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Mai 68 en Picardie - Mardi 8 mai

Diffusion du mardi 8 mai 2018 Durée : 4min

Rencontre avec Patrick Kaszmareck, médecin généraliste à Amiens.

Rencontre avec Patrick Kaszmareck, médecin généraliste à Amiens. Il n'était pas étudiant à l'époque, il était en seconde donc il avait quinze ans et demi. A Amiens il n'y avait pas de barricade mais des occupations. Patrick Kaszmareck, qui habite juste en face de la Maison de la Culture, va participer à son occupation. Il gardera son engagement politique et rentrera au Parti Communiste en 1974. Mais en 1968, il découvre la vie.

Moi je suis un enfant de Mai 68[...] "Surtout demandez l'impossible", "Il est interdit d'interdire",  tous ces trucs-là je l'ai vécu de manière charnelle dans le cadre de l'occupation de la Maison de la Culture."

Verbatim :  
Annick : "Vous êtes monté sur les barricades ?"  
Patrick : "Ah non parce que d'abord à Amiens il n'y avait pas de barricade. Il y a eu quelques manifs et des occupations. Il faut sortir du mythe "mai 68 barricades". Il y a plein d'endroits en France où il n'y a pas eu de barricade. Mais mai 68 a été très, important, fondamental, fondateur. [...] Moi je suis un enfant de Mai 68.  Ca a était un bouleversement fondamental comme pour beaucoup. Pourquoi pour moi comme pour les autres c'est parce qu'on avait quinze ans et demi. C'est à dire que quand vous aviez quarante ans vous étiez dans les grandes manifs de la CGT.  Quand vous avez 15 ans et demi, vous êtes au lycée, j'étais en seconde, et là vous arrivez quasiment avec une cravate et vous repartez le col ouvert en train de fumer en cours et vous êtes élu au conseil d'élèves dans un établissement scolaire qui était occupé."  Patrick : "68 ça a été fondamentalement pour moi non pas un événement politique. J'avais quinze ans et demi, j'étais d'une famille d'une branche catholique progressiste et puis d'une branche SFIO sectariste.  A la limite catholicisme et christianisme progessiste m'a amené au communisme. Rire...  C'est un chambardement incroyable. Vous organisez vos élections pour être élu au conseil des élèves. Ca c'est une chose. Et puis j'étais con. Il y a plein de choses que je ne savais pas et tout a explosé après mai 68. J'habitais juste en face de la maison des cultures. J'étais fils de cadre de l'EDF donc j'habitais là. Pendant des semaines j'ai participé à l'occupation...Vous imaginez un gamin de 15 ans et demi qui découvre des artistes, des comédiens, des improvisations, des musiciens, des gens qui vient de parler de philosophie avec des expressions qui me font toujours encore marrer. "Si je mets mon cul sur une commode est-ce que c'est de l'art ?" cette phrase là je l'ai entendue à Amiens, il paraît qu'on l'a entendue ailleurs aussi donc ça devait être un petit peu un standard. "Surtout demandez l'impossible", "Il est interdit d'interdire",  tous ces trucs-là je l'ai vécu de manière charnelle dans le cadre de l'occupation qui a duré les jours à la maison de la Culture,  qui était toute neuve, qui sentait bon. On a des souvenirs historiques : parfois les grandes idées, je suis pour,  mais la vie c'est pas que des grandes idées, c'est les souvenirs, c'est des sensations. Quand on se moque de la fête de l'Huma avec les odeurs de merguez,  heureusement qu'il y a les odeurs de merguez... Et bien là il y avait du vernis, du vernis bourgeois. Les fauteuils c'était hyper confortable. On était là et puis on voyait parler des mecs complètement délirants. Bon à cet âge-là, je ne faisais pas la part des choses mais une chose est certaine, c'est que entre juillet et août, je me suis rendu compte que je passais d'une France vraiment gaulliste à autre chose."