Replay du lundi 23 novembre 2020

La préhistoire du Périgord en noir et blanc, à la Belle époque

A « La belle époque », en Périgord, la Préhistoire écrivait ses premières pages. Auteur du livre « Préhistoire & archéologie, regards en noir et blanc », paru aux éditions Sutton, Alain Beyneix vous entraîne sur les traces des « découvreurs » de la préhistoire dans notre département.

Alain Beyneix, « Préhistoire & archéologie. Regards en noir et blanc », éditions Sutton, 210 pages.
Alain Beyneix, « Préhistoire & archéologie. Regards en noir et blanc », éditions Sutton, 210 pages. - Editions Sutton

"Au tournant des XIXe et XXe siècles l’archéologie connut un très grand engouement et quantité de gens se piquèrent de préhistoire. Un divertissement à la mode pour un nombre toujours plus important d’amateurs." observe Alain Beyneix.

       "Ainsi, la quête de beaux objets pour approvisionner les collections privées, dans une ambiance de concurrence entre les chercheurs amateurs, entraîna un véritable pillage organisé du patrimoine archéologique. 

       Pour permettre de sonder le sol des cavités ou des sites de plein air, seul l’agrément du propriétaire des lieux prévalait et un tel accord était le plus souvent monnayable. On creusait, ou plus exactement on piochait à la va-vite, sans aucune méthode, dans les niveaux archéologiques. A l’occasion, des terrassiers se voyaient même rémunérés pour cette besogne. 

       Naturellement, dénués de scrupules d’aucune sorte, les fouilleurs privilégiaient la récolte de pièces mobilières en négligeant sans vergogne le contexte stratigraphique dans lesquelles elles se trouvaient. En outre, les déblais résultant de ces investigations, brouettés promptement, recelaient à coup sûr de nombreux restes fauniques voire des artéfacts considérés de moindre intérêt. In fine, beaucoup de gisements subit allègrement ces ravages et certains souffrirent même d’irrémédiables destructions. 

       Une telle situation fut dénoncée à l’époque par plusieurs sommités académiques. D’âpres débats s’engagèrent et firent grand bruit dans le landerneau archéologique. D’un côté, les partisans d’un encadrement des fouilles, voire d’une interdiction de fouilles pure et simple aux personnes non qualifiées, en appelaient au législateur. De l’autre, les tenants d’une liberté totale d’action stimulatrice, pensaient-ils, pour la recherche scientifique invoquaient les libertés individuelles et le droit de propriété. Il fallut attendre la célèbre loi Carcopino du 27 septembre 1941 pour mettre un terme aux jours heureux des amateurs-collectionneurs.

       Le Périgord n’a pas échappé à cet engouement. Déjà entre 1863 et 1864, le magistrat Edouard Lartet (1801-1871) et son mécène, l’industriel anglais Henry Christy (1810-1865), venus aux Eyzies, fouillèrent aux Gorges d’Enfer, à la grotte Richard, à Laugerie-Basse, à Laugerie-Haute et à La Madeleine et au Moustier qui deviendront plus tard éponymes. 

       En 1868 eut lieu la découverte, sous le petit abri de Cro-Magnon, d’ossements humains qui déchaînèrent les passions. Après d’âpres débats scientifiques, ces restes contribuèrent à la définition en 1874 de la célèbre race d’hommes fossiles. 

       Mais au cours des années qui précédèrent la Grande Guerre, les découvertes et travaux de terrain se multiplièrent à Laugerie-Basse, à Longueroche, à La Micoque, au Moustier, à Laussel, au Cap Blanc, à La Ferrassie ou à la Madeleine. Il n’en fallait pas moins pour faire de la Vézère la vallée de nos origines et d’attirer une foule de chercheurs, du plus éminent des savants au plus cupide des collectionneurs d’antiquités."

Alain Beyneix, « Préhistoire & archéologie. Regards en noir et blanc », éditions Sutton, 210 pages.

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