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 Le chanteur compositeur américain Mort Shuman interprète une chanson à la télévision en octobre 1981, en France.
Le chanteur compositeur américain Mort Shuman interprète une chanson à la télévision en octobre 1981, en France. © Getty - Laurent MAOUS

Un slow chaud comme la braise

Diffusion du vendredi 7 décembre 2018 Durée : 5min

Etats-Unis, Grande Bretagne, France, l’imposant Mortimer Schuman alias Mort, a déjà pas mal bourlingué lorsqu’il décide de s’installer à Paris avec dans sa besace près de 500 chansons co-écrite à New York avec son complice Doc Pomus.

Parmi ses interprètes on retrouve des clients du calibre d’Elvis Presley, les Drifters ou encore Ray Charles.  Lorsque Mort, qui a aussi adapté Brel pour les américains, déboule chez nous à la fin des années 60 il croise la route d’Etienne Roda Gil. Cet autre colosse, qui signe depuis quelques temps déjà de jolis textes pour le très romantique Julien Clerc, lui propose de chanter en français. Ce sera « Le Lac Majeur » une chanson légendaire reprise récemment par Amaury Vassilli. 

Malgré son ambiance ouatée, neigeuse et hivernale « Le Lac Majeur » embrase, à l’heure des slows,  les pistes de danse des "balloches" du samedi soir et les couples qui chaloupent langoureusement dessus. Car en 1972 le slow est encore le seul moyen pour les prédateurs de tous bords de séduire leur proie sous les lumières tamisées du Macumba ou du Whisky à Gogo. Toute une époque. 

Sans doute en souvenir de ses premières boums d’adolescent et de ses premiers slows, Karim Kacel le chanteur kabyle et titi des banlieues s’est offert une belle tranche de nostalgie avec cette reprise. 

Les ados et les tombeurs de l’époque n’ont jamais fait très attention au sens de ce texte de Roda Gil. Seul le rythme langoureux propice au rapprochement des épidermes importe et cette mélodie que le chef d’orchestre Paul Mauriat enregistre, pour les ascenseurs et les rayons lingeries des grands magasins, est vite qualifiée d’imparable!  « Le lac Majeur » de l’auteur Roda Gil est d’abord une référence à Hemingway et son roman « L’adieu aux Armes ». 

C’est par ces côtes situées entre la Suisse et la Lombardie que les italiens fuyaient leur pays lors des heures sombres que traversait le pays aux heures sombres de son histoire. La chanson fait aussi référence à l’anarchiste Giuseppe Pinelli, défenestré à Milan le 15 décembre 1969 lors de son interrogatoire dans les locaux de la police.  Le procureur, hâtivement, conclut au suicide. Ce texte est est donc bien loin du dépliant touristique et de l’image de ce slow chaud la braise de 1972 grâce auquel, les couples n’ont pas fini de se lover.