Henri Sannier toujours en selle

France Bleu jeudi 20 juin 2013 à 15:40

Henri Sannier - Maxppp
Henri Sannier © Maxppp
 

« Chaque fois que j’ai eu un coup dur, je suis reparti, et je me suis fixé de nouveaux défis ! C’est mon côté sportif ! » Grand amoureux de la Petite Reine, Henri Sannier n’a pas été épargné par les aléas qui peuplent la carrière d’un journaliste de renom, ou le destin d’un coureur du Tour de France. Inversement, depuis plus de trente ans, son existence de maire d’Eaucourt-sur-Somme apparaît comme un long fleuve tranquille. « Je suis un terrien ! », se réjouit-il, toujours passionné par les charmes et les difficultés de la charge de premier édile d’une commune rurale.

Diplômé de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Paris, Henri Sannier entame sa carrière de journaliste en 1973 au sein de FR3, à Amiens.Après un passage à Lyon, il est nommé directeur de France 3 Normandie à Caen.En 1986, il intègre Antenne 2. Il devient présentateur du « Journal de 20 heures » jusqu’en 1990, puis de celui du « 13 heures » jusqu’en 1994.Il retourne alors sur la troisième chaîne pour assurer, de 1994 à 1997, la présentation du « Soir 3 », le journal de la nuit.En 1997, nommé directeur de l’Information, il crée le « 19/20 », alliant des actualités nationales et régionales. Cette formule devient une référence dans le monde journalistique, et rencontre le succès auprès du public.Quelques mois plus tard, il est débarqué de son poste, et se retrouve aux manettes de « Tout le Sport », ce qui lui permet notamment de commenter le Tour de France en 2005 avec Laurent Jalabert, et en 2006 aux côtés de Laurent Fignon.Il est encore aujourd’hui rédacteur en chef et présentateur du magazine « Tout le Sport », qui a obtenu un « 7 d’Or » en 2001.En 2006, il a publié un essai intitulé « Les histoires secrètes du Tour de France ».Marié et père de deux enfants – Antoine et Emmanuelle – Henri Sannier est maire de la commune d’Eaucourt-sur-Somme depuis 1977, et président de l’ « Association du Festival de l’Oiseau et de la Nature ».

Échappées et lingots d’or

Bien que d’origine Picarde, Henri Sannier naît le 7 septembre 1947 à Puteaux, dans les Hauts-de-Seine. Ses jeunes années se déroulent dans un village proche d’Abbeville. Pendant les vacances, on l’envoie chez sa grand-mère, à Fontenay-sous-Bois. C’est là que surviennent des moments décisifs, à l’origine de sa grande passion : « Dans le Bois de Vincennes, je pouvais voir pédaler Louison Bobet et son frère Jean. Cela a été le déclic ! Quand je revenais à la campagne, j’en parlais à tout le monde. J’étais très fier ! »Ses plus beaux souvenirs d’enfance et d’adolescence sont marqués par des exploits cyclistes comme seuls les gamins peuvent s’en prévaloir : « Avec les copains, on écoutait le Tour à la radio. Dès que l’étape était finie, on se faisait la nôtre. Moi, j’étais Anquetil, car c’était mon préféré. Mon frère, lui, était Charly Gaul. Maman nous avait même confectionné des maillots avec le nom de nos champions écrits dans le dos. Selon que le Tour passait en plaine ou en montagne, on inventait des parcours plats, ou avec des petites bosses. Quand il arrivait dans les Alpes, alors là, on choisissait les plus grandes côtes à la ronde ! »Il se souvient encore : « Tout petit, j’avais deux espoirs dans la vie. Être journaliste ou coureur cycliste professionnel ! »Les années passent, et le jeune homme se retrouve étudiant à Paris. Pour améliorer l’ordinaire, il déniche un job original : « Je travaillais sur le plateau de fret de la compagnie Air France. Je m’occupais du conditionnement des lingots d’or avant leur transfert. J’étais enfermé dans une petite guitoune où je devais les cercler cinq par cinq. J’en retournais, et j’en brassais des kilos. J’étais comme un nabab qui aurait transféré son palais des mille et une nuit en plein milieu de l’aéroport ! Ça me plaisait beaucoup, c’était magique ! Et ça me changeait de mon premier boulot qui était de compter les colis et les cercueils ! »

Sinusoïdales

   « Au 20 heures, c’était grisant. Je me faisais peur tous les soirs ! » Faute de recevoir des bouquets et des bises de miss aux arrivées des étapes du Tour, Henri Sannier  se retrouve sur le petit écran à partager le dîner des familles françaises. C’est un genre de consécration. Le lancement du 19/20, qui finit par caracoler en tête de toutes les audiences des journaux télévisés, reste pour lui un grand moment : « Nous étions comme des saltimbanques, entre trains et avions. Présentant le journal chaque jour depuis un lieu différent, de la Tour Eiffel au sommet du Mont Blanc ! » Professionnellement, son bâton de maréchal reste la direction de l’Info sur FR 3. Il est reconnu comme fair-play, courtois, capable de faire l’unanimité, et de gérer les relations entre les membres d’une rédaction.Certes, sous sa gouvernance surgit l’affaire Laurence Piquet, une présentatrice qui enregistre la nuit en douce des spots publicitaires dans les studios de la station, qui se fait pincer, et mettre à pied. Mais un directeur peut-il être au courant des agissements de toute son équipe ? Dans le « PAF » comme partout, et sûrement davantage, la roche Tarpéïenne n’est pas loin du Capitole. Évincé par deux fois de la présentation des journaux, puis de son poste de directeur, Henri Sannier demeure perplexe : « Chaque fois, on ne m’a rien dit. On ne m’a fourni aucune explication rationnelle. On m’a simplement signalé : il faut changer… J’ai pris des coups sur la tête ! C’est injuste ! » Heureusement, chaque revers de médaille possède son endroit. En bon sportif, et en bon soldat, il accueille sa nomination au service des Sports comme un nouveau défi à relever. « Suivre le Tour de France est un rêve de gosse ! je prends mon pied comme jamais ! » Ce qui ne l’empêche pas, contrairement à certains de ses collègues, d’évoquer sans les fuir les affaires de dopage, « sinon, je déchire et je bouffe ma carte de presse ! »Mais le bonheur est de courte durée, car l’homme n’a pas la langue dans sa poche. En bisbille avec sa direction, il déclare sur une chaîne concurrente : « Ceux qui me jugent, ou ils sont sourds, ou ils sont myopes, ou ils sont incompétents ! »  Et le voilà encore débarqué, cette fois de la Grande Boucle de 2007, après deux ans d’exercice. Quelque peu amer : « Je trouve qu’on me traite de façon quelque peu cavalière ! Si je suis mauvais, il fallait me le dire tout de suite ! Je me sens affecté et humilié. C’est la première fois de ma vie !» Homme de caractère, il refuse d’apparaître sur l’épreuve dans d’autres rubriques : « Jamais je ne serai une potiche ! »

Village, vacances

Henri Sannier sait changer d’air, et d’ambiance : « Il m’arrive de passer des vacances dans de fabuleux endroits que j’ai repérés sur le Tour ! » La bécane est toujours dans le coffre : « Tous les ans, en été, je vais m’oxygéner au-dessus d’Albertville, où je m’attaque à deux ou trois cols, en compagnie des enfants. En famille, on traque les cèpes, les bolets, les chanterelles, et on se régale ! Je leur fais de somptueuses grillades ! On ramasse aussi des myrtilles et des framboises, car j’adore confectionner des confitures ! »Son grand souvenir de vacances est épicé : « En 1995, j’ai randonné en Guadeloupe, visité des rhumeries, pêché le thon et le barracuda, découvert la gastronomie locale, connu des gens adorables, et je suis monté en haut de la Soufrière un jour rare où la vue était dégagée. Depuis, j’ai des citronniers dans ma véranda, et je cueille mes citrons verts pour préparer le punch aux amis ! Quand j’ai le blues, je mets un Cd de Kassav ou de la Compagnie Créole, et ça repart ! » L’écharpe tricolore est agréable à porter à Monsieur le Maire – sans étiquette -  d’Eaucourt-sur-Somme (412 habitants), reconduit avec 90 % des voix aux dernières élections : « Mon cœur est là-bas, c’est une question d’équilibre. C’est mon jardin secret. Je cultive un potager avec des radis, des tomates… et 150 pieds de vigne de pinot auxerrois que je vendange chaque année. À côté de la maison, je pêche le brochet dans un petit étang. Mon mandat me permet de plonger dans des réalisations concrètes. J’accorde plus d’importance aux critiques et aux félicitations que l’on peut me faire dans mon village, qu’aux propos des vils flatteurs de Paris ! »L’inamovible élu rural a traversé la vie au rythme de son vélo. Le fleuron de sa commune est un ancien moulin-à-vent restauré à l’identique. Depuis la nuit des temps, on l’appelle « Moulin Guidon ». Hasard et destin font parfois bon ménage !

 

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