Émissions Toutes les émissions

Tous Européens - Anja Vogel

Du lundi au vendredi à 20h02

2min

L'Europe inquiète mais prudente dans la crise entre l'Arabie saoudite et l'Iran

Par le lundi 4 janvier 2016
Podcasts : iTunes RSS
L'Arabie saoudite à l'Elysée en juin 2015 pour signer des contrats de 12 Mds $
L'Arabie saoudite à l'Elysée en juin 2015 pour signer des contrats de 12 Mds $ © Maxppp - Denis Allard/Maxppp

La crise entre l'Arabie saoudite et l'Iran s'aggrave, alors que plusieurs alliés de Ryad ont rompu leurs relations diplomatiques avec Téhéran. Les Etats-Unis appellent au calme; l'Europe exprime ses "sérieuses inquiétudes" après l'exécution d'un chef religieux chiite, mais reste prudente.

Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne, n'a pourtant pas ménagé ses efforts. Dès l'annonce de l'exécution par l'Arabie saoudite de 47 personnes, dont ce chef religieux le cheikh Nimr al Nimr, figure de la contestation chiite contre le régime de Ryad, elle a exprimé les "sérieuses inquiétudes" de l'Union, appelé au respect de la liberté d'expression et des droits civils et politiques de base y compris dans la lutte contre le terrorisme, et souligné sa forte opposition à la peine de mort en particulier aux exécutions de masse. Elle a demandé aux dirigeants saoudiens de promouvoir la réconciliation entre les différentes communautés et s'est entretenue par téléphone avec les deux parties, les appelant à faire preuve de retenue et de responsabilité.

Visiblement cela n'a servi à rien: la situation a même empiré

Dans ce sens, le communiqué de l'Union européenne a hélas été prémonitoire: dès samedi il mettait en garde contre le risque "d'enflammer un peu plus les tensions sectaires qui font déjà beaucoup de dégâts dans la région, avec des conséquences dangereuses". Et effectivement depuis ces exécutions, des violences ont lieu en Irak, au Liban, au Pakistan, à Bahreïn, alimentent la guerre en Syrie et au Yemen, et risquent d'embraser l'ensemble du Proche-orient. D'où justement la prudence des Français, des Européens, des Nations-Unies, qui se contentent d'appeler à la désescalade.

D'autant plus que les cartes sont entrain d'être redistribuées

Depuis l'accord sur le nucléaire en juillet à Vienne, l'Iran est à nouveau fréquentable, avec des alliances et beaucoup d'argent, les avoirs gelés à la clef. D'où le jusqu'au boutisme quasi suicidaire de son ennemi juré l'Arabie saoudite, qui risque de se faire lâcher par les Etats-Unis, et dont la France est un important partenaire commercial. Nous comptions sur l'alliance contre-nature entre sunnites et chiites pour combattre Daech: en Syrie, en Irak, au Yémen la coalition leur a surtout servi à avancer leurs propres pions. Mais s'ils se combattent, nous avons tous à y perdre, sauf bien sûr les terroristes.