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Mai 68 en Picardie : la maison de la culture d'Amiens était le cœur culturel de la ville.

Diffusion du vendredi 11 mai 2018 Durée : 4min

Jean-Marie Lhôte à l'époque adjoint au directeur de la maison de la culture et Patrick Kaszmareck qui était lui lycéen et qui la fréquentait beaucoup.

En mai 68, la Maison de la Culture d'Amiens a deux ans. Même si elle accueille les débats elle est aussi remise en question dans son fonctionnement, pas suffisamment démocratique, et ce n'est pas simple à vivre pour le personnel comme nous le raconte Jean-Marie Lhote à l'époque adjoint au directeur Philippe Thierry.

" Pendant vingt ans, Amiens était en convalescence et en somme la maison de la culture c'est un peu la renaissance."

Verbatim :
Jean-Marie : "Ca ne crée pas de dissension au sens propre mais il y a plusieurs personnes qui sont pour les manifestants. Moi je suis du côté quand même de Philippe Thierry, de dire qu'il faut préserver la maison;  il faut pas qu'il y ait de dégradation, il faut quand même que ça vive normalement.  Mais pour certains qui participaient à des réunions à l'extérieur,  ça a était très dur. Ca s'est arrangé après mais c'était assez dur à vivre."
Annick : " Vous étiez inquiet sur l'avenir de la maison de la culture à ce moment là ?"
Jean-Marie : "Non. Le problème c'était quand même de se dire ils ont raison malgré tout. Je veux dire que la démocratisation de la maison de la culture,  c'était ça leur thème, comment faire ? C'est insoluble.  En fait c'est la transmission de l'art qui peut être démocratisée mais l'art n'est ni démocratisé ni anti-démocratique."
Annick : " Si la maison de la culture est prise à parti pendant le mois de mai 68 n'oublions pas que ce lieu est une bouffée d'air culturelle. Amiens est encore en reconstruction."
Jean-Marie : Amiens, en 66-68 finit d'être reconstruite.  La maison de la culture est une maison de la culture parce qu'elle remplaçait le théâtre qui avait été détruit. C'est à ce moment-là que Amiens Nord et les usines de la zone industrielle commencent à être installés. Pendant 20 ans,  de 46 à 66 la mairie et tout le monde s'occupaient de la reconstruction d'Amiens. C'est à ce moment-là que effectivement Amiens commençait à respirer un peu. Avant c'était encore les habitations qui étaient dans des locaux en bois, provisoires.  C'était effrayant.  
Mais à l'époque il faut voir qu'à la Maison de la Culture vous aviez une salle de lecture qui ne désemplissait pas.  Vous aviez un lieu où on pouvait écouter des disques, vous aviez un lieu avec un poste de télévision parce que la télévision n'était pas répandue. On oublie ça. C'est  quelque chose de formidable. On venait là, on montait,  on demandait un disque, on s'asseyait, un casque sur les oreilles et vous écoutiez Mozart, Beethoven...ce que vous vouliez.."
Annick : "Cet accès à la culture les Amiénois en profitent avant et continueront bien sûr en profiter après mai 68. Pour Patrick Kaszmareck, médecin généraliste, 15 ans et demi à l'époque tout est  nouveau et en mai 68 à Amiens il découvre la maison de la culture."
Patrick : "Là je découvre plein de choses : Genet, le théâtre,  je n'ai le théâtre Gordon Graig la théorie du théâtre... Dès que je sens qu'il y a quelque chose de nouveau, j'y vais. La musique : Stravinsky et après je comprends la porte de Debussy et de Ravel, qui étaient pour moi des éléments qui m'emmerdaient à l'école. Puis après la danse avec Béjart, tout ça ça m'ouvre une perspective culturelle."
Jean-Marie : " Pendant vingt ans, Amiens était en convalescence et en somme la maison de la culture c'est un peu la renaissance."