Les portraits de Jean-Paul Billo 2012-2013

Roch Voisine entre le Vieux et le Nouveau Continent

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Les portraits de Jean-Paul Billo 2012-2013

Roch Voisine entre le Vieux et le Nouveau Continent

Roch Voisine

 

« Le succès, c’est comme l’autobus, il faut l’attraper quand il passe ! » Cette formule canadienne sert de viatique à Roch Voisine, qui n’a pas raté le coche il y a près de 25 ans lorsque son interprétation d’« Hélène » l’a propulsé en tête des hit-parades dans les pays francophones et au-delà. Depuis, le beau gosse aux allures sportives et élégantes de bûcheron romantique, au regard de velours et au sourire craquant, trace son sillon de chanteur, musicien, et auteur-compositeur des deux côtés de l’Atlantique, où il est perçu de façon sensiblement différente. « On ne vaut pas plus que son image ! » constate-t-il, modeste et fataliste.

En 1986, Roch Voisine enregistre son premier 33 Tours et se produit à Montréal devant 50 000 personnes pour la Fête Nationale du Canada. Ce baptême du feu est suivi d’un second disque en 1987. Il se construit ainsi une certaine notoriété au Québec, renforcée par sa présence à la télévision dans l’émission « Top Jeunesse », dans « Lance et compte », une série très regardée sur le thème du hockey, et dans le film « Armen et Bullick ». En 1989, il devient une star internationale avec « Hélène », une chanson qui connaît un succès considérable. L’album éponyme qui se vend à plus de 3 millions d’exemplaires est consacré Triple Disque de Platine. Dès lors, la carrière du chanteur s’articule entre l’Europe et le continent Nord-américain. Il effectue de grandes tournées en France, Belgique, Suisse, et au Canada, remplissant des salles prestigieuses comme le Zénith, Bercy ou l’Olympia, à la faveur des sorties de ses albums comme « Double » (1990), « Europe Tour » (1992), « I’ll Alway Be There » (1993), « Kissing Rain » (1996), « Chaque Feu » (1999), « Higher » (2002), « Je te serai fidèle » (2003), « Sauf si l’Amour » (2005), « Américana » 1 et 2 (2008 – 2009), « Confidences » (2010), « Duophonique » (2013). En 1992, il se produit sous la Tour Eiffel devant 70 000 personnes et 14 millions de téléspectateurs qui regardent sa prestation sur TF1. En 1993, il est engagé au Vatican pour le concert de Noël en présence du Pape. En 1997, il chante devant la Reine d’Angleterre à Montréal pour les 125 ans de la création du Canada.Parmi ses récompenses figurent la Victoire de la Musique du Meilleur album de l’année, les trophées de Révélation, Meilleur chanteur, Meilleure chanson et Meilleur album au prestigieux Gala de l’ADISQ de Montréal (1990), et le NRJ Award du Meilleur artiste francophone (2005).Présent sous forme de statue de cire au Musée Grévin depuis 1993, il est Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres, Officier de l’Ordre du Canada, et nommé Docteur honoris causa en Musique de l’Université de Moncton-Edmundston au Nouveau-Brunswick en 2007, eu égard à ses 8 millions de disques vendus en 20 ans de carrière. Il est également Prix d’Excellence de l’Université d’Ottawa, et tient sporadiquement le rôle de représentant de l’Unicef en Afrique.En 2010, il est recruté par France Télévision comme consultant en Hockey sur glace pour les Jeux Olympiques de Vancouver, et en 2011, il apparaît dans « X-Factor » sur M6.Marié entre 2002 et 2007 avec Myriam Saint-Jean qui lui a donné deux garçons : Kilian en 2004, et Alix-Élouan en 2006, il a vécu ensuite quelque temps avec Narimane, son attachée de presse. Le palet et la guitare Roch Voisine voit le jour le 26 mars 1963 à Edmundston, au Nouveau-Brunswick, une province côtière située au Sud-est du Québec et frontalière des Etats-Unis. Zélande Robichaud, sa maman infirmière et Réal Voisine, son papa professeur d’anglais divorcent alors qu’il n’a pas atteint l’âge de 5 ans. Du coup, il est élevé par ses grands-parents québécois, qui lui dispensent une éducation bilingue, marquée par le grand rendez-vous annuel de la Nativité dont il se souvient encore : « Mon grand-père se déguisait en Père Noël. Tout le monde se retrouvait, oncles, tantes, cousines… C’était une des rares fois où il y avait un peu de stabilité familiale. C’était comme un rayon de soleil qui m’aidait à passer le reste de l’année qui n’était pas franchement gai ! » À 7 ans, il entre dans la chorale de l’église. Chef de chœur, Mademoiselle Beaulieu repère ses talents précoces, et le nomme soliste avant d’épouser son père en secondes noces.Au gré des établissements qu’il fréquente, l’enfant suit une scolarité honorable. Canada oblige, il s’adonne à la pratique du hockey sur glace et devient avec les années un excellent joueur, voire un phénomène qui marque au moins cinq buts par match, une vedette qu’on vient voir jouer parfois de fort loin, et qu’on imagine déjà en équipe nationale. Hélas, cette promesse d’un brillant avenir sportif se brise bêtement quand, à l’âge de 17 ans, il se blesse gravement au genou au cours d’un match de base-ball et doit subir une opération qui lui ôte tout espoir de revenir au plus haut niveau. Paradoxalement, ce coup dur est un signe du destin : « C’est pendant ma convalescence que je me suis mis à apprendre vraiment la guitare, et à composer mes premières chansons ! » Il s’inscrit alors en physiothérapie à l’Université d’Ottawa et devient « l’étudiant-chanteur » du campus. La perspective de finir dans la peau d’un kiné ne l’enthousiasme guère, mais il ne se voit pas non plus en idole des jeunes : « Sincèrement, moi qui suis plutôt réservé, je ne croyais vraiment pas pouvoir vivre du spectacle et de la musique ! » L’écriture fortuite et providentielle d’ « Hélène » en souvenir d’une peine de cœur d’un de ses copains de hockey, la constance et l’opiniâtreté de Paul Vincent, un de ses potes disc-jockey qui croit en lui dur comme fer et se fait son agent artistique, un brin de patience et quelques bonnes opportunités, et voilà le grand timide en route pour la gloire. Univers parallèles  Roch n’est-t-il qu’un chanteur à minettes ? « Sûrement pas ! » proteste l’intéressé. Au sujet de ce qui fut naguère « La Rochmania » des années 90, il développe une analyse et avance des arguments qui ne manquent pas d’à-propos : « Quand je revois les cassettes de mes concerts avec les filles hystériques au premier rang, je suis sidéré ! C’est sûr, j’ai cultivé cette image du play-boy entouré de groupies et de mères de famille rêveuses, mais c’était ma raison d’être sur le marché français. La musique, c’est du business. Entre l’artiste et le public, il y a un monde de financiers et de publicitaires, et ce sont ces gens-là qui détiennent le pouvoir, on ne peut pas lutter contre eux ! » Il précise : « Mon école musicale, c’est les Pink Floyd ou Alan Parson. Quand j’ai essayé de sortir des albums dans un style qui me ressemble vraiment, ça n’a pas marché ! En France, on ne m’a jamais pris au sérieux ! » Vérités de ce côté-ci de l’Atlantique qui ne le sont pas forcément en face, où installé plusieurs années à Los Angeles, il a pu davantage et mieux extérioriser son goût pour la country-music en se construisant un répertoire anglophone, accompagné sur scène et en studio - comme à Nashville - par les grands interprètes du genre, et qui régale ses fans de la Belle Province : « Là-bas, on ne me juge pas sur mon passé de star genre pseudo « Boy-band » ou Julio Iglesias. J’ai une vraie crédibilité d’auteur-compositeur-interprète de culture celtique, folk, dans la pure tradition nord-américaine. On aime mes chansons, et c’est tout ! » Ces considérations ne l’ont pas empêché – à peu de choses près – de conserver régulièrement des scores plus qu’honorables en matière de vente, et de collectionner les récompenses professionnelles des deux côtés de l’Océan. L’expérience a fait du dandy aimable un commercial vigilant et avisé : « J’ai quitté les maisons de disques internationales parce qu’on y est comme en prison, entouré de gens qui décident pour vous, et qui peuvent lourdement se tromper. Maintenant, je fais tout moi-même ! » Pigeon voyageur Enfant privé de ses parents, surtout de sa maman, artiste écartelé entre l’Europe et l’Amérique, Roch Voisine s’est longtemps cherché : « À force de courir dans tous les sens comme un pigeon voyageur, je ne trouvais plus ma place dans l’univers. Comment se construire une vie dans les chambres d’hôtel ? J’étais triste et isolé dans une tour d’ivoire. Aujourd’hui, j’ai envie de dire que je ne suis ni de France, ni de Montréal, ni de New York. Mes racines sont une synthèse ! En fait, je ne suis rien d’autre qu’un simple Américain ! » Est-il gay ? Cette question qui taraudât longtemps ses groupies le fait éclater de rire : « Il y aura toujours des jaloux pour colporter des rumeurs ! » Ce qui est sûr, c’est que jalonnée de séductions nombreuses et de séparations douloureuses, sa vie sentimentale n’est pas un long fleuve tranquille : « Il faut voir le bon côté des choses. Ma destinée n’est peut-être pas de réussir une vie de couple, mais plutôt celle d’un célibataire ! » Ce qui ne l’empêche pas d’être un vrai papa gâteau : « C’est toujours une souffrance d’être loin de mes enfants. Quand je suis avec eux, tout est différent ! » Et d’entretenir l’espérance : « Mon rêve, c’est une immense tournée mondiale seul avec ma guitare, dans des stades de 80 000 personnes qui connaîtraient toutes mes chansons. Je ne voudrais pas finir très vieux et tout seul, dans un château inutile ! »