Terres de légende

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À Plouguerneau, L' Aber Wrac'h Pont du diable.
À Plouguerneau, L' Aber Wrac'h Pont du diable. © Getty - Emmanuel BERTHIER / hemis.fr

Le pont de l’Aber Wrac’h

Diffusion du lundi 23 décembre 2019 Durée : 2min

Si vous remontez vers l’embouchure de L’aber Wrac’h, un des fleuves côtiers du pays de Léon dans le Finistère nord, vous traverserez sans doute un envoûtant paysage de vasières et de prés salés peuplés d’oiseaux crieurs… avant de tomber inévitablement sur une bien étrange construction.

Un amas de gros blocs disloqués entre deux rives, pont de pierre rudimentaire reliant Plouguerneau à Lannilis et marqué sur la berge gauche d’une rustique croix de granit. 

Les archéologues sont divisés sur l’origine de ce passage, certains le considérant comme une édification romaine quand d’autres affirment qu’il date du Xème siècle. Mais tous connaissent la légende rattachée à cet endroit mystérieux baptisé depuis bien longtemps le Pont du diable ou Pont an Diaoul si l’on est un Breton pure souche. 

Ecoutez donc.

Un meunier installé sur une des rives du fleuve se plaignait sans cesse du long détour qu’il lui fallait faire pour livrer sa farine au villageois alentours. Le seul gué accessible sur L’Aber Wrac’h était trop souvent submergé par les marées et chaque fois que le brave homme érigeait une passerelle, son installation était aussitôt emportée par les flux et reflux de la mer. Privé de communications, il se voyait trop souvent obligé de faire chômer son moulin et s’en désespérait quotidiennement.

Un jour où, comme à son habitude, il implorait le ciel de lui venir en aide, c’est curieusement l’enfer, qu’il vit répondre à ses suppliques et lui négocier une solution : « Je peux te construire un solide pont de pierre en une nuit, lui proposa Lucifer, mais en échange me sera remise l’âme de la première créature qui le traversera. Qu’en penses-tu ? ». Le meunier savait bien que la première personne sensée traverser le pont c’était lui-même mais, contraint et forcé, il accepta. 

Au matin, ses baluchons de farine sur le dos, il se présenta donc au démon posté à l’entrée de son édifice. « Es-tu prêt pour la traversée ? demanda celui-ci avec malice ». « Un instant », répondit le meunier, « le temps de remettre un peu d’herbe sèche dans mes sabots. »

Et ce disant il déposa ses affaires pour s’agenouiller devant le diable. C’est alors que son chat, qu’il avait pris soin de cacher dans un des sacs, en profita pour s’échapper et rejoindre l’autre rive au grand dam du démon floué. 

Moralité

Mesdames et Messieurs, en affaire, lisez toujours attentivement votre contrat, c’est dans les toutes petites lettres que se nichent les pièges mais aussi leur solution.