Les portraits de Jean-Paul Billo 2012-2013

Gérard Klein

Les portraits de Jean-Paul Billo 2012-2013

Gérard Klein et l'aventure de la pédagogie

 

 

Gérard Klein
 

 « J’essaie de faire les choses correctement, et j’ai pour principe de regarder toujours devant moi ! » Telle est la devise de Gérard Klein, fringant septuagénaire sur qui les années ne semblent guère avoir prise, tant son parcours atypique est riche d’expériences professionnelles diverses et variées : Animateur de radio, acteur sur grand et petit écran, producteur, écrivain, éleveur de bovins, hôtelier, restaurateur, globe-trotter, reporter, et désormais présentateur sur la nouvelle chaîne « Campagnes TV ». « Ça ne se voit pas, mais je suis un inquiet de nature, et cette inquiétude, c’est mon moteur ! » confie l’ex « Instit », depuis belle lurette acquis aux vertus de l’écologie et de l’économie solidaire.Durant les années 60, Gérard Klein se fait connaître comme animateur de radio. D’abord sur France Inter (1965-1968), puis RTL (1968-1972), Europe 1 (1972-1976), RMC (1976-1977), avant de retrouver France Inter de 1980 à 1982.Au cinéma, après une apparition dans « Flash Love » de Jean Marie Pontiac en 1972, il entame vraiment sa carrière en 1981 avec « La Passante du Sans-Souci » de Jacques Rouffio où il donne la réplique à Romy Schneider. On le voit ensuite dans « Le Bâtard » de Bertrand Van Effenterre (1983), « Les Cavaliers de l’orage » de Gérard Vergez (1984), « Blanche et Marie » de Jacques Renard (1984), « Train d’enfer » de Roger Hanin, « Parking » de Jacques Demy, « Diesel » de Robert Kramer (1985), « Sans peur et sans reproche » de Gérard Jugnot, « Frantic » de Roman Polanski (1988), « Pourquoi maman est dans mon lit ? » de Patrick Malakian(1993), et « 600 kilos d’or pur » en 2010.Parallèlement, dès 1986, il tourne également pour la télévision, figurant au générique de « L’Inconnue de Vienne », « le Vent des moissons », « Orages d’été », « Marie Pervenche », « Le Flic de Moscou », « La Rose noire », « Une femme sur mesure », « Drôle de père » ou « Impérium ».À partir de 1993 et jusqu’en 2005, il joue « L’Instit » sur France 2, dans la série éponyme dont le large succès lui permet de devenir un acteur populaire et de rafler trois 7 d’Or du Meilleur comédien (1994-97-2001).Sur la Cinquième, il propose également « Va Savoir » qui lui rapporte le 7 d’Or de la Meilleure émission pour la jeunesse en 1997, puis « Gérard Klein autour du monde » où il réalise des reportages sur les thèmes de l’Humanitaire et de l’Environnement. En 1982, il publie un roman, « La Ligne bleue des mômes », en 2001 une autobiographie, « Toujours un rêve d’avance », en 2006 un récit-reportage « J’ai rencontré des gens formidables », et en 2009 un ouvrage relatif au temps qui passe, « Ça va, vieux ? ».Chanteur à ses heures, il a enregistré plusieurs 45 Tours dont « Emmanuelle », « Paris-Province », « Le Robot masseur », ou « Faut toujours du pognon ».Depuis 2007, il anime « gerardklein.org », un site Internet dédié aux associations et initiatives solidaires de la Planète.Chevalier de Légion d’Honneur et du Mérite Agricole, il est également titulaire des Palmes Académiques.Après voir été marié avec Chantal Sadorge dont il a une fille, Véronique, née en 1963, il a épousé la peintre Françoise Vallon qui lui a donné Mélie et Ninon, respectivement apparues en 1980 et 1983. Marie-Pierre, la fille de Françoise née en 1977 d’un premier mariage fait aussi partie de la famille. Il est cinq fois grand-père.Plusieurs années éleveur de vaches de race Salers en Auvergne, où il est propriétaire – à Blesle près de Brioude – de l’auberge « La Bougnate », il vit à nouveau dans sa grande maison proche de Houdan, dans les Yvelines.L’école Mignonnette Né le 29 octobre 1942 à Romilly-sur-Seine dans le département de l’Aube, Gérard Klein tient à souligner : « Je suis de souche alsacienne et j’aime mon pays d’origine ! Les fermes y sont belles et soignées, et les gens sont de bons vivants que l’on n’entend jamais se plaindre ! » Dans ce coin de Champagne où la famille à élu domicile, son père vend des postes de radio, puis de télévision, ce qui permet à la maisonnée de vivre honnêtement, mais plutôt dans la simplicité que dans l’opulence.« L’Instit » se souvient de sa première rentrée : « C’était en 1948, à la maternelle qui s’appelait : « École Mignonnette ». Je n’en menais pas large, je ne trouvais pas ça très drôle ! » Ce qui ne l’empêche pas de devenir un bon élève de primaire et d’apprécier l’ambiance des classes enfantines : « J’aimais l’odeur de mon cartable, des livres, du papier. Ça sentait bon ! À cette époque, on éprouvait du respect pour les instituteurs. Pour nous, ils représentaient le savoir… » Tout se gâte en seconde, quand il se retrouve pensionnaire au lycée d’Épernay : « Là, ça ne me branchait plus du tout. J’ai commencé à m’emmerder sérieusement, je ne faisais que des conneries ! Du coup, j’ai redoublé, j’ai quand même fini par avoir mon Bac en sciences expérimentales, et je suis venu à Paris ! » Il rêve d’entreprendre des études en médecine, mais sa bourse lui est refusée : « Ça, je suis peut-être rancunier, mais je ne l’ai jamais digéré ! » À son retour de l’armée, sans doute pour se faire pardonner, le destin met sur sa route Roland Dhordain, un poids lourd de France Inter qui l’embauche d’abord comme téléphoniste à « Inter Service Route », avant de lui confier le micro, et un tremplin vers la notoriété. Quelques années plus tard le cinéma lui fait de l’œil, ce qui n’est pas simple pour la vedette radiophonique : « En 1969, quand Claude Sautet m’a proposé de jouer dans « Max et les ferrailleurs », mes patrons m’ont sommé de choisir : « C’est la radio ou le cinéma ! » J’ai calé et je n’ai pas fait le film. Mais dix ans plus tard, quand Jacques Rouffio m’a parlé d’un rôle « La Passante du Sans-souci » et qu’encore une fois on m’a refusé d’y aller, j’ai claqué la porte ! » Congé sans solde Gérard Klein garde de beaux souvenirs de sa carrière d’acteur de cinéma, comme les moments de franche camaraderie avec Romy Schneider, Miou-Miou, Sandrine Bonnaire ou Gérard Jugnot. Quelques regrets aussi comme celui d’avoir raté le rôle principal de « L’Été meurtrier » au profit d’Alain Souchon, que les producteurs estimaient plus « bankable ».Finalement, son bâton de Maréchal, c’est à la télé qu’il le doit : « Quand j’ai refermé le premier scénario de « L’Instit », j’ai dit à ma femme que si je ne devais plus tourner qu’un seul personnage dans ma vie, ce serait celui-là ! » Le grand et long succès de cette série où sont abordés des thèmes aussi prégnants que l’homosexualité, l’inceste, le divorce, la maltraitance ou le suicide attestent d’un choix judicieux, d’une bonne adéquation entre le comédien et son « double ». Pour le réalisateur Pierre Grimblat : « Gérard joue de façon magistrale un héros qui a un pied dans le réel, et l’autre dans la grandeur d’âme. Il inspire de la sympathie ! » La fidélité des téléspectateurs est une récompense pour celui qui a passé plus de douze ans par monts et vaux, sur les routes et dans les hôtels au gré des tournages. Du coup, c’est avec soulagement qu’il a raccroché sa blouse : « Dans une série, on finit toujours par faire le même film. Au bout d’un moment, on devient malhonnête, routinier, on ne fait plus ça que pour l’argent, le plaisir disparaît. Celui que j’incarnais m’a fait vivre, mais il a fini par m’encombrer ! Moi, pour prolonger l’aventure, je voulais monter une fondation pour aider les jeunes en galère, mais la chaîne n’a pas suivi ! » Exit donc « L’Instit », mais pas bredouille, puisque cette saga lui vaut une reconnaissance que le grand écran ne lui a jamais accordée : « Pendant douze ans, on ne m’a rien proposé d’autre. Au cinéma, quand on a fait de la télé, c’est comme si on avait marché dans la boue ! » Potager plein d’herbes 100% nature au propre comme au figuré, Gérard Klein n’a jamais suivi de formation ni pour la radio, ni pour la comédie. « Il a du bon sens et des convictions ! » estime le metteur en scène François Luciani. Son enthousiasme n’a pas toujours été bien perçu, mais il s’est fait une raison : « En Auvergne, avec mes 70 vaches Salers que je nourrissais exclusivement de mon foin, les agriculteurs du coin m’ont pris pour un rigolo, et on m’a mis pas mal de bâtons dans les roues. À la longue, j’ai senti que l’étranger que j’étais n’était pas désiré, alors j’ai vendu le troupeau. Il faut savoir changer de vie ! » Aujourd’hui, il a davantage de temps pour s’occuper des « choses indispensables ». Loin des mondanités parisiennes, il aime retrouver ses filles, ses petits-enfants, « une famille qui aime rigoler » , et son épouse Françoise : « Elle a changé ma vie ! Dans notre couple, c’est elle qui a le cerveau ! » . Il peut, « enfin pépère » , jouer le gentleman-farmer dans sa propriété d’Houdan parmi les cerisiers, groseilliers, pruniers, poiriers, et s’occuper de son « petit potager en bordel, plein d’herbes » , où ne pénètre pas une goutte de traitement chimique, tout en précisant : « Je ne suis pas un intégriste du bio ! » Il reste quand même très pigeon voyageur. Du Maroc au Népal en passant par la Bolivie, il nourrit son site Internet en débusquant des « gens formidables qui se battent pour améliorer leur vie et celle des autres, les oubliés du capitalisme ». Face à la complexité du monde, il revendique sa part d’humilité : « Je veux rester tel quel : pas vraiment inculte, mais toujours en friche ! »