Terres de légende

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La Salle de bal des demoiselles coiffées de Théus, dans les Hautes-Alpes.
La Salle de bal des demoiselles coiffées de Théus, dans les Hautes-Alpes. © Getty - Jean-Léo Dugast

Les demoiselles coiffées de Serre Ponçon

Diffusion du lundi 30 décembre 2019 Durée : 2min

Amis randonneurs et amateurs d’insolite, ce conseil est pour vous ! Au hasard de vos pérégrinations ne manquez pas de faire un détour par la commune de Théus sur les hauteurs du défilé de Serre-Ponçon, à la frontière entre les Alpes du sud et celles de Hautes Provence.

À l’Est du village, vous serez surpris de découvrir un profond ravin où l'érosion a créé un site naturel pour le moins mystérieux et saisissant qui ne vous laissera sûrement pas indifférent.

Il y a là une centaine de colonnes chapeautés par de larges blocs rocheux plus ou moins plats comme une forêt de gigantesques amanites fossilisées. D’après les géologues c’est la pluie et le vent qui auraient lentement usé les moraines glaciaires mais la légende avance une tout autre origine à ces sculptures minérales aussi étranges qu’intrigantes. 

Leurs galbes élégants et leurs silhouettes toutes féminines ne sont pas sans évoquer une farandole de jeunes filles en fleur dansant sous le ciel. Ce lieu a d’ailleurs été baptisé « La salle de bal des Demoiselles coiffées ». Poétique non ? Mais d’où viennent-elles, ces demoiselles ?

Réputées pour leur grâce et leur beauté, les jeunes femmes du village de Théus avaient coutume, il y a bien longtemps, de se retrouver à cet endroit en fin de semaine. Parées de leurs plus jolies robes et de leurs plus élégants chapeaux, elles échangeaient conseils et astuces et surtout elles dansaient jusqu’à s’en étourdir. Mais une sombre réputation précédait le lieu de leurs festivités que l’on disait hanté depuis des siècles par un esprit revanchard. On leur interdisait donc de prolonger leurs sarabandes au-delà de minuit et ordre leur était donné de rentrer au bercail. Un chaperon était même désigné parmi les jeunes hommes du village, chargé de les accompagner et de les ramener en bonne et due forme. Mais il n’avait pas le droit participer aux festivités, normal, seul au milieu de toutes ces dames il aurait eu la partie trop belle. 

Ce soir-là, sans doute pour moins s’ennuyer en attendant dans son coin, le préposé du jour n’oublia pas d’emporter dans sa musette quelques bouteilles de vin du pays. Malheureusement, petite nature, avant la fin de la deuxième il s’était profondément endormi 

Et minuit passa. Un long et sinistre hurlement se mit soudain à résonner le long des flancs de la montagne rappelant instantanément aux danseuses la menace qui pesait sur le lieu de leurs ébats. Mais il était déjà trop tard. Quand le silence retomba, les  unes après les autres, elles s’étaient pétrifiées sur place… et pas une seule n’en réchappa.

C’est ainsi qu’elles restèrent figées pour la postérité, obélisques élancés en jupe de moraine à jamais coiffées de leur large chapeau plat.  

Moralité

Mesdames et messieurs, n’oubliez pas qu’« Au-delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable », comme dirait Romain Gary.