Pop Story

Du lundi au vendredi à 16h40

Serge Gainsbourg chez lui à Paris rue de Verneuil.
Serge Gainsbourg chez lui à Paris rue de Verneuil. © Getty - Jérôme Prébois

Sur les pavés de l'anamour

Diffusion du jeudi 6 juin 2019 Durée : 5min

Vous aurez beau fouiller dans tous les dicos de la langue française, jamais vous ne trouverez le mot « Ananour ».

En attendant que ces Messieurs Dames de l’académie, dans leur bel habit vert se penchent sur ce néologisme inventé par maître Gainsbourg, tout ce que le pays compte de linguistes reconnus ou pas, y est allé de sa définition et de son explication de texte. C’était en 68, le beau Serge rejoint à Londres sa nouvelle muse Françoise Hardy pour lui soumettre les paroles de « Comment te dire adieu ». Profitant de l’occasion, il lui glisse sa chanson « L’anamour ».

On oublie que, parue au mois de décembre 68, la version de Françoise Hardy est la toute première commercialisée dans les bacs des disquaires. Gainsbourg la reprendra quelques semaines plus tard pour l’album sulfureux et humide « Je t’aime moi non plus » ... Nous sommes en 1969, « Année Érotique » et beaucoup entendent dans le mot Anamour le préfixe « anal » et affirment donc que cette chanson est un hymne à la sodomie.

Le guitariste australien Mick Harvey connu pour ses nombreuses collaborations notamment au sein du groupe de Nick Cave the Black Seeds, s’est, un jour, penché avec dévotion sur l’œuvre de Gainsbarre. Sa très fidèle adaptation de « L’anamour », un mot absent du dictionnaire et donc intraduisible en anglais devient dans la langue de Shakespeare « Non affair » expression de nouveau intraduisible en français.

Pour une grande majorité de fans, Serge Gainsbourg exprime par Anamour le non amour ou l’absence d’amour, pour les plus convaincus des petits travers de l’auteur ce texte évoque la sodomie et pour d’autres enfin il renvoie au désespoir et aux paradis artificiels. À chacun donc d’écouter cette chanson comme bon lui semble, même si un jour dans un début de réponse, Gainsbourg expliquait que l’Ananour est la contraction des mots amour et anarchie. Si un jour ces Messieurs Dames de l’académie s’y mettent, ça va chauffer sous la coupole de l’institut de France.