Replay du lundi 26 octobre 2020

MON PSY ET MOI - Comment parler de Samuel Paty aux enfants ?

- Mis à jour le

Avec Serge Sommer, psychanalyste.

Parler, mais surtout écouter ...
Parler, mais surtout écouter ...

V.R. Comment parler avec nos enfants de la mort de Samuel Paty ?

Valérie Rollman : Alors qu'habituellement, on débute la semaine avec un sujet léger -d'autant plus que les enfants sont encore en vacances-, nous allons profiter de la présence de Serge Sommer, psychanaliste, pour voir avec vous comment parler à nos enfants de l'assassinat de Samuel Paty et de ce qui lui est arrivé. Partout, depuis 10 jours, on en parle, et on utilise ce terrible mot : "décapité". 

Serge Sommer : C'est la barbarie des anciens temps tel qu'on l'a lue dans les livres. Effectivement, c'est quelque chose qu'il ne faut pas laisser dans l'émotionnel et dans l'imaginaire des enfants qui vont se faire des films encore pires que la réalité. Parce qu’évincer le sujet, c’est laisser l’enfant en proie à ses fantasmes, à son imaginaire. 

C'est très important d'aider, d'accompagner les enfants à verbaliser. On ne peut pas vraiment leur expliquer. On ne peut pas expliquer l'inexplicable. On ne pourra pas, de toute façon, évincer le côté sordide de ce qui s'est passé. L'idée n'est pas de ramener du grain à moudre, mais de recevoir ce qu'ils ont à dire, ce qu'ils ont ressenti, de faire parler leurs émotions!

V.R. Les inciter à parler, donc ?

Serge Sommer : Oui, parce que ils ont forcément entendu quelque chose, chez les copains, dans les actualités. Ils nous ont peut être entendu parler, même s'ils étaient en train de jouer à côté. 

Entendre leurs émotions, les faire parler de leurs émotions, leur demander: qu’est ce que tu as entendu ? Qu'est ce que tu sais? Qu'est ce que tu en penses ? Est ce que tu as peur ? Est ce que ça te rend triste ? 

V.R. Pour faire parler l’enfant de ses émotions, il faudrait que l’on soit déjà au clair avec les nôtres ? 

Serge Sommer: Oui, avant toute chose en amont, il faut déjà arriver à sortir soi même ses émotions! C’est  l'horreur pour tout le monde. L'important, c'est de pas garder pour soi, d'en parler à une personne qu'on connaît, à son conjoint, des amis et si on n'en a pas, peut être un thérapeute, mais déjà pouvoir verbaliser soi même pour pouvoir entendre et accueillir la parole de l'enfant. 

V.R. Parler de l'école qui va recommencer lundi ? 

Serge Sommer : Oui, parler de l'école et justement, aborder la peur que cet enfant peut avoir. Parce que si on n'écoute pas la peur, la peur reste. 

"Tu sais, je serai là. La plupart des enfants vont être comme toi. Ils vont avoir peur, eux aussi. Nous avons tous eu peur, mais ce n'est pas parce qu'il y a un événement que tout le monde est en danger. Nous devons avancer. Nous devons défendre nos valeurs".

V.R. C'est difficile de donner une juste place à cet événement. 

Serge Sommer : On ne peut pas banaliser. Mais l'important n'est peut être pas, en tout cas auprès des enfants, de décrire des détails sordides que les enfants vont peut être même aller chercher, demander. Non, il faut ramener à l'émotion: « Qu'est ce que ça te fait? »

Serge Sommer est psychanalyste à Livron, dans la Drôme.

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