Replay du vendredi 27 novembre 2020

Le dolmen de Brantôme : un tombeau pour les ancêtres

C’est à Brantôme, au lieu-dit du Camp de César, qu’Alain Beyneix vous entraîne aujourd’hui, à la découverte d’un dolmen…

Dolmen de Peyrelevado ou du Camp de César à Brantôme
Dolmen de Peyrelevado ou du Camp de César à Brantôme - Collection Alain Beyneix

« A la Belle Epoque, profitant du grand engouement du public pour les dolmens et les menhirs, des éditeurs diffusèrent de très nombreuses photographies de tombeaux mégalithiques sous forme de cartes postales. Le Périgord n’a pas échappé au phénomène. » observe Alain Beyneix.

« Le recours régulier à la cartophilie comme source d’information par les historiens, les historiens de l’art et même les archéologues et les préhistoriens n’est plus à démontrer. Concernant plus spécialement le patrimoine mégalithique, les cartes postales anciennes ont d’abord été mises à contribution pour la Bretagne puis récemment pour l’ensemble de l’hexagone. En effet, ces documents iconographiques originaux constituent souvent une véritable redécouverte et montrent l’état précis de conservation dans lequel se trouvaient ces premières architectures de pierres monumentales après avoir subi les dommages du temps ou les dégradations des hommes depuis plusieurs millénaires. En outre, les vestiges dévoilés la plupart du temps à titre de curiosité touristique sont également mis en scène de façon particulièrement pittoresque. 

         Le dolmen de Peyrelevado ou du Camp de César à Brantôme qui nous intéresse aujourd’hui demeure assurément le monument mégalithique le plus connu de Dordogne. Evoqué par F. Jouannet dès 1818 il fut le sujet au cours de la Belle Epoque de multiples cartes postales. Malheureusement, il ne subsiste plus de ce mégalithe de type angoumoisin qu’une partie de la chambre funéraire haute de 2,50 m. Les vestiges se résument à trois montants en calcaires soigneusement bouchardés qui supportent une grande table de couverture en grès de 5 m de long, 2,90 m de large et de 1,40 m d’épaisseur. Par souci de consolidation, à la fin du XIXe siècle, on soulagea les supports d’origine en leur adjoignant un pilier maçonné, il est vrai peu esthétique.   

           Le dolmen de Brantôme appartient à un type architectural qui émerge au milieu du 5e millénaire avant J.-C. Il s’agit de dolmens à couloir que l’on retrouve dans le nord de la Gironde et le sud de la Dordogne. Leur présence témoigne de l’extension la plus méridionale du groupe des dolmens angoumoisins de la moyenne vallée de la Charente. La chambre funéraire, généralement quadrangulaire (les dimensions sont de l’ordre, en moyenne, de 3,40 m en longueur, 2,10 m en largeur et de 2 m en hauteur), formée de supports parfaitement équarris, était recouverte d’une ou plusieurs tables massives. Un corridor, de longueur variable (entre 5 et 5,50 m en moyenne), plus étroit (environ 1,70 m), bordé d’orthostates moins élevés (entre 1,50 m et 1,70 m) en permettait l’accès.

         Les vestiges, aujourd’hui apparents, ne correspondent cependant qu’aux parties internes des monuments initiaux alors enserrés dans des tumulus de terre ou de pierraille. L’arasement des tertres par l’érosion a peu à peu permis le dégagement des chambres et des structures d’accès. 

         Tous ces tombeaux mégalithiques servaient de sépulture collective. On y déposait successivement, au fil du temps, les défunts d’une même communauté. L’étroite cohésion du groupe dans le monde des vivants se retrouvait ainsi reconstituée dans celui des morts. De plus, de par son architecture la sépulture revêtait un caractère monumental certain. Elle marquait le paysage, témoignait de l’enracinement des hommes à un terroir et symbolisait le prestige de ses constructeurs.

         Mais le rassemblement des morts et l’utilisation à maintes reprises, sur plusieurs siècles, d’un même espace sépulcral, impliquait également des pratiques funéraires appropriées. La tombe fonctionnait comme un caveau et devait pouvoir être rouverte régulièrement. Les dépouilles des défunts n’étaient pas ensevelies mais déposées à même le sol avec leurs effets personnels et des offrandes diverses : colliers de perles et de pendeloques de toutes formes en matériaux variés, poignards en silex puis en cuivre, pointes de flèches en silex parfois regroupées en carquois, vases contenant des aliments… La décomposition rapide des corps, suivie d’une réduction des squelettes, permettait ainsi de ménager de la place pour de nouveaux cadavres. Les ossements se retrouvaient rangés, les crânes empilés, les os longs amassés en fagots le long des parois ou contre le fond des chambres. Au cours de ces manipulations, le mobilier archéologique pouvait être récupéré partiellement ou en totalité. D’ailleurs, les objets découverts lors de fouilles de sépultures mégalithiques n’appartiennent bien souvent qu’aux dernières périodes d’utilisation des chambres. »

Alain Beyneix, « Préhistoire & archéologie. Regards en noir et blanc », éditions Sutton, 210 pages.

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