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Tous Européens - Anja Vogel

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En Europe, difficile d'échapper aux pesticides

Par le mercredi 14 décembre 2016
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Le Kenya alimente l'Europe en haricots, en fleurs et en maïs
Le Kenya alimente l'Europe en haricots, en fleurs et en maïs © Maxppp - Philippe Lissac

L'Europe en fait-elle assez pour chasser les pesticides de notre assiette? Plus de 6% des aliments importés dans l'UE contiennent des taux de résidus trop élevés. Refusés ici, ils sont souvent revendus dans les pays en voie de développement, où ils font de gros dégâts.

La France va fixer une "dose maximale de pesticides autorisée par jour", annonçait mi-octobre la ministre de la santé, Marisol Touraine. Plus de 6% des aliments importés dans l'UE contiennent des taux de résidus trop élevés. Les produits retoqués sont tout de même distribués dans les pays en voie de développement, où ils font de gros dégâts...

Ainsi, le site internet Euractiv s'intéresse dans ses pages allemandes aux produits kényans rejetés par l'UE en raison de leurs taux de pesticides et de métaux lourds. De tous les pays tiers, le Kenya est notre premier fournisseur de produits frais. Il nous alimente en légumes, en fleurs, en poisson. Sur place, des agronomes essaient de promouvoir de bonnes pratiques, mais les produits refusés chez nous sont redistribués sur les marchés locaux, peu contrôlés, avec les conséquences sanitaires qu'on imagine. Sans parler des petits producteurs kényans qui continuent à utiliser des insecticides interdits chez nous, comme le diméthoate.

Les pesticides coûtent plus cher qu'il n'y paraît

Les produits phytosanitaires coûtent cher en terme de santé publique, on constate une nette hausse des cas de cancer au Kenya, mais aussi sur le plan économique. Deux chercheurs de l'INRA, institut national de la recherche agronomique, ont fait les comptes. Les pesticides coûteraient dix fois plus cher qu'ils ne rapportent. Les gains de productivité apportés par les intrants disparaissent dans les coûts de protection, de décontamination. Sans oublier leur impact sanitaire.

Il existe en Europe des normes strictes, pas suffisantes cependant pour les défenseurs de l'environnement. On se souvient de la polémique sur le glyphosate, autorisé dans l'Union européenne jusqu'à fin 2017, au moins. Il y a un an, une étude allemande a démontré la présence de cet herbicide, à haute dose, dans l'organisme de trois personnes sur quatre.

Selon les éléments de langage des lobbies de l'agrochimie, repris par la Commission européenne, ces produits dangereux sont indispensables pour protéger "la santé des plantes". Les écologistes réclament un taux minimal de pesticides dans tous les aliments, à l'exemple de ce qui existe déjà pour l'eau.

Au Kenya, les agronomes testent des filets pour protéger les potagers des insectes et éviter les intrants. Ils en profitent peu: leurs compatriotes, paraît-il, n'aiment pas les haricots verts...