Les séries France Bleu

Pop Story

Du lundi au vendredi à 15h50

Bernard Lavilliers en concert Salle Pleyel en octobre 2018.
Bernard Lavilliers en concert Salle Pleyel en octobre 2018. © Getty - David Wolff - Patrick

De n’importe quel pays, n’importe quelle couleur

Diffusion du lundi 3 décembre 2018 Durée : 5min

On l’avait pourtant prévenu Lavilliers que « Noir et Blanc » ne marcherait jamais...

Sortie en 86 sur l’album « Voleur de Feu », la chanson semble bien désuète au milieu du fracas métronomiques des synthés et de boites à boum boum.  La mode est au dancefloor multicolore qui clignote et au refrain qui pétille.    Alors, chanter un texte antiraciste après le grand Barnum de touche pas à mon pote, c’est sûr ça ne marchera jamais... Tout le monde peut se tromper, et, 20 ans plus tard, la Kabyle Souad Massi et le sénégalais Ismaël Lo, reprendront comme un hymne « Noir et Blanc ».

Si aujourd’hui on retient de « Noir et blanc » ce vers célèbre « la musique est un cri qui vient de l’intérieur, la chanson revient très souvent parmi les préférées des français, surtout lorsqu’on évoque les textes engagés. Traduite en lingala, en portugais, « Noir et Blanc » a été aussi adaptée par Salif Keita, chanteur malien, idole du continent africain.

Cette chanson de notre griot blanc à gros bras, Lavilliers, n’est pas seulement une complainte engagée réservée au seul continent africain. Il n’est pas rare aujourd’hui que des instituteurs ou trices l’apprennent à leurs têtes blondes, un peu à l’image des membres de Vox Angeli, une génération pour qui, 1986 est une époque très, très lointaine, une sorte de préhistoire où l’on gravait encore de la musique sur des rondelles de vinyle. 

Mandela que Lavilliers qualifie d’authentique idéaliste, et l’apartheid dont le chanteur Stéphanois s’étonne qu’il aura fallu attendre 30 ans pour qu’il devienne un scandale en Europe, sont les thèmes de « Noir et Blanc ». Mais pas que, 1986 c’est la mort de Malik Oussekine en marge d’une manifestation contre la loi Devaquet, ou encore au Chili la répression toujours sanglante du général Pinochet.

Lavilliers a encore mille raisons de jouer du biscotto et d’emprunter ces mots « De n’importe quel pays, n’importe quelle couleur »  que Prevert écrits dans son poème « l’effort humain » et de chanter, toujours, avec son pote Nzongo Soul « La musique est un cri qui vient de l’intérieur ».