Les portraits de Jean-Paul Billo 2012-2013

Jean-Pierre Papin

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Jean-Pierre Papin : Coups de pieds et coups du sort

 

Jean-Pierre Papin FB Gironde - Radio France
Jean-Pierre Papin FB Gironde © Radio France

 

« Sur le terrain, on donne tout ce qu’on a dans le ventre ! Lorsqu’on est joueur, tout va à 300 à l’heure ! Moi, j’ai toujours été très positif ! » L’œil bleu et clair, le cheveu frisotté, le visage encore enfantin et volontiers souriant, Jean-Pierre Papin présente l’aspect d’un fringant cinquantenaire qui n’a rien perdu de sa tchatche un brin caustique et parfois fanfaronne, qui sert de paravent à sa timidité naturelle et à sa vraie gentillesse. Avec son lot de déconvenues et de soucis, le passage du temps a permis à l’ancien footballeur – enfant chéri de stades, chasseur de buts talentueux et redoutable – de se doter d’une bonne dose de maturité et de recul face aux aléas de l’existence. « Il n’y a pas que le foot dans la vie ! » proclame l’inventeur des « Papinades », ce qui ne l’empêche pas d’entamer une nouvelle aventure de consultant au sein de la chaîne beIn Sport.Après avoir joué en National sous les couleurs de Vichy, puis en Deuxième Division avec Valenciennes, Jean-Pierre Papin rejoint en 1985 le FC Bruges qui décroche la Coupe de Belgique.En 1986, recruté par le président Bernard Tapie, il entame un genre d’épopée avec l’Olympique de Marseille : Cinq fois Meilleur buteur de la Première Division (1988, 1989, 1990, 1991, 1992), quatre fois Champion de France entre 1989 et 1992, vainqueur de la Coupe de France en 1989. En 1991 il est élu Ballon d’or de la FIFA, Meilleur Joueur de l’année par la World Soccer Awards et le quotidien espagnol « El Pais », et Meilleur buteur mondial de l’année.En 1992, il rejoint le Milan AC qui remporte deux championnats d’Italie et la finale de la Coupe d’Europe contre Barcelone.En 1994, il signe au Bayern de Munich qui s’adjuge la Coupe de l’UEFA en 1996.Il rejoint ensuite les Girondins de Bordeaux pendant deux ans, puis En Avant Guingamp avec qui il met un terme à sa carrière professionnelle en 1998.Il évolue ensuite chez les amateurs de La Jeunesse Saint-Pierroise à la Réunion, avant de rejoindre l’Union Sportive du Cap-Ferret en Gironde, et de raccrocher les crampons à l’âge de 40 ans.Entre 1986 et 1995, il est un pilier de l’équipe de France, disputant notamment la Coupe du Monde au Mexique (1986 – 3° place), et l’Euro 1992. Il totalise 54 sélections, 30 buts marqués, et 11 brassards de capitaine chez les Bleus.À partir de 2004, titulaire du diplôme adéquat, il devient entraîneur au FC Bassin d’Arcachon, puis de l’équipe Première du Racing Club de Strasbourg en 2006, et du RC Lens en 2007, dont il est licencié en 2007 pour cause descente en seconde division. Il officie ensuite à La Berrichonne de Châteauroux qu’il quitte en 2009.Dès 2006, il opère une reconversion comme consultant. D’abord sur TF1, puis au sein de France Télévisions avant de rejoindre en 2009 Direct 8, puis Canal Plus, et depuis 2012, beIn Sport. Il fut également co-animateur de « RTL Foot », et éditorialiste au magazine « Le Foot ».En 1998, il publie une autobiographie intitulée « Franc Jeu ». Il fait l’objet de trois livres au titre éponyme, signés Jean Ferrara (1989), Olivier Dazat (1991), et Jean-Charles Delesalle (2005).Chevalier de la Légion d’Honneur, Médaillé de l’Académie des Sports, il bénéficie de la distinction « Olympien du siècle » attribué par l’Olympique de Marseille.Marié avec Florence, il est père de cinq enfants dont Émily, atteinte de lésions cérébrales. En 1996, le couple a créé l’association « 9 de Cœur », qui vient en aide aux victimes de cette maladie et à leurs familles. « Perdu pour le foot ! » Jean-Pierre Papin – alias JPP – voit le jour le 5 novembre 1963 à Boulogne-sur-Mer, où ses parents tiennent une poissonnerie. Très tôt, l’enfant présente une personnalité originale comme s’en souvient sa maman, Maryvonne : « Il avait un cœur en or. Ses jouets, ses livres, il donnait tout à ses copains qu’il invitait sans arrêt à la maison. Quelquefois, quand je rentrais tard du magasin, il leur avait fait à manger ! Il était généreux, mais turbulent. L’école, c’était pas son fort. Et pour jouer au foot, il était capable de toutes les bêtises ! » D’ailleurs, à la question récurrente des instituteurs sur ce qu’il veut faire plus tard, il répond invariablement : « Footballeur professionnel ! » Ancien joueur pro à Boulogne, le papa couve les premiers pas du rejeton avec bienveillante exigence dont JPP reste encore impressionné : « Il m’accompagnait partout. Selon les matches, j’avais droit aux félicitations et aux critiques. Un jour, en Coupe du Nord, on a pris une raclée et douze buts dans la musette. Il a cloué mes chaussures au-dessus de la cheminée ! » Le gamin n’a pas 10 ans quand ses parents divorcent. Il suit sa mère qui épouse en seconde noces le commissaire de police de Jeumont, une localité du Nord, frontalière de la Belgique. Quelque peu « chahuté » par l’événement, il se retrouve au collège parmi les fils de notables, à vrai dire aussi peu à son aise en classe que face à son nouveau beau-père, comme s’en amuse aujourd’hui Maryvonne : « C’était le Père Fouettard, qui le surveillait de près, et venait parfois le chercher à la sortie des cours avec la voiture de fonction ! Mais Jean-Pierre avait tellement d’énergie, tellement la rage de la gagne avec le ballon, que le Père Fouettard a fini par plier ! » Pourtant, il s’en faut d’un rien pour que le futur prodige passe à côté de son destin : « Un jour, en sortant de l’entraînement, j’ai été renversé par une voiture qui roulait dans le village à plus de 80 à l’heure : double fracture de la jambe gauche, et décollement du péroné à droite. Quatre semaines d’hôpital et six mois de plâtre. « Vous êtes perdu pour le foot ! » m’a déclaré le chirurgien ! » Sombre et hasardeux diagnostic qu’heureusement le vent emporta, le jeune homme ayant de la ressource et de la suite dans les idées.Cent fois sur le métier… Avec 580 matches au compteur, 325 buts marqués, un « Ballon d’Or » décerné – à l’égal de Kopa, Platini ou Zidane – et une ribambelle de titres et de trophées, Jean-Pierre Papin présente une carte de visite qui peut faire bien des envieux. D’autant qu’en guise de logo, elle s’orne de ses fameuses et légendaires « Papinades », ses buts imparables résultats de reprises de volée acrobatiques, retournés époustouflants, ou missiles délivrés en pleine course dans les lucarnes adverses. Pour JPP, ce qui fait la joie des supporters n’est pas le fruit du hasard : « Moi, les volées, les ciseaux, je les répétais cent, deux cent fois à chaque entraînement ! Souvent je finissais bien après les autres, à la lumière des phares de ma voiture ! » À Marseille où il s’est révélé et épanoui, à Munich, à Milan, ou à Bordeaux, et partout ailleurs où il a traîné ses guêtres de précurseur des nomades du ballon rond, il laisse le souvenir d’un bosseur acharné et d’un garçon pétri de franchise et de bonne humeur. Voire de « naïveté », persiflent certains de ses coéquipiers, qui ont du mal à lui pardonner certaines déclarations intempestives et maladroites spirituellement baptisées « Les Fourberies de Papin » . « C’est un gars chouette, naturel et spontané, mais c’est dommage qu’il parle parfois à tort et à travers ! » estime son copain Didier Deschamps. Du coup, sur l’air de « Pé-a, Pé-un » , les Guignols l’ont souvent brocardé, faisant de lui une vedette en trompe-l’œil : « Au début, ça m’a fait rire, mais pas longtemps. Ensuite, j’en ai presque pleuré. Mais bon, ça m’a rendu populaire. C’est vrai que j’étais un peu jobard, et que j’ai dit quelques conneries. Mais il faut du temps pour apprendre à s’exprimer devant un micro ou une caméra de télévision ! » Devenu un homme d’expérience, il se définit sans détours : « Je reste fidèle à mes valeurs : travail, respect, discipline, désir d’ordre juste. Tout ce que j’ai fait dans ma carrière, c'est par passion, et j’aimerais que cela serve d’exemple. C’est le fruit de beaucoup de sacrifices ! » Grand absent de l’épopée 1998 des « Bleus », souvent frustré et dédaigné dans ses exils dorés de « mercenaire » du ballon rond, il compense depuis longtemps ces avanies par une philosophie de bon aloi.Famille courage « Mon métier, c’est de taper dans un ballon. Je ne vais pas donner mon avis sur le CAC 40 ou les peintures de Léonard de Vinci ! » s’exclamait JPP au temps de sa splendeur, toujours modeste et conscient de ses limites. Il est resté l’homme simple qui aime les grandes balades pédestres ou cyclistes dans la forêt landaise proche de sa demeure, sur les bords du Bassin d’Arcachon. Loin des pelouses, le grand match de sa vie, c’est contre la maladie d’Émily qu’il continue de le livrer, jour après jour, capitaine d’une famille courage qui n’a jamais baissé les bras et pour qui chaque petite avancée est une grande victoire : « Elle a beaucoup progressé, elle marche, elle court, elle sait lire, elle est heureuse ! » . L’esprit solidaire étant de mise chez les Papin, on ne ménage pas sa peine pour soutenir les autres petits malades au sein de l’association « 9 de Cœur », dont le chiffre cabalistique d’avant-centre– si longtemps porté par le champion – évoque des heures glorieuses et des combats gagnés de haute lutte.Lucide, JPP constate : « La gloire, l’argent, c’est bien. Mais se retrouver face à des situations pareilles, ça redonne le vrai sens des choses ! »