins utiles pour son métier de journaliste, ses lectures de jeunesse lui restent ancrées dans la mémoire : « J’ai été nourrie au lait de Montaigne et de Montesquieu qui dit : « Vérité d’un côté des Pyrénées, erreur au-delà ! » L’austère école du journalisme économique et du reportage sur le terrain à Bagdad et à Berlin pendant la chute du Mur permettent à la jeune femme de bien caler ses pieds sur terre, elle qui revendique ses origines provinciales : « J’ai de la paille collée à mes sabots ! »

Ce n’est donc pas complètement désarmée qu’elle pousse un beau jour les portes des studios de la télévision et s’engage sur les sentiers de la notoriété.

Bouillon d’énergie

Au sein des équipes qu’elle a fréquentées et souvent dirigées, Françoise Laborde ne laisse personne indifférent. Marie-Pierre Farkas, son adjointe à « Télématin » se souvient : « Être bruyante et faire le clown, c’était sa recette ! Elle a laissé le souvenir fulgurant d’un bouillon d’énergie qui ne s’arrête jamais de bosser ! » Pour son confrère Patrick Romedenne : « Travailler avec elle est une fête ! Sa constante bonne humeur, c’est sa façon la plus efficace d’obtenir le meilleur de chacun ! » Hommages pondérés par d’autres qui la voient un peu « intempestive » . L’ensemble de ses collègues lui reconnaissant cependant « une vraie présence à l’écran, une belle assurance, et un sens indéniable de l’à-propos ».

À ces piques ou éloges, l’intéressée répond avec faconde et modestie : « Qu’on se rassure, je n’ai jamais imaginé de révolutionner la pensée occidentale, ni le journalisme ! La télé est un petit milieu, où l’on joue la comédie du pouvoir. On est dans l’image, la représentation permanente, on peint les sentiments en rose, on ment pour ne pas se fâcher ! Moi, j’ai mauvais caractère, je suis colérique, éruptive, mais pas rancunière. Et puis, j’ai décidé d’adopter une posture une fois pour toutes : je me suis dit que je n’avais que des amis ! »

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Coup pour coup

Cette intention louable et splendide ne l’empêche pas de se trouver au cœur de quelques polémiques. En 2009, nommée au CSA sans démissionner de France 2, elle s’attire les foudres de ceux qui crient au mélange des genres. Mais il en faudrait plus pour qu’elle baisse les bras : « C’est une tempête dans un verre d’eau ! J’ai déjà largement fait la preuve de mon indépendance, je ne partirai pas ! »   Peu après, elle tombe d’un prunier et se casse l’épaule. « Incapable de bouger » , elle se met en congé maladie, mais multiplie les apparitions dans des manifestations de promotion pour son dernier livre. Ses collègues du Conseil persiflent : « Son carnet mondain est mieux rempli que son carnet de santé ! » Droite dans ses bottes, elle réplique : « Je ne prends pas mon travail à la légère ! Qu’on mette ainsi ma sincérité en doute me choque et me scandalise ! » Quelques franches explications plus tard avec son Président « énervé » finissent arranger l’affaire.

Quant à son peu charitable confrère Jean-Michel Apathie la suspecte publiquement d’utiliser un « nègre » pour confectionner ses ouvrages, elle le traîne en justice et le renvoie dans les cordes sans ménagement : « C’est médiocre, nul et en dessous de tout ! Tous mes livres, c’est moi qui les ai écrits ! Avoir l’accent ne suffit pas pour avoir du panache. Personne n’ose lui dire, mais c’est un mauvais journaliste qui ferait mieux de balayer devant sa porte ! »

C’est sûr, la dame a de la niaque et ne se laisse pas démonter. Fan de rugby, elle sait encaisser, mais aussi rendre les coups.

Vins d’homme

Loin des micros et des paillettes, la pire épreuve qu’ait eu à subir Françoise Laborde, c’est sûrement la maladie d’Alzheimer de sa maman qu’elle a vu lentement décliner. « Elle trottinait dans la maison, mangeait les croquettes du chat, et pour finir ne nous reconnaissait plus, ni moi, ni mes enfants. Elle n’était plus avec nous, absente depuis longtemps » , se remémore la journaliste que la psychanalyse et l’écriture ont aidé à surmonter cette « irruption de la démence » , ce « long enfer auquel personne n’est préparé ».

Elle peut heureusement savourer des aspects plus agréables de la vie, surtout quand elle séjourne dans son « coin de paradis » , une cabane d’ostréiculteur restaurée sur le Bassin d’Arcachon. Ou dans le Gers, dans son château-monastère transformé en maisons d’hôtes, au milieu de ses vignes. Là, elle laisse libre cours à sa passion pour la cuisine, et à son goût pour les bon vins : « Je les aime charpentés, avec du corps, un peu lourds, des vins d’homme ! C’est mon côté Sud-Ouest-Bordelais ! »

 Elle qui se trouve « moche, les yeux cernés et un peu trop grosse » a convolé - toute surprise - avec Jean-Claude en 2009 : « Vraiment à mon âge, l’amour, je ne croyais plus que ça puisse arriver ! »