Replay du dimanche 11 avril 2021

Diable ! On a failli louper les 99 ans d'Antoine Blondin.

Une plume remarquable, un style inoubliable, une gueule, une vie entre amis, bistrots, alcools et écritures, Antoine Blondin a marqué plusieurs univers, ceux de la littérature, du cinéma, du journalisme et du sport. Il fut notamment chroniqueur pour le journal L'Equipe.

On se souvient d'Antoine Blondin comme auteur du livre "Un singe en hiver", adapté au cinéma avec Jean-Paul Belmondo et Jean Gabin.
On se souvient d'Antoine Blondin comme auteur du livre "Un singe en hiver", adapté au cinéma avec Jean-Paul Belmondo et Jean Gabin.

Antoine Blondin est l'un des plus grands écrivains français, au talent parfois oublié, caché derrière ses frasques bistrotières. "Je suis plus un buveur qui écrit qu'un écrivain qui boit", s'amusait-il. Ses textes associent la maîtrise parfaite de la langue française (il était licencié en lettres de la Sorbonne) et un esprit de déconnade potache et joyeux, où les jeux de mots défilaient comme un 14 juillet. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont les plus connus sont "Les enfants du bon dieu", "L'Europe buissonnière", "L'humeur vagabonde" et bien sûr "Un singe en hiver", adapté au cinéma avec le génial duo Bebel-Gabin (le film est réalisé par Henri Verneuil en 1962). Il est aussi le créateur de centaines de chroniques sportives, au ton étonnant, pour le journal L'Equipe. Antoine Blondin a couvert plusieurs Olympiades, une dizaine de tournois des Cinq nations et bien sûr le Tour de France, 28 fois. Son récit de l'étape du jour était attendu. Chaque soir, il s'installait dans la salle de presse, commandait une bouteille de bière, s'allumait une cigarette et déclarait "allez, au goulot !". Un peu plus tard, il se levait, peut-être pour aller chercher un pastis, et disait à ses voisins : "excusez-moi, je m'absinthe un instant".   

"Je suis plus un buveur qui écrit qu'un écrivain qui boit", s'amusait Blondin, auteur de près de 700 chroniques pour le journal L'Equipe
"Je suis plus un buveur qui écrit qu'un écrivain qui boit", s'amusait Blondin, auteur de près de 700 chroniques pour le journal L'Equipe

Il assaisonnait le Tour de France de ses blagues et bons mots. Un soir, lors d'un des traditionnels dîners réunissant officiels, suiveurs et journalistes et constatant que c'est le 4e soir de suite que le plat est fait de pintades, Blondin se lève, demande le silence et s'adresse à Jacques Goddet, directeur du Tour : "Monsieur le Directeur, si ces bestioles doivent nous suivre jusqu'à Paris, il faudra sérieusement envisager de leur coller des dossards". Ses chroniques du Tour ont été rassemblées dans un livre qui constitue une découverte inédite de la France et de ses régions. Il évoque évidemment la Lorraine à plusieurs reprises, notamment Metz et Nancy, villes souvent hôtes de la Grande Boucle. C'est au cours d'une étape lorraine, dont l'arrivée était à Esch-sur-Alzette, au Luxembourg, qu'Antoine Blondin, fin connaisseur de l'épreuve, pointe un changement dans le comportement des coureurs et dans l'ambiance du Tour de France. Il écrit cette impression : "Sans atteindre exactement la préciosité de la cantatrice, le champion est devenu un organisme de précision, un laboratoire habité par une âme riche en détours nuancés, en exigences, voire en caprices". Il était né le 11 avril 1922 à Paris, il aurait attrapé aujourd'hui ses 99 ans. Il nous avait quittés le 7 juin 1991, toujours à Paris.  

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