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Alcool © Getty

Les femmes et l'alcool

Diffusion du mardi 1 octobre 2019 Durée : 2min

Une étude récente montre que les femmes n’identifient pas l’alcool en tant que facteur de risque important de cancer. Pourtant, plusieurs milliers de cas lui sont imputables chaque année en France et notre Doc France Bleu Occitanie fait le point.

Vous en conviendrez avec moi : l’alcool est dangereux pour la santé. Mais si ses effets pour le foie et le risque d’addiction sont désormais bien identifiés, tous ses méfaits sont loin d’être connus du public. Ainsi, rares sont les personnes qui savent que la consommation d’alcool augmente le risque de cancer du sein, selon une récente étude publiée dans le British Medical Journal.  Sur les 205 femmes interrogées par des chercheurs de l’université de Southampton, seules 20% ont cité l’alcool comme facteur de risque montrant bien que ce risque est assez méconnu. Et pourtant, il est loin d’être négligeable : sur les 28.000 cas de cancers imputables à l’alcool diagnostiqués en 2015 en France, 8 100 étaient des cancers du sein. Ainsi, consommer un verre d’alcool par jour augmente le risque de développer un cancer du sein de 10% et ce n’est pas l’abus qui est dangereux pour la santé, c’est l’alcool tout court. Depuis 1988, l’alcool est en effet officiellement identifié par le Centre International de la Recherche contre le Cancer comme cancérigène avéré. Il est notamment impliqué dans les cancers de la cavité buccale, du pharynx, de l’œsophage, du foie, du colon/rectum et donc du sein. En outre, plusieurs études ont montré qu’il n’existe pas de niveau de consommation sans risque. Ainsi, même les « petits » consommateurs ont un risque supplémentaire de développer l’un de ces cancers par rapport à un non-buveur.

Dr Ducassé, en quoi l’alcool est-il cancérigène ? 

Une part importante de l’éthanol ingéré accède au système sanguin où il est dégradé en acétaldéhyde au niveau du foie. Ce n’est que sous cette forme que ce dernier peut éliminer l’alcool de l’organisme. Or, l’acétaldéhyde est capable d’induire des délétions sur les brins d’ADN, c’est-à-dire une mutation génétique ou encore des aberrations chromosomiques. En clair, l’alcool, une fois transformé en acétaldéhyde, va perturber l’ADN et ainsi favoriser le développement de lésions cancéreuses. Tous ces mécanismes sont assez bien identifiés et pourtant, le risque reste sous-estimé, voire totalement méconnu du public.

Il y a pourtant les campagnes de sensibilisation, non ? 

Habituellement, les campagnes de sensibilisation ne parlent quasiment jamais de l’impact de l’alcool dans la survenue d’un cancer, et visent surtout les comportements à risque. Une campagne de Santé publique France lancée en mars 2019 s’est par exemple attachée à donner des repères de consommation (« moins de 2 verres par jour et pas tous les jours »). Le risque de cancers a été mentionné brièvement, sans pour autant être mis en avant dans la campagne. Or les auteurs de l’étude britannique en sont convaincus : « Toute opération visant à réduire la consommation d’alcool devrait avoir des conséquences positives pour la population féminine. »

Donc agissons en conséquence !