Les portraits de Jean-Paul Billo 2012-2013

Les portraits de Jean-Paul Billo 2012-2013
Les portraits de Jean-Paul Billo 2012-2013

José Garcia

José Garcia, poids et démesure

« Je fais la coquette ! Comme une jeune fille, je lève ma jupette juste au-dessus du genou, et j’attends que ça intéresse les réalisateurs ! Mais chaque jour, j’apprends et j’avance ! » Dans la vie comme à l’écran, l’acteur José Garcia est à la fois une bombe d’énergie prête à exploser, et un artisan sans cesse à l’ouvrage. Tout en rondeurs jusqu’à ses mirettes en forme de billes noires, il croque l’existence avec jovialité et gourmandise : « Je vis ma journée comme si j’allais mourir le soir même ! C’est très excitant ! » En 1986, âgé de 20 ans, José Garcia entre au Cours Florent, dans la classe libre dirigée par Francis Huster. Il intègre ensuite l’École du Cirque d’Annie Fratellini, puis l’enseignement dispensé en France de l’Actor’s Studio de New York. En 1989, il débute à l’écran en interprétant des petits rôles dans « Romuald et Juliette » de Coline Serreau, « Élisa » de Jean Becker, et « Beaumarchais l’insolent » d’Édouard Molinaro. Parallèlement, pour faire bouillir la marmite, il décroche un engagement comme chauffeur de salle dans l’émission de Canal Plus « Nulle part ailleurs ». Repéré par Antoine de Caunes, il devient son partenaire télévisuel. Pendant sept ans, souvent affublé de tenues délirantes, il enchaîne apparitions burlesques, sketches déjantés, et se fait ainsi remarquer par les réalisateurs de cinéma. En 1997, il figure au casting de « La Vérité si je mens » de Thomas Gilou, en compagnie de Richard Anconina, Bruno Solo, Richard Bohringer et Élie Kakou. Le succès de l’entreprise lui vaut d’être nommé au César du Meilleur espoir masculin, et lui ouvre les portes de la notoriété. Il s’affirme ensuite dans le genre comique grâce à des productions qui rencontrent un vaste public : « Jet Set » de Fabien Onteniente (2000), « La Vérité si je mens 2 » (2001), « Le Boulet » d’Alain Barbérian (2002), « Rire et Châtiments » d’Isabelle Dorval (2003), « People », la suite de Jet Set (2004), « Astérix et Obélix aux Jeux Olympiques » de Frédéric Forestier de Thomas Langmann (2008), ou « Le mac » de Pascal Bourdiaux en 2010. Il se fait également apprécier dans des registres différents, comme dans « Les Démons de Jésus » de Bernie Bonvoisin (1997), « Extension du domaine de la lutte » de Philippe Harel (1999), « Quelqu’un de bien » de Patrick Timsit (2002), « Le Couperet » de Costa-Gavras, « Le 7° jour » de Carlos Saura, « La Boite noire » de Richard Berry (2005), « GAL » de Michel Courtois (2006), ou « Pars vite et reviens tard » de Régis Wargnier (2007). Lauréat du Prix Jean Gabin en 2001), il prête sa voix dans les doublages de dessins animés tels que « Mulan », « Madagascar », ou « Arthur et les Minimoys ».Il est marié avec la réalisatrice Isabelle Doval qui lui a donné deux filles, Lauren et Thelma.Chambres de bonnes Fils d’immigrés espagnols que la pauvreté et la guerre civile ont chassé de leur Galicie natale, José Garcia voit le jour le 17 mars 1966 à Paris. L’acteur se souvient : « À l’époque, à la radio et au cinéma sévissait Joselito, « l’enfant à la voix d’or ». Il avait 7 ans, et, toujours tiré à quatre épingles, dans des films aux histoires terribles, il braillait des chansons à vous arracher le cœur. Toutes les mères d’Espagne en avaient les larmes aux yeux et baptisaient leur progéniture à l’image de l’idole de poche. Je n’y ai pas échappé ! Donc, j’étais toujours sapé nickel, et si je mettais un genou à terre, je prenais une baffe ! » Ses parents - maman cuisinière, papa valet et maître d’hôtel - sont employés de maison dans les riches familles du XVI° arrondissement. Ils sont installés dans ce très chic quartier parisien, mais plutôt dans sa version chambres de bonnes. Émerveillé par l’univers magique du cirque et les prouesses des clowns, l’enfant, fidèle téléspectateur de « La piste aux étoiles », est d’un naturel rêveur : « À force de passer des journées entières abandonné à moi-même, je développais un imaginaire proche de la schizophrénie. Je discutais à voix haute avec des personnages inventés, ce qui inquiétait mes parents. Alors, j’ai continué, mais en silence, allongé sur mon lit pendant des heures… » À l’école, ce n’est pas fameux, d’autant qu’il souffre de dyslexie. À partir de la 6°, il suit le cycle de rattrapage en compagnie des recalés du système scolaire, et en troisième, élève dissipé et plusieurs fois viré, il est remercié : « J’ai vécu le drame de l’orientation. J’aurais bien aimé faire ébéniste, mais on a voulu me mettre tourneur-fraiseur, et ça ne me faisait pas rêver ! Du coup, je me suis retrouvé en BEP de comptabilité, et ça non plus, c’était pas pour moi ! Pendant quinze ans de ma vie, j’ai cru que j’étais un imbécile, un abruti, un raté ! Je n’avais qu’un seul talent : faire rire ! Depuis que j’étais gamin, c’était l’arme que je m’étais fabriqué pour me défendre des moqueries ! »

De ces années compliquées, tumultueuses et sur le tard fort festives, il garde un souvenir plutôt heureux, et aucune envie de revanche sociale, aucun ressentiment envers les nantis, dont il pouvait parfois apercevoir les logis luxueux : « C’était comme si j’allais au spectacle, comme si je passais « de l’autre côté ». C’était joli, ça sentait bon ! Je regardais tout, mais j’avais le droit de toucher à rien ! » Fidèle coach Aujourd’hui solidement installé dans le peloton de tête des gros salaires de la profession, José Garcia doit une fière chandelle à l’amie qui lui suggéra, un beau jour, de se lancer dans la carrière d’acteur. Sa pugnacité joyeuse vient peut-être du fait qu’il sait garder en mémoire ses débuts difficiles : « Pendant mes années de chômage, je me levais à 7 heures du matin. Comme un Sdf qui tient à sa dignité, je me lavais, je me rasais, et j’établissais un programme pour la journée : lecture, sport ou autre chose, histoire de tenir le coup. Sinon, c’était la picole, et je serais devenu une barrique. Enfin, je l’ai été… Mais je me suis repris ! » De l’avis général, l’homme est un acharné du boulot, toujours soucieux de donner le meilleur de lui-même. À l’écran, il paraît d’une facilité déconcertante, mais il prépare ses rôles au millimètre, en toute discrétion, hors de portée des flashs. C’est un perfectionniste qui sait s’entourer : « Le succès n’y change rien. Je peux faire dix millions d’entrées, je reviens toujours dans la même petite salle de théâtre où je retrouve Patricia qui est ma coach depuis des années. Avant chaque film, on travaille les fondamentaux comme le souffle, l’articulation, et je rentre dans mes personnages. Après les tournages, elle m’aide pour repartir de zéro. On n’est jamais qu’une petite chose de rien du tout ! » Son copain Gérard Melki apprécie sa présence et son dynamisme : « Avec ses vannes désopilantes, il est capable de réveiller un plateau épuisé. Une telle énergie cache aussi beaucoup d’angoisse. La peur de mal faire, la peur de ne pas plaire. Il aime profondément les gens, mais il en a peur. Surtout ceux du métier ! »   Derrière ce côté joyeux drille et boute-en-train se cache un être plus complexe, sans cesse tenaillé par des inquiétudes esthétiques. Pour son ami Antoine de Caunes : « C’est un maniaque qui vit une insatisfaction permanente. Il est obsédé par la maîtrise absolue de son corps. Il peut se soumettre à une ascèse épouvantable, faire confiance à des gourous qui lui conseillent de manger des capsules, puis, quand il lâche les chiens, s’empiffrer comme un chancre ! » Comme il aspire à « tout jouer, tel un mercenaire » , il est exposé à des situations à géométrie variable, parfois abracadabrantesques : « Selon que je dois grossir, maigrir ou me muscler, je consulte un nutritionniste ou un prof de disciplines sportives. Je n’ai pas le choix ! Que je bouffe ou pas, si ne fais pas de sport, je deviens grassouillet comme un petit poulet gonflé aux hormones ! » Ces petites misères de tête d’affiche le font beaucoup courir dans le Bois de Boulogne, mais n’altèrent en rien sa simplicité et sa modestie. Pour lui : « La chienlit, c’est le cabotinage ! » Noir et blanc José Garcia en convient : « Je suis un fêtard qui a longtemps chargé la mule avec ses potes ! » Aujourd’hui plus casanier et moins dépensier, il goûte aux joies de la vie de famille avec ses filles qu’il adore prendre en photo en noir et blanc. Isabelle, son épouse aimée, le sent calmé mais pas vraiment changé : « C’est un extrémiste de l’exubérance, et parfois, ça fatigue ! Il a aussi ses moments de bourdon, heureusement très courts. Avec nous, il arrive quand même à enlever son costume à paillettes ! » Grand amateur des peintres Goya et Velasquez, du jazz de Chet Baker, des vins de Pomerol, Saint-Émilion, et d’assiettes bien garnies, il a la passion de prendre des cours de tout et n’importe quoi : cascade, roller, trapèze, trompette, clarinette, parachute… Apprendre, toujours…

Échappé de ses origines modestes, il ne boude pas son plaisir : « Je suis un jouisseur, et je passe ma vie à organiser les choses pour qu’on soit heureux autour de moi. Je suis un vagabond, un marchand de bonheur, un vrai Dario Moreno ! »