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Vue aérienne de l'ancienne prison
Vue aérienne de l'ancienne prison - Capture Google

Double évasion à la prison de Perpignan... il y a 48 ans

Diffusion du lundi 26 août 2019 Durée : 4min

Une histoire rocambolesque. Pas tellement quant à la méthode utilisée pour l'évasion, mais surtout par la façon dont les fuyards se sont faits reprendre.

C’est l’histoire d’une double évasion de la prison de Perpignan il y a 48 ans pile poil.  

Le samedi 21 août 1971, entre 8 et 9 heures, quatre détenus prennent la poudre d’escampette. Parmi eux, l’Amant diabolique de Saint-Assiscle qui a fomenté l’assassinat de sa femme de 26 ans (avec laquelle il a 4 enfants) par sa maîtresse, âgée elle de 19 ans. Voyez le tableau ! Les 4 fuyards ont escaladé le mur d’enceinte de la prison (4 m c’est tout de même pas très haut) à l’aide de leur housse de matelas nouées ensemble.  

Le lendemain, dimanche 22 août 1971, rebelote. Ce n’est plus une maison d’arrêt c’est une passoire ! Il est 15h, six détenus sont de corvées de tinette, autrement dit de corvée de chiottes. Il sont surveillés par un seul gardien. Pas difficile à ligoter et baillonner le bonhomme et zou les prisonniers suivent le même chemin que la veille. Salut Berthe ! Le CV des évadés du jour ? Trois n’ont pas d’envergure, mais les trois autres appartiennent à une organisation antifranquiste clandestine.

Vue extérieure de la prison (hé oui une carte postale) / Merci au Club Cartophile Catalan - Aucun(e)
Vue extérieure de la prison (hé oui une carte postale) / Merci au Club Cartophile Catalan

Avant de poursuivre, un topo sur la passoire, enfin la prison. Rien à voir avec celle du quartier Mailloles avec ses miradors, ses filets antihélicoptère, ses barbelés et ses murs d’enceinte. Houlà non ! Le bâtiment date du XVIe siècle. Il a été construit pour abriter les sœurs Clarisse. La prison est donc un couvent. En 1971, il y a 128 hommes détenus pour 12 gardiens seulement. Il sera utilisé comme prison jusqu’en 1989. (Pour en savoir plus).

La cour de la prison lors de son rachat par la ville de Perpignan - Aucun(e)
La cour de la prison lors de son rachat par la ville de Perpignan

Bon retour à notre double évasion. Le lundi 23 août 1971, dix malfrats sont dans la nature , le directeur et un gardien sont mis à pied (c’est un minimum). Mais attendez la suite...

Cinq des fuyards sont repris le mercredi 25 août 1971. Les deux premiers se font serrer à Perpignan. L’un est cueilli chez sa maîtresse, l’autre devant chez lui (il a trouvé porte close parce que sa femme est partie aux commissions).  Très malins les gars ! Le même jour, vers 15 heures, deux évadés de plus sont repérés dans une 2CV volée près d’une ferme. Huit brigades de gendarmerie (oui huit !) montent une souricière. Ils sont cueillis sans résistance alors qu’ils font griller dans la forêt, un lapin volé au fermier. Enfin, vers 3 heures du mat le cinquième tente de dérober une ID 19 (c’est une Citroën DS moins bien équipée) à Lézignan-Corbières. Pas de bol, ce doit être la seule équipée d’une alarme à l’époque. Il se rabat donc sur une Ami 6 (toujours Citroën, fidèle le gars) et file par une rue où habite… le brigadier chef. Course poursuite évidemment et l’Ami 6 s’encastre dans quatre bornes en béton.  

Fin de l’histoire le lendemain, jeudi 26 août 1971. L’Amant diabolique et un de ses coévadés sont arrêtés à Prats de Mollo à 2 heures du matin. Ils sont passés par Prades et ont tenté de franchir la frontière par les crêtes. Par manque de force, ils se sont rabattus sur le Vallespir. Ils volent une Ami 6 (c’est à la mode décidément ou c’est facile à voler ou les deux) et prennent la direction du Col d’Arres pour passer en Espagne. Épuisés, ils s’enfoncent sur une piste forestière pour se reposer. C’est là que les gendarmes les interpellent sans difficulté, endormis dans leur auto.

Les trois derniers évadés, activistes clandestins,  ne seront jamais revus. Plus malins, plus organisés, soutenus sans doute, on les soupçonne d’avoir regagné l’Espagne.

Et sinon qu’est-ce qu’il s’est passé d’autre cette dernière semaine d’août 1971 ?

C’est l’âge d’or du Théâtre de la Mer de Canet. Moustaki vient de s’y produire et prend ses quartiers à l’Hôtel des Sables où il s’adonne aux échecs avec un de ses musiciens et profite de sa piscine. Thierry Le Luron, lui, poursuit sa tournée sans s’arrêter,  tandis que Dani et Julien Clerc s’affrontent à la pétanque du côté de Saint-Nazaire. Carlos prend la suite et enflamme le Théâtre de la Mer avant que Joe Dassin « celui dont rêvent les jeunes filles, ce demi-dieu vêtu de satin blanc » comme le présente la presse fasse le métier. Mais pas plus.