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Mai 68 avec Patrick Kazsmareck

Diffusion du mercredi 16 mai 2018 Durée : 3min

On a été porteur de quelque chose après 68. Moi je suis un enfant de mai 68. Il n'y a pas que moi, on est toute une génération de mai 68. Et c'est pour ça que mai 68 fait peur.

Patrick Kazsmareck a 15 ans et demi en 1968. Il habite en face de la maison de la culture où les discussions, les débats vont bon train. Il assiste à un brassage culturel, intellectuel et artistique qui lui fait découvrir le monde ouvrier.

On a été porteur de quelque chose après 68.  Moi je suis un enfant de mai 68.  Il n'y a pas que moi, on est toute une génération de mai 68. Et c'est pour ça que mai 68 fait peur.

Patrick : "Je connaissais les mineurs parce que c'était mon milieu mais pour moi ce n'étaient pas des ouvriers.  Puis je me suis rendu compte que dans mon quartier, il y avait des entreprises qui avaient des grandes banderoles "Usine ocupée". Je ne savais pas ce que ça représentait. "
Annick : "C'était quelle usine ?"
Patrick : "Je ne me souviens plus du nom. Elle était entre la rue Marc-Sangnier et la rue Frédéric Petit, à côté de l'école libre. Il y avait une entreprise là dans ce virage près de la Bourse du Travail. Là j'y allais à pied c'était mon quartier. La zone industrielle je n'y allais pas. Je découvrais que dans mon quartier il y avait des usines donc ça c'est la deuxième occupation. "
Annick : "Vous alliez occuper l'usine ?"
Patrick : "Non,  je n'ai jamais voulu jouer au prolo. Je ne suis pas prolo je suis un travailleur. J'ai des échanges assez assez curieux parce que je suis pas du tout engagé politiquement. J'habitais dans les immeubles de l'EDF. Dans les immeubles ils étaient en grève. Mais moi j'habitais là donc j'étais en contact avec les grévistes. En face de moi j'avais la maison de la culture donc on avait des discussions. J'avais quinze ans et demi moi je ne suis ni prolo ni un génie. Par contre ils sentaient monter en moi quelque chose, les cadres et les techniciens EDF. Ils étaient à la fenêtre, ils ne travaillaient pas. Ils regardaient ce qui se passait sur le parvis de la maison de la culture et ils m'ont vécu comme étant, entre guillemets, un "agent d'extrême gauche". Ce que j'étais absolument pas ce à ce moment-là. Mais avec cette phrase dont je me souviendrai toujours: " Tu sais, tchot gars, on a b'soin equ' nou fiu  i prenn' eine  plache important' e dins nou société " : on a besoin que tu prennes, que tu occupes une place importante dans la société."
Annick : "Parce qu'elle était clivée ?"
Patrick : "Oui.  parce qu'elle était clivée. On a été porteur de quelque chose après 68.  Moi je suis un enfant de mai 68.  Il n'y a pas que moi, on est toute une génération de mai 68. Et c'est pour ça que mai 68 fait peur. Je faisais partie de la jeunesse non pas de la bourgeoisie mais une jeunesse que la bourgeoisie voulait s'accaparer. Et elle n'a pas pu nous accaparer."