Agriculture – Pêche

Accord Lactalis : pour certains producteurs, "un pansement sur une jambe de bois"

Par Magali Fichter, France Bleu Breizh Izel mardi 30 août 2016 à 19:12

Des producteurs de lait réunis pour discuter de l'avenir à Mahalon
Des producteurs de lait réunis pour discuter de l'avenir à Mahalon © Radio France - Magali Fichter

Après une semaine de mobilisation, un accord sur le prix du lait a été trouvé entre Lactalis et les représentants de producteurs. Le géant du lait accepte de payer, d'ici la fin de l'année, 290 euros la tonne de lait. Mais dans les faits, pas sûr que cela règle les problèmes des agriculteurs.

Ils étaient plusieurs dizaines ce mardi, réunis à Mahalon (Finistère), au GAEC de Thierry Duquesne (FDSEA), tous syndicats représentés. L'idée : trouver des solutions à une situation "catastrophique". Pour les producteurs de lait, ce ne sont pas quelques euros de plus qui vont changer grand chose. Pour Thierry Duquesne, par exemple, qui gère sa ferme avec sa femme et son fils, le quotidien est de plus en plus compliqué : "On se lève le matin en se disant qu'on va encore perdre de l'argent. Une boutique comme la mienne perd 100 euros par jour, c'est à dire 3.000 euros par mois. Alors un accord comme celui de Lactalis, c'est un pansement sur une jambe de bois".

Les vaches de Thierry Duquesne - Radio France
Les vaches de Thierry Duquesne © Radio France - Magali Fichter

Les producteurs sont nombreux à devoir emprunter, non pas pour acheter des machines... Mais tout simplement pour avoir un salaire. Globalement, ils estiment que la tonne de lait leur revient à près de 350 euros la tonne. Autant dire que le compte n'y est pas.

Un problème européen

Il ne semble pas y avoir d'issue, puisque les laiteries et les coopératives s'alignent sur leurs concurrents européens. Et chez les autres, c'est parfois pire ! En Allemagne, la tonne de lait est payée en moyenne 250 euros. Pour Christian Hascoët, de l'APLI (Association des producteurs de lait indépendants), on produit trop de lait par rapport à ce que l'on peut vendre : "Est-ce que quelqu'un connaît un chef d'entreprise qui produit pour un marché qui n'existe pas ? Personne". La solution, selon lui, c'est la régulation, au niveau européen, c'est-à-dire de fixer des règles pour limiter la production si c'est nécessaire.

Christian Hascoët, producteur de lait (APLI) - Radio France
Christian Hascoët, producteur de lait (APLI) © Radio France - Magali Fichter

Je compare souvent cela à la régulation routière : certes, il y a quelques inconvénients, moi même je fais quelques bavures, mais pour l'essentiel, je la respecte. Et cela nous permet de circuler sur nos routes. La régulation laitière, c'est pareil. Il y a quelques contraintes, mais on a les clés ! -Christian Hascoët

La régulation, c'était presque un gros mot chez les producteurs, il y a encore quelque temps. Mais aujourd'hui, beaucoup semblent pencher pour cette solution. Il faut faire passer le message au niveau européen, et c'est loin d'être gagné. Les agriculteurs veulent miser pour cela sur l'unité, à l'image de la Confédération paysanne, qui propose une seule organisation de producteurs sur le Grand Ouest.

Mais Nicolas, éleveur au Cap Sizun, a bien peur que ces solutions ne soient efficaces qu'à long terme : "C'est dans les trois mois qu'il faudrait trouver des solutions. Pour certains, il est déjà trop tard."

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