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Amiens - Mai 68
Amiens - Mai 68 - INA

Mai 68, Jean-Pierre Garcia : "on a contribué à rendre la société assez ouverte"

Diffusion du vendredi 18 mai 2018 Durée : 3min

"On se pose la question de la sécurité sociale, les droits à la santé, et la lutte pour le droit d'avortement va venir aussi, va surgir de tout ça. C'est des faits de société très, très importants, fondamentaux qui vont se retrouver modifiés dans les années qui vont suivre."

Au mois de mai 68, la France qui s'est arrêtée de travailler comptera jusqu'à 8 millions de grévistes le 22 mai. S'en suivront les accords de Grenelle et le retour au travail au courant du mois de juin. 50 ans après, quel regard porte Jean-pierre Garcia, le fondateur du Festival international du film d'Amiens,  sur cette période ?

D'une certaine manière on a contribué à rendre la société assez ouverte pour permettre toutes les modifications qui ont suivi dans les années suivantes.

Verbatim
Jean-Pierre : "Ce qui est vraiment important dans l'apport de mai 68 pour moi, mais pas seulement pour moi, sur l'ensemble du mouvement tel que j'ai pu le voir au fil des ans, c'est justement la prise de parole. Ca c'était traduit de manière très précise avec des rituels : assemblées générales,  motions etc. Mais aussi prise de parole après, dans des secteurs d'activités qui nous intéressaient, qui nous passionnaient. Pour certains c'était la culture, pour d'autres c'était à l'intérieur de la culture la musique, dans le cinéma, la littérature. Ils se sont créés plein plein plein de groupes, de structures, d'associations, de moyens de mise en forme de cette prise de parole."
Annick : "C'est d'ailleurs un peu plus de 10 ans après que Jean-Pierre Garcia fondera le Festival international du film d'Amiens. Et le mois de mai c'est aussi celui du Festival de Cannes qui lui a débuté le 10. [archive radio]Il se verra contraint d'arrêter 8 jours plus tard. Mais revenons-en à Amiens avec Jean-Pierre Garcia qui je vous le rappelle est étudiant en 68. Si l'une des motivations de ces jeunes est de mettre en avant que garçons et filles puissent se rendre visite, le courant qui passe est une volonté de changer la société la société."
Jean-Pierre : "C'était clair que c'est la société qu'on voulait changer mais quand on additionne la question de la relation aux filles, de la possibilité de se rendre visite, la possibilité d'être autonome par rapport à une autre fac qui veut toujours nous chapeauter alors que ça n'a plus de raison d'être, quand on parle de la liberté d'expression politique aussi,  on est en train de mettre en cause beaucoup de choses. Et après quand on se pose la question de la sécurité sociale indirectement, les droits à la santé, et la lutte pour le droit d'avortement va venir aussi, va surgir de tout ça. C'est des faits de société très, très importants, fondamentaux qui vont se retrouver modifiés dans les années qui vont suivre et petit à petit.
On n'en n'avait pas tous, et rares étaient ceux qui en avaient vraiment conscience, mais il valait mieux peut-être voir les choses à un niveau très petit et après faire un pas, en faire un autre et un autre. Après on s'aperçoit que c'était une modification beaucoup plus globale qui allait rencontrer des modifications techniques. On va passer de la caméra 35 mm à la caméra numérique,  on va passer du 33 tours au CD... tout ça petit à petit mais en fait on posait les bases de tous ces changements.  D'une certaine manière on a contribué à rendre la société assez ouverte pour permettre toutes les modifications qui ont suivi dans les années suivantes. Donc nombre de modifications de votre jeunesse en fait on les a portées sans en avoir véritablement conscience, à cause des matraques que Peyrefitte et les autres ont sorti trop violemment et trop bruyamment."