Terres de légende

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Vue aérienne de l'île d’Aix, Charente-Maritime.
Vue aérienne de l'île d’Aix, Charente-Maritime. © Getty - Francis Leroy

Le dernier seigneur de l’île d’Aix

Diffusion du vendredi 27 décembre 2019 Durée : 2min

Saviez-vous que l’île d’Aix, la plus éloignée de l’archipel charentais, entre Oléron et le fort Boyard, n’a pas toujours été une île ? « Comment ça ?! » me direz-vous ? Eh ben oui. Il paraît qu’il y a fort longtemps elle était rattachée au continent.

Sur ce territoire originel s’étendait un vaste domaine plutôt prospère, avec des fermes, des champs de blé, des pommiers, des paysans, des charrettes, des cavaliers, etc, vous voyez le style ? 

Et, d’après ce qu’on raconte ça se passait à peu près bien, si ce n’est que le seigneur du lieu était un homme égoïste, âpre au gain, du genre autoritaire avec ses serfs et assez peu enclin à la charité, mais bon, ça, on a déjà vu ailleurs malheureusement. 

Hors, il se trouve que par une violente nuit d’orage, comme on en connaît parfois dans la région, se présenta au château une pauvre vieille femme en guenilles, trempée jusqu’aux os et demandant humblement asile. Le propriétaire, emmitouflé dans sa couverture au coin du feu, entouré de ses lévriers, ne daigna même pas répondre aux lamentations de la mendiante et ordonna même à ses gens que les portes lui restent hermétiquement closes. Et il en fut ainsi jusqu’à ce que les deux battants volent soudainement en éclats sous la pression implacable de la mendiante en colère. 

Celle-ci, sous les traits de la célèbre fée Mélusine, pénétra en la demeure et se mit à maudire la seigneurie et toutes ses dépendances. « En dépit de tes efforts, tous tes biens tu verras sombrer dans les profondeurs et ta fortune mal acquise à jamais réduite au néant ! » Hurla-t-elle. Le châtelain effaré devant cette furie au corps de serpent s’agenouilla en suppliant : «J’avais pas compris, je recommencerai plus ! » Mais rien n’y fit.  Les années suivantes virent les vagues océanes ronger impitoyablement les rivages et les édifices de tout le domaine jusqu’à ne laisser que l’îlot subsistant aujourd’hui. 

On eut beau bâtir digues et murets pour retarder l’échéance, à la fin, le cupide seigneur ne put que dépérir lamentablement en constatant l’inexorable engloutissement de toutes ses richesses. Si par hasard en naviguant le long de la côte actuelle vous parvenez à discerner entre les algues, enfouies dans le sable, les ruines de son château majestueux, n’hésitez pas à en parler, j’en connais que cela passionne toujours.  

Moralité 

Mesdames et messieurs : Un peu de compassion pour le malheur des autres ne vous rapportera peut-être pas grand-chose mais vous évitera sûrement de nombreux désagréments.