Replay du dimanche 14 février 2021

Vraiment Nature : la présence de l'Ours Brun sur le flanc nord du Ventoux il y a 200 000 ans

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La paléontologue Evelyne Crégut nous raconte la découverte en 1995 par des spéléologues de Carpentras dans des avens du Ventoux d'ossements attestant de la présence d'ours bruns aux alentours de – 200 000 ans dans le Sud-Est de la France, et dans 24 sites du Vaucluse jusqu'au Néolithique

Des crânes d'ours bruns découverts dans le Vaucluse
Des crânes d'ours bruns découverts dans le Vaucluse - Evelyne Crégut

Avec Joseph Jacquin Porretaz conservateur du muséum Requien à Avignon l'agenda 2021 des journées consacrées à la nature et à notre planète. 

Avec Philippe Fosse chercheur au CNRS l'ours des cavernes et sa présence dans la grotte Chauvet

Quand les ours bruns peuplaient le Ventoux

Une trentaine de cavités karstiques ont été répertoriées ces dernières années par le Groupe Spéléologique de Carpentras sur le flanc nord du Mont Ventoux, dans le périmètre actuel de la Réserve intégrale du Ventoux. Situées en altitude, à la  limite des étages subalpin et pseudo-alpin, dix-sept d’entre elles ont livré les secrets de l’évolution du paysage et de la faune de ce géant de la Provence occidentale et trois ont fait l’objet de fouilles méthodiques et/ou de sondage. La plupart sont des galeries horizontales de 3 à 60 m surplombant des puits, parfois en enfilade, d’une profondeur de 3 à 50 m. Presque toutes ont un dénominateur commun : l’ours brun. L’abondance des restes de ce carnivore mythique est exceptionnelle. Le seul aven René Jean comptabilise à lui seul quelques 42 000 ossements. Les squelettes ont été trouvés essentiellement à la base des puits. A ce jour, 290 individus sont identifiés pour l’ensemble des cavités : 237 de la tranche d’âge  3-5 mois, 13 de 1-2 ans et 40 adultes. Chez ces derniers, parmi les individus sexables, les femelles sont majoritaires (24). Il s’agit de la population la plus importante actuellement recensée en Europe occidentale. Les nombreuses datations absolues réalisées montrent une présence constante de l’espèce de 7 440 ± 45 BP à 1 045 ± 40 BP soit de 6 622  avant Jésus-Christ à 995 après Jésus-Christ, donc du Néolithique au Haut Moyen Âge.

Comment expliquer une telle accumulation ? Il faut pour cela se référer au  mode de vie de l’espèce et aux courbes de mortalité observées. Dans les zones tempérées, les ours bruns vont hiberner à partir du mois de novembre et les galeries sont utilisées à cette fin. Vers janvier-février, les ourses mettent bas. Les mois de mars-avril sont ceux du réveil et des premiers pas des oursons dans la tanière. Mai et juin sonnent l’heure de la fin de l’hibernation et de la sortie de la tanière. Dès juillet débute la période de l’errance et du départ vers de nouveaux lieux.  Puis au retour de l’hiver, la femelle suitée par les jeunes de l’année et ceux de l’année précédente retourne à la tanière. Au Ventoux, les galeries ont donc été utilisées en hiver majoritairement par des femelles et les puits ont constitué au printemps des pièges naturels redoutables pour les jeunes nés au cours de l’hibernation et pour ceux nés précédemment. 

Nombre d’ossements d’adultes portent les stigmates d’une vie mouvementée (fractures consolidées, arthrose, rachitisme) mais témoignent aussi d’un charognage de survie après les chutes. L’ADN a révélé que la lignée des ours du Néolithique était endémique et jusque-là inconnue. Plus tardivement, cette population, issue du stock paléolithique a été supplantée par une lignée apparentée à celle des Pyrénées. 

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