Replay du mardi 24 novembre 2020

Otto Hauser et la préhistoire mercantile

Dès la fin du XIXe siècle, la Vézère était devenue la vallée de nos origines, et elle attira une foule de chercheurs, du plus éminent des savants au plus cupide des collectionneurs d’antiquités. Parmi ces derniers, un nom qui demeure attaché à la Préhistoire du Périgord : Otto Hauser.

La Micoque aux Eyzies-de-Tayac (Dordogne). La carte postale montre la profonde tranchée que fit ouvrir Otto Hauser durant ses recherches
La Micoque aux Eyzies-de-Tayac (Dordogne). La carte postale montre la profonde tranchée que fit ouvrir Otto Hauser durant ses recherches - Collection Alain Beyneix

"Ce ressortissant suisse arriva aux Eyzies en 1898 et y sévit jusqu’en 1914." explique Alain Beyneix. "Durant son séjour en Périgord, il loua des dizaines de gisements et s’adonna au commerce du produit de ses recherches notamment vers l’Allemagne. On lui doit la parution de quelques opuscules mais surtout l’édition de cartes postales qui nous documentent sur ses investigations et ses trouvailles.

         Il sévit à La Micoque aux Eyzies-de-Tayac entre 1906 et 1914. La Micoque est un site de plein air, découvert par E. Rivière qui s’étend au-devant d’une paroi calcaire et surplombe d’une quinzaine de mètres le ruisseau de Manaurie. De nombreuses fouilles, de 1896 à 1932, révélèrent une stratigraphie importante du Paléolithique ancien et moyen. Durant ses recherches, Otto Hauser confia à des terrassiers l’ouverture d’une profonde tranchée pour exploiter le gisement. 

Ce dernier, en 1916, pour désigner les industries qu’il mit au jour, créa le Micoquien. L’outil emblématique est un biface allongé, à la base épaisse, à l’extrémité fine et aux bords légèrement concaves.

         On retrouve Hauser au Moustier. Dans le village de Peyzac-le-Moustier, construit en terrasse sur le flanc d’un massif calcaire à la confluence du Vimont et de la Vézère, à une dizaine de kilomètres en amont des Eyzies, s’ouvrent deux abris-sous-roche superposés. Les séries lithiques découvertes par E. Lartet et H. Christy dans l’abri supérieur servirent à G. de Mortillet (1821-1898) pour définir le Moustérien. À une dizaine de mètres en contrebas de l’abri éponyme, O. Hauser mit officiellement au jour en août 1908, dans la cavité qu’il avait louée, un squelette néandertalien. Le précieux fossile, baptisé tout modestement Homo mousteriensis Hauseri, fut vendu pour la somme de 160 000 marks/or au musée de Berlin…

         L’année suivante, il découvrit un second squelette d’homme fossile dans l’abri du Roc de Combe Capelle à Saint-Avit-Sénieur. Il le vendit aussi au musée de Berlin. En 1910, Otto Hauser acheta par exemple l’abri de Laugerie-Haute aux Eyzies-de-Tayac pour y conduire des fouilles et y établir un musée. Ses agissements furent dénoncés par les préhistoriens français. L’entrée en guerre de l’Allemagne contre le France en août 1914 mit un terme à ses agissements. Etant suisse allemand, Hauser fut soupçonné d’être un espion à la solde de l’Allemagne. Il dut faire ses valises et quitter précipitamment la région."

Alain Beyneix, « Préhistoire & archéologie. Regards en noir et blanc », éditions Sutton, 210 pages.

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