Replay du mercredi 31 mars 2021

En ces temps de pandémie, que nous apprend l’ADN sur nos ancêtres de la préhistoire ?

Comme vous le savez, la pandémie de Coronavirus a envahi le monde depuis son apparition à Wuhan, en Chine, le 16 novembre 2019. Les temps préhistoriques ont-ils été affectés par un tel fléau ? Allons voir ce que l’ADN fossile nous apprend sur l’état de santé des populations anciennes…

Ludovic Orlando
Ludovic Orlando - © Kristoffer Finn

« L'ADN fossile est capable de vous faire voyager dans le temps et de décrypter l'information génétique des hommes et des femmes du passé » constate le docteur en paléogénétique Ludovic Orlando. « Et si ces hommes et ces femmes du passé ont été malheureusement contaminés par des pathogènes (je pense à des pathogènes très meurtriers, comme la peste noire au XIVème siècle qui a tué et décimé la moitié de la population européenne), ces pathogènes, eux aussi, sont faits d'ADN. Ainsi, on peut décrypter le patrimoine génétique de ces pathogènes-là. Et par exemple, certaines hypothèses tendaient à supposer que si un pathogène dans le passé a été si meurtrier (je pense encore à la peste noire), c'était peut-être parce que ce pathogène était doué de supers pouvoirs génétiques, des sortes de gènes qui le rendaient particulièrement virulent. Et donc les paléogénéticiens ont pu, en voyageant dans le temps, aller vérifier si oui ou non, ce pathogène avait une telle information génétique virulente. Et pour la petite histoire, dans le cas de la peste noire, de découvrir que ce n'était pas le cas. En fait, la variation génétique que portaient les souches de la peste noire est à s'y méprendre assez proche de variations génétiques que portaient d'autres fléaux de l'histoire, de peste à nouveau, mais qui ont été beaucoup moins meurtriers. Donc ce que ça vous apprend en conséquence, c'est que plus que des supers pouvoirs génétiques, certains pathogènes de l'histoire ont eu un sort à ce point dramatique simplement non pas du fait de leurs supers pouvoirs, mais bien sûrement de l'organisation sociale défaillante des populations du passé. »

Ludovic Orlando, qui dirige le centre d’anthropologie et de génomique de Toulouse, est l’auteur du livre « L’ADN fossile, une machine à remonter le temps », aux éditions Odile Jacob.

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