Replay du mercredi 1 janvier 2020

Les buttons de la Brenne

Au milieu d’un parc naturel situé en région centre-val de Loire se trouve un territoire constellé d’étangs et de mares plus ou moins artificielles, qu’on appelle La Brenne.

Parc Naturel Régional de la Brenne, paysage avec étangs et zones humides (photographies aériennes), - Photos Gerard LABRIET
Parc Naturel Régional de la Brenne, paysage avec étangs et zones humides (photographies aériennes), - Photos Gerard LABRIET © Getty - Photographie aérienne de Gerard Labriet.

C’est un pays mystérieux de "meneux de loups", de feu follets et de géants qui, paraît-il, comme au temps jadis, hantent encore parfois les brandes ou les campagnes. 

Le plus célèbre des géants brennous s’appelle Galifront mais on le connaît plus généralement sous le nom de Gargantua. Pas étonnant quand on sait que Rabelais originaire de Chinon a vécu souvent dans la région. Mais non, désolé, il n’a pas inventé le personnage dont les études ont confirmé l’origine populaire. 

Le mythe de Gargantua existait ainsi dans tout l’ouest de la France et plus particulièrement dans la Brenne qui lui attribue notamment l’existence saugrenue de ses buttons. C’est quoi un button ? Eh bien c’est une petite colline de grès rouge qu’on ne rencontre que par là et qui serait la trace laissée par notre monumental héros lors d’une traversée pour rejoindre Tours, durant les guerres picrocholines.

Après avoir détruit le château du Gué de Vède, en le frappant avec un arbre, tandis que sa gigantesque jument noyait la troupe ennemie en urinant dessus, Gargantua s’en retournait à pied au château familial célébrer sa victoire et manger des saucisses. Et peut-être aussi quelques pèlerins en salade si on en croit Rabelais. 

Comment Gargantua a démoli le château au Gué de Vède, et comment ils ont dépassé le gué.
Comment Gargantua a démoli le château au Gué de Vède, et comment ils ont dépassé le gué. © Getty - Duncan1890

Mais la Brenne n’était encore à cette époque qu’un immense marécage et chaque pas du géant s’empâtait dans cette pataugeoire d’une boue si collante qu’elle finissait par le gêner dans sa progression.

Bien qu’affamé et pressé de rentrer notre mastodonte était obligé de s’arrêter régulièrement pour secouer ses bottes et se délester de cette gadoue qui voltigeait dans tous les sens. A l’échelle d’un géant imaginez ce que ça peut donner. Une pluie de blocs de terre monumentaux s’écrasant au hasard pour former ces surprenants talus disséminés sur toute la lande. Spectaculaire, non ?

C’est ainsi que notre géant aurait semé tout au long du chemin, ici une petite éminence dans la plaine de Montlevic, là un monticule du côté de Clion ou quelques collinettes autour de Châtillon-sur-Indre. Avant d’avaler au passage un bateau de moines sur la Creuse mais ça c’est une autre histoire.

Moralité 

Mesdames et messieurs faites toujours bien attention où vous mettez les pieds car vos transhumances sur cette terre laissent toujours des traces qui, quelle qu’en soit la taille, ne sont ni anonymes ni anodines.

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