Terres de légende

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Département de la Somme en Picardie, cheval Boulonnais, race de chevaux de trait.
Département de la Somme en Picardie, cheval Boulonnais, race de chevaux de trait. © Getty - Louis-Marie Preau

Les blanques juments du Boulonnais

Diffusion du mardi 31 décembre 2019 Durée : 3min

En traversant le Nord pas de Calais en direction de la côte d’Opale, vous croiserez peut-être, paissant paisiblement parmi les bocages verdoyants, de solides chevaux de trait à la robe gris clair, typiques de la région du Boulonnais.

Aucun lien ne relie à priori cette race locale aux légendes qui regorgent dans les Hauts de France et mettent en scène fantômes, géants ou animaux fantastiques. Mais du côté de Samer, petite commune située à 16 Km de Boulogne-sur-Mer on n’en pas si sûr.

Car durant les temps anciens nombreux furent les villageois, dit-on, piégés par une étrange créature chevaline dont le nom fut finalement donné au Mont Blanque Jument. Et pour cause.

Régulièrement les habitants voyaient apparaître au sommet de la colline surplombant leur hameau, un magnifique cheval blanc, crinière au vent, dont la silhouette fantomatique se découpait dans la lumière laiteuse des nuits de pleine lune. « Un Ch’blanc qu’vo ! s’éxclamaient alors les cht’is admiratifs, min diu, qu’el é bieau ! » 

L’animal majestueux, à l’encolure épaisse, aux aplombs réguliers, et à l’arrière main puissante trottait vers eux avec élégance et se laissait volontiers caresser. Sa robe était si soyeuse et sa beauté si parfaite, comment résister ?  La bête n'appartenait à aucun maître mais se montrait des plus familière et présentait docilement sa croupe aux admirateurs pour les inviter à monter. 

Si les vieux sages se gardaient bien de succomber à pareille sollicitation nombreux furent les naïfs à se laisser tenter. Le dos du canasson s’étirait alors comme par magie et jusqu’à sept personnes pouvaient le chevaucher. Mais une fois installés les malheureux cavaliers voyaient leur tranquille promenade se transformer en une cavalcade infernale qui les entraînait inexorablement vers une rivière ou vers la mer. 

Arrivée au bord, leur sinistre monture se cabrait et ruait en tous sens pour les désarçonner, allant même jusqu’à se précipiter dans les flots depuis les falaises. Combien d’enfants désobéissants, de pèlerins fatigués ou de paysans éblouis payèrent ainsi de leur vie leur crédulité vis à vis de ces étalons aussi splendides que maléfiques ? Difficile à dire mais depuis ce temps à Samer ou ailleurs, on y réfléchit à deux fois avant d’enfourcher un cheval blanc.

Moralité 

Mesdames et Messieurs, ne vous laissez pas trop séduire par l’apparence, la robe ne fait pas le magistrat ni la barbe le philosophe, et le vice est rusé qui emprunte souvent les traits de la vertu.