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Comment ça marche
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Mai 68 avec Jean Marie Carré cheminot

Diffusion du jeudi 17 mai 2018 Durée : 4min

"Je me rappelle quand les anciens qui étaient délégués ils ont été dire "bon ben ça y est on reprend le travail" et bien le chef d'arrondissement exploitation et bien il avait son pistolet sur le bureau qu'ils nous ont raconté les copains."

En 1936 le Front populaire a fait voter la semaine de 40 heures pour certains salariés. En 68 le compte n'y est toujours pas. Les conditions de travail, la montée du chômage et le montant du salaire minimum vont faire partie des revendications des ouvriers salariés. Jean-Marie Carré a 25 ans, il est cheminot à la SNCF et en 68 la grève aussi sera votée avec des revendications précises.  

Je me rappelle quand les anciens qui étaient délégués ils ont été dire "bon ben ça y est on reprend le travail" au chef d'arrondissement exploitation, et bien il avait son pistolet sur le bureau qu'ils nous ont raconté les copains.

Jean-Marie : "C'était le retour aux 40 heures, c'était les augmentations de salaire, c'était les meilleures conditions de travail.  Moi je vais parler en tant que roulant, on avait le droit à 14 heures d'amplitude de jour, on avait le droit à 11h d'amplitude la nuit. Des fois on arrivait quelque part on avait trois heures de coupure. Donc on s'allongeait sur des lits couverts de Skaï parce qu'on ne se déshabillait pas. En plus moi je roulais encore à la vapeur donc on arrivait en pleine nuit pour 3h mais on ne dormait pas 3h puis après il fallait repartir.  Et puis de jour on avait le droit à deux coupures pour 14h d'amplitude. C'est pour ça qu'on demander des aménagements. En 68 ils se sont engagé à revoir notre réglementation du travail mais en 69,  comme ils traînaient les pieds pour que ce soit mis en application, on a refait encore une quinzaine de jours."
Annick : " Donc en 68 vous obtenez des promesses mais la réalité un petit peu différente ?"
Jean-Marie : "En 69 on a été obligé de leur en remettre une dose pour que ça avance.  Mais on n'est pas revenu aux 40 heures tout de suite c'est revenu graduellement au fil des années. Les améliorations des conditions de travail,  on appelait ça le P4, c'était une réglementation de travail pour le personnel roulant aussi bien les contrôleurs que les agents de conduite.  On voulait des meilleures conditions de travail,  je savais bien que ça pouvait pas se faire du jour au lendemain. Il y a des textes qu'il fallait négocier et puis il y a eu contre les ordonnances de De Gaulle aussi à ce moment-là en 68. Il voulait tout faire par ordonnance aussi ..."
Annick : "Pendant la grève comment ça se passe dans les gares et au dépôt ?"
Jean-Marie : "Alors on parle du dépôt d'Amiens, c'est là où j'ai vécu le plus. Tout était bouclé, on faisait la maintenance des engins. On avait des tours de garde : on faisait 4 heures par 4 heures. C'était tenu à jour."
Annick : "Parce qu'il fallait entretenir le matériel quand même ? "
Jean-Marie : "Bah on a toujours entretenu le matériel parce qu'on savait bien qu'un jour il faudrait redémarrer mais là ça a duré quand même pas mal."
Annick : "Chez les Carré, le chemin de fer c'est une tradition familiale. Le père était sous-chef de gare, le grand-père mécanicien et l'arrière grand-père serre-frein, et le beau-père aussi dans la maison est plutôt engagé. Jean-Marie adhérera à la à la CGT."
Jean-Marie : " En 68 il y avait 2 million d'adhérents à la CGT, Et puis on a été au total au moins 7 million en grève donc ça a été quand même un grand mouvement. Tout le monde ne s'en est pas rendu compte d'ailleurs. Même nous à vrai dire pas complètement non plus, on l'a assimilé plus après. Je me rappelle quand les anciens qui étaient délégués ils ont été dire "bon ben ça y est on reprend le travail" et bien le chef d'arrondissement exploitation et bien il avait son pistolet sur le bureau qu'ils nous ont raconté les copains."
Annick : "Il avait peur ?"
Jean-Marie : "Ah oui il tremblait comme une feuille !"