Toutes les émissions

Pourquoi ? Comment ?

7h50 - 15h45

Comment ça marche
Comment ça marche © Fotolia - vege

Mai 68 avec Jean-Marie Carré cheminot

Diffusion du mardi 15 mai 2018 Durée : 4min

Jean-Marie Carré a 25 ans et il est cheminot à Amiens en 68 au moment des événements.

"Regardez attentivement ce qui se passe ici parce que cela pourrait très bien se reproduire à l'échelle nationale. Nous avons affaire à une grève extrêmement déterminée de jeunes ouvriers mais aussi des agriculteurs, d'enseignants et d'étudiants." Voilà ce que dit le préfet du Calvados en janvier-février 68. En remontant les souvenirs de Jean-Marie Carré, cheminot à Amiens en 68 on prend la mesure que cette montée du mécontentement existe aussi en Picardie. 

Ils m'ont dit dans le wagon : 'Tu ne partiras pas demain, on bloque tout'. Le lendemain on a attendu puis nous on a rapatrié [...]  Quand je suis rentré à Amiens, le dépôt était occupé. Les chefs de dépôt, l'ingénieur chef de dépôt de Longueau,  tout ça c'était dehors."

Annick : "Jean-Marie a 25 ans en 68 et il est élève conducteur après avoir suivi, de 15 à 18 ans, l'école des cheminots. Vous êtes conducteur donc en 68 ?"
Jean-Marie : Non, j'étais élève. Je l'ai été pendant six ans et demi. Il fallait attendre. On avait une nomination pour deux départs en retraite pendant des années, ça commençait déjà."
Annick :   "Donc vous êtes à Longueau ?"
Jean-Marie : "A ce moment là j'étais à Amiens. Il y avait deux dépôts qui sont bien distincts au point de vue roulant : les marchandises c'était Longueau et puis à Amiens c'était plus les voyageurs."
Annick : "Comment ça se diffuse ce qui se passe, parce qu'au début sont les étudiants qui manifestent ?"
Jean-Marie : "On avait fait quand même pas mal de grèves de 24 heures,  des actions beaucoup, avant 68. Avant que les étudiants 24 heures tout ça avant début des actions beaucoup conséquences rue des actions bocconi d'avancer Caen bah avant 68 fois avant que les étudiants ils soient en route aussi."
Annick : "C'étaient des mouvements pour revendiquer quoi à ce moment-là ?"
Jean-Marie : "C'était pareil, c'était pour les salaires.  Puis on était toujours aux 48 heures alors que la loi c'était 40 heures.  On n'avait que 56 repos par an donc il y avait une sorte de ras-le-bol.  On faisait beaucoup de découchés. Il y a des moments où je faisais dix découchés par mois.  On n'était pas à notre maison pendant des fois jusqu'à trente et une heures.  Ce qui a déclenché c'est sûr c'est la répression contre les étudiants. Moi je n'y ai pas assisté mais je sais qu'il y avait un mécanicien. On les appelait mécanicien dans le temps même s'il roulait à l'électrique parce que la vapeur finissait pour les rapides. René avait fait un poème parce qu'il avait été écœuré de la manière qu'ils avaient chargé contre les étudiants à Paris Nord.
Je suis parti à Rouen à 18h32 exactement. On savait qu'il y avait des mouvements un peu partout. Il y avait Avignon qui était en grève.  Avignon c'était à la pointe de notre temps à la SNCF. D'ailleurs il n'existe plus maintenant. Au point de vue roulant, au point de vue mécanicien, c'était un dépôt qui était vraiment à la pointe. Et sur le pied de guerre, ils démarraient tout de suite comme Marseille.  Après moi je suis parti à 18h32 pour Rouen. A Rouen, ils m'attendaient pour me 'dé-garé', pour ne pas le laisser sur la voie principale (NA : le train) et puis ils m'ont dit dans le wagon : 'Tu ne partiras pas demain, on bloque tout'. Le lendemain on a attendu puis nous on a rapatrié, c'était le dépôt de Sotteville qui nous a rapatrié en voiture parce qu'on était plusieurs.  Quand je suis rentré à Amiens, le dépôt était occupé. Les chefs de dépôt, l'ingénieur chef de dépôt de Longueau,  tout ça c'était dehors."